Le monument de la discorde

Par Aurialie le 20.01.2007 à 00h38

Aujourd’hui, devant l’ambassade d’Estonie à Moscou, des militants du mouvement Molodaïa Gvardia Edinoï Rossii (la Jeune Garde de Russie Unie) ont manifesté contre une décision du parlement estonien. En promulguant une loi, approuvée le 11 janvier dernier par le président Toomas Hendrik Ilves, en faveur du retrait des monuments "glorifiant les armées et les États ayant occupé l’Estonie", les députés ont provoqué l’indignation d’une partie de la population russe. Les Soviétiques ont toujours considéré qu’ils avaient libéré les Estoniens du joug nazi, tandis que ces derniers gardent en mémoire l’intégration forcée à l’URSS et les répressions qui en ont découlé.

Le premier monument visé, le Soldat libérateur (en bronze) situé dans le centre de Tallinn, ne sera pas détruit mais déplacé dans un cimetière de la ville. Cela n’a pas pour but de mépriser la population russophone d’Estonie, ni de glorifier le fascisme, mais de se conformer à la Convention de Gand exigeant le respect des tombes militaires.

Le premier ministre estonien Andrus Ans a ainsi déclaré : "Malheureusement, il semble que ces tombes ne soient guère respectées aujourd’hui. Peut-on parler de respect, lorsque ces tombes sont piétinées, car on y organise des meetings, on y boit de la vodka et on attend le trolleybus à l’arrêt installé au-dessus des tombes."

Concernant le Soldat libérateur, il a précisé : "Il faut ouvrir la tombe pour savoir si quelqu’un y a été enterré. Si des restes y sont découverts, il faudra les transférer au cimetière. S’il n’y a pas de sépulture à Tonismagi, le monument n’aura plus de raison de rester à cet endroit."

Était-il bien nécessaire d’envoyer la Jeune Garde crier des slogans tels que "L’Estonie est la honte de l’Europe" ? Toutefois, comme l’a déclaré Boris Guseletov, secrétaire international du Parti Social-Démocrate de Russie, lors d’une table-ronde ayant pour thème : Russie : des partis d’opposition en situation précaire, à la Fondation Jean Jaurès en décembre 2006 : "Il faut comprendre que les Russes qui ont appartenu à une grande puissance politique ont parfois un sentiment d’infériorité quand ils comparent leur situation à celle du passé. C’est une dimension affective plus proche du "patriotisme" que du "nationalisme". (…) Cependant, par rapport à la violence de la société, je pense qu’il faut prendre garde à ces tentations d’attiser le feu « nationaliste » car des jeunes mordent à l’hameçon. On doit être à la fois internationaliste et patriote." Bien qu’il ne fait pas référence à cette affaire en particulier, ses paroles s’y appliquent parfaitement.

Source : Ria Novosti, le Monde, Regards sur l’Est


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