Tous les articles sur le mot clé : parti national-bolchevique

Le patriotisme c'est l'amour des siens. Le nationalisme c'est la haine des autres.

Eh oui, tout arrive, certaines sections du Parti national-bolchévique (notamment celle de Saint-Pétersbourg et de Moscou) soutiennent une décision de la Douma et du Conseil de la Fédération : celle de reconnaitre les deux républiques séparatistes de Géorgie (Ossétie du Sud et Abkhazie). Ils vont même plus loin en demandant de mettre en place une intégration plus forte avec ces républiques, mais aussi avec la République moldave de Transnistrie.

Les raisons de ce rapprochement impératif : garantir la sécurité de peuples frères, briser une politique étrangère nuisible (décidée depuis Gorbatchev et Eltsine) et donner ainsi une chance à la Russie de revenir une grande puissance. Et ils finissent par cette merveilleuse formule : La Russie c’est tout, le reste n’est rien.

Alors, je ne me prononce pas sur l’indépendance de ces républiques sessionistes (trop de causes historiques, géopolitiques, géographiques, ... rendent une décision difficile sur cette question), mais tant de nationalisme a de quoi dégouter. Donc, -10 sur l’echelle de sympathie !

Source image : AFP via Yahoo news
Citation de Romain Gary

Et de trois

L’Ukraine est la nouvelle patrie des jeunes contestataires du pouvoir. Après Mikhaïl Gangan, c’est au tour d’Anna Ploskonosova, membre du parti national-bolchevique et fiancée du natsbol décédé l’année dernière Iouri Tchervotchkine, de demander l’asile politique en Ukraine. Accusée d’avoir attaqué le chef de la police de la sécurité publique de la région de Toula, elle risque 5 ans de prison. L’affaire semble toutefois fabriquée : la jeune fille ne pèse même pas 50kg et n’a jamais appris aucun art martial. Elle a une chance d’obtenir le statut de réfugié politique, puisqueOlga Koudrina, également membre du PNB, l’a obtenu en Ukraine en 2006, alors qu’elle était condamnée à 3 ans et demi de prison pour avoir accroché la pancarte « Poutine, pars ! » sur la façade de l’hôtel Rossia.

Alors, ces jeunes délinquants méritent-ils de pouvoir couler des jours paisibles dans un pays russophone ou bien devraient-ils croupir en prison avec des voyous de la pire espèce ?

Source : Kasparov.ru

Un point sur Édouard Limonov

Par Aurialie le 05.03.2008 à 23h39

Il y a un peu plus d’un an, je faisais un article sur le parti d’Édouard Limonov, intitulé "Le Parti national-bolchevique, fasciste ?". Son passé, comme celui de son leader, est trouble, voire puant. Emmanuel Carrère, dans un article de la revue XXI de janvier/février 2008, a énuméré les différentes facettes du personnage ambigu qu’est Limonov : "délinquant juvénile en Ukraine, poète underground sous Brejnev, loser magnifique à New York, romancier un temps adoubé par Saint-Germain, mercenaire en Serbie, chef de parti emprisonné sous Poutine."

Alors, pourquoi je "cite en permanence Limonov dans le cadre d’une hypothétique opposition démocratique au pouvoir Russe" ? Certainement pour la même raison qu’Elena Bonner, veuve du dissident soviétique Andreï Sakharov, Anna Politkovskaïa (en son temps) ou Marina Litvinovitch, porte-parole de Garry Kasparov, qui toutes, expriment du respect pour le combat les nastboly, des "gens courageux, intègres, seuls ou presque à donner un peu de confiance dans l’avenir du pays", des "héros du combat démocratique en Russie" (citations extraites de l’article d’E. Carrère).

Depuis 2004 et le Ve congrès du parti, un nouveau programme a été adopté, accès sur les notions de liberté, justice sociale, libertés politiques et défense des intérêts des citoyens de la Fédération de Russie et de tout ceux qui appartiennent à la culture russe. En 2006 la coalition l’Autre Russie, qui se dit l’opposition démocratique à Poutine, a été créée, réunissant des personnalités aussi disparates qu’un ancien champion d’échecs (Garry Kasparov), un ancien ministre de Poutine (Mikhaïl Kassianov), des associations de défense de droits de l’Homme (groupe Helsinki, la Voix de Beslan, Mémorial, …) et … Édouard Limonov. Cette union est certainement opportuniste (tous contre Poutine), Limonov a sans doute senti que la meilleure manière d’avoir de l’audience était de jouer le démocrate, en renvoyant le terme "fasciste" aux sbires de Poutine qui le traitent comme tel, alors que c’est eux qui persécutent, abusent du pouvoir, enferment les opposants. Limonov au pouvoir ferait peut-être même pire que Poutine. A moins qu’avec l’âge (65 ans), il se soit calmé.

Pour conclure, je conseillerai de lire en entier le long portrait (10 pages) d’Edouard Limonov par Emmanuel Carrère, dont j’ai cité ici quelques passages. Il retrace son passé et explique pourquoi "s’il est grillé en Occident, dans son pays Limonov à la côte".

Légende et source de l’image : Limonov enferme les enfants, via Karon-overblog

Courage : l'art d'avoir peur, sans que ça paraisse (Pierre Véron)

L’OuBOP (Управления по Борьбе с Организованной Преступностью) est officiellement l’acronyme de la direction de lutte contre le crime organisé. Mais pour les membres du Parti national-bolchevique, d’Oborona, du Front civique unifié et des autres partis d’opposition démocratiques, ces lettres signifient les Assassins de l’opposition (УБийц ОПпозиции). Aujourd’hui, ils se sont réunis pour honorer la mémoire de Iouri Tchervotchkine, frappé à mort par des agents de l’OuBOP le 22 novembre et décédé 20 jours après, le 10 décembre.

Trente neuf jours après sa mort, amis et anonymes exigent que ses meurtriers répondent de leurs actes. Marina Litvinovitch, directrice du Fonds d’aide aux victimes de la terreur, a annoncé que les déclarations de 6 militants de la coalition l’Autre Russie, victimes des menaces de l’OuBOP, ont été enregistrées au ministère public général. En voilà trois :
- "Les collaborateurs de l’OuBOP, Alexeï Okopnyi et Philipov m’ont dit que je tomberais sous un RER ou sous un train, ou que je finirais ma vie en prison."
- "L’agent Dmitry Gennadevich Astafiev, a dit qu’ils avaient déjà mis de la drogue dans les affaires de Vladimir Koverdiaev et qu’il irait bientôt en prison, et qu’ils avaient battu Iouri Tchervotchkine et qu’ils ne savaient pas s’il était encore vivant."
- "Les agents Nikitine et Okopnyi ont commencé à me menacer, ils m’ont dit que s’ils me voyaient à une Marche du Désaccord, ils me placeront en prison ou me briseront les jambes."

On ne peut que saluer le courage de la soixante des personnes qui se sont rassemblées aujourd’hui, devant les caméras du FSB et des six personnes qui ont déposé contre les agents de l’OuBOP, qui ne répondront certainement jamais de leurs actes.

Geôle russe ou asile politique ?

Quand on est membre du Parti national-bolchevique et activiste de l’Autre Russie, il y a de grandes chances de passer un jour par la case prison. Mikhaïl Gangan, 21 ans, l’a déjà connue en 2005 pendant un an, après une incursion pacifique dans un bureau de l’administration présidentielle. C’est pourquoi, lorsqu’en août 2007, quelques semaines après sa participation à une Marche du désaccord, il devenait clair que son arrestation n’allait pas tarder, il s’est enfui en Ukraine pour demander l’asile politique.

Coup de théâtre le 31 décembre 2007, il est arrêté par les forces de sécurité ukrainiennes sur instructions de leurs homologues russes et le 3 janvier 2008, condamné à 40 jours de prison, avant son extradition en Russie. Les organisations ukrainiennes et russes de défense des droits de l’hommes et les hommes politiques de l’opposition (notamment Garry Kasparov, Édouard Limonov, Vladimir Ryjkov et Boris Nemtsov) s’adressent alors aux autorités ukrainiennes pour demander sa libération et l’obtention du statut de réfugié politique.

Aujourd’hui, une demande au moins a été prise en considération : Mikhaïl Gangan a été libéré. Il ne lui reste plus qu’à obtenir l’asile politique maintenant.

Quelques mots également sur une autre activiste de l’Autre Russie, Lioudmila Kharlamova, arrêtée le 13 septembre, officiellement, pour détention d’héroïne. Bizarrement, ce ne sont pas les agents de lutte contre les trafics de drogue qui se sont chargés de l’arrestation, mais les agents de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, ceux qui surveillent l’opposition. Le 4 janvier, ses parents ont pu la voir pour la première fois depuis son arrestation, elle a fait part de violence physique et psychologique lors de sa garde à vue. Toujours enfermée, elle attend maintenant son procès.

Source photo : Prima-news.ru

Mort pour ses idées

Une nouvelle victime du régime poutinien vient de succomber à ses blessures. A la veille de la marche du désaccord du 23 novembre à Moscou, Iouri Tchervotchkine, membre actif du Parti national-bolchevique et membre de la liste l’Autre Russie à l’élection législative, a été battu à mort par quatre agents de la direction de lutte contre le crime organisée (OuBOP). Une heure avant son agression, se sachant suivi, il a téléphoné à la rédaction de Sobkorr.ru pour donner leurs noms. Il les connaissait bien, car ils l’avaient déjà arrêté plusieurs fois, lors de différentes actions, notamment pour la défense des droits de l’homme. Fait troublant, pouvant confirmer la thèse d’un passage à tabac par les agents de l’OuBOP : rien n’a été dérobé après l’agression (ni l’argent, ni le téléphone portable, ni les documents). Malgré une très lourde opération, le traumatisme crânien de Iouri Tchervotchkine était trop important et il a succombé à ses blessures aujourd’hui.

Alexander Averine, membre du Comité exécutif de la coalition l’Autre Russie a notamment déclaré que l’attaque de Tchervotchkine était liée aux répressions du régime de Poutine contre les Marches du désaccord.

Il faut que chacun sache qu’aucune opposition n’est tolérée en Russie.

Source : Novaïa Gazeta et le blog des Marches du désaccord

Strasbourg condamne encore la Russie

Le 14 décembre 2004, une quarantaine de membres du parti national-bolchevique ont investi un local de l’administration présidentielle pour demander une entrevue avec le Président et deux de ses représentants. Les autorités ont été obligés d’enfoncer la porte pour déloger les jeunes, qui ont ensuite été poursuivis pour tentative de renversement par la violence du pouvoir de l’État, destruction et dégradation intentionnelles de biens dans un lieu public.

Parmi eux, Vladimir Lind a porté plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg pour traitements inhumains et dégradants, violation du droit à la liberté et à la sûreté et du droit au respect de la vie privée et familiale.

Du fait de sa double nationalité russo-néerlandaise et par peur qu’il ne rentre au Pays-Bas, les autorités russes ont prolongé la détention provisoire, dans des conditions peu adaptées à sa glomérulonéphrite chronique (pathologie rénale) : moins de 3m² par prisonnier, pas d’intimité, cafards, poux, mauvaise ventilation, piètre qualité des aliments, pas de traitement médical. Mais l’affaire de Vladimir Lind n’en reste malheureusement pas là.

En septembre 2005, il a demandé à être libéré pendant quelques jours pour pouvoir rendre visite à son père, M. Jaap Lind, qui, atteint d’un cancer en phase terminale, avait sollicité une euthanasie, programmée le 29 septembre 2005. L’ambassadeur des Pays-Bas a appuyé la demande de remise en liberté de Vladimir, rejetée par le tribunal le 27 septembre 2005. Le lendemain, il est autorisé à parler à son père au téléphone, mais en russe uniquement et au bout d’une minute, la conversation est interrompue par l’administration pénitentiaire. L’euthanasie a lieu le jour prévu.

Le 8 décembre 2005, le tribunal de district de Tverskoï a condamné Vladimir Lind pour participation à des troubles collectifs et lui a infligé une peine de trois ans d’emprisonnement assortie d’un sursis avec mise à l’épreuve pendant deux ans. Il a donc été remis immédiatement en liberté, mais trop tard pour revoir son père. Pour toutes ces raisons,la Russie a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme à payer la somme de 15.000€ à Vladimir Lind pour dommage moral. C’est donc une nouvelle condamnation du pays de Vladimir Poutine pour violation des droits de ses citoyens.

Source images : Novaïa Gazeta

De la difficulté de juger une pancarte subversive

Vue dans une manifestation pro-Poutine à Novossibirsk cette semaine, cette banderole "Poutine est mieux qu’Hitler". Ce slogan à double sens n’est pas l’œuvre des organisateurs de l’événement, mais de deux opposants au régime, comme l’explique Grani.ru. Alekseï Manannikov, défenseur des droits de l’Homme et activiste de Russie démocratique et Igor Batenev, membre du Parti national-bolchevique, ont tenu cette pancarte pendant 27 minutes sur le place centrale de la ville, avant qu’ils ne soient arrêtés par des policiers. Ces derniers, ainsi que les membres de Russie Unie, auraient dû pourtant avoir un doute sur la malveillance du slogan, puisque cette même banderole avait déjà été utilisée en juin 2007 lors d’une manifestation de soutien à Khodorkovski. Auraient-ils préféré voir écrit "Poutine est pire qu’Hitler" ?

Source photo : blog de Konstantin Eremenko

Psychiatrie politique

Dernièrement, les journaux français se sont fait écho de l’enfermement en hôpital psychiatrique de la militante, Larissa Arap, membre du mouvement d’opposition Front civique unifié. Pour avoir dénoncé les sévices infligés aux patients d’hôpitaux psychiatriques (électrochocs, viols, privation de nourriture, coups, ...), L. Arap s’est elle-même retrouvée enfermée contre son gré depuis le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens pour renouveler son permis de conduire. Seule bonne nouvelle : une éventuelle sortie est prévue dans deux semaines, selon le médecin principal de l’hôpital psychiatrique.

Autre opposant au régime, autre enfermement :Nikolaï Balouev, membre du Parti national bolchevique, accusé de détention d’arme et de préparation d’attentat, doit rester dans un hôpital psychiatrique spécialisé de Novossibirsk jusqu’à guérison de son état considéré comme "malade", suite à une décision du tribunal local de Novossibirsk. Cependant les conclusions de la première expertise psychiatrique étaient tout autre : les experts de l’hôpital spécialisé №3 de Novossibirsk ont conclu que Balouev était responsable de ses actes au moment de leur accomplissement, mais qu’une maladie mentale sous forme de "psychose réactive" s’était développée pendant sa garde à vue. L’accusation a alors demandé une contre-expertise, qui a été mené par l’Institut de psychiatrique sociale et juridique de Moscou. Les experts ont reconnu Balouev irresponsable, ce qui a permis au Tribunal de Novossibirsk, qui a également déclaré infondées les conclusions de la défense sur une fabrication de toute cette affaire, d’envoyer l’accusé en hôpital psychiatrique.

Pourquoi envoyer un jeune opposant en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison ? Pour les mêmes raisons qu’au temps de l’Union soviétique : isoler les prisonniers politiques du reste de la société, discréditer leur idées, les briser physiquement et mentalement. Et l’Institut de psychiatrique social et juridique de Moscou portant le nom du psychiatre russe Vladimir Serbsky a toujours été un instrument du pouvoir et de répression. Dans les années soviétiques, on compte parmi ses victimes le général Petro Grigorenko, le mathématicien Alexandre Essenin-Volpin, le poète Viktor Nekipelov et l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, tous devenus des dissidents qui ont lutté contre les abus des autorités soviétiques.

La directrice de l’Institut a affirmé que la psychiatrie russe aujourd’hui n’était plus utilisée de façon abusive. Ce que réfute Iouri Savenko, président de l’association psychiatrique indépendante de Russie, en expliquant que de tout temps (soviétique et actuel), des institutions étaient spécialement conçues pour servir les intérêts de l’État. Il cite notamment l’affaire Boudanov, cet officier russe accusé d’avoir étranglé une jeune Tchétchène en mars 2000. L’Institut Serbsky avait déclaré Boudanov dément, donc irresponsable, au moment du meurtre. Des contre-enquêtes avaient été menées, notamment par l’Association, arrivant à des conclusions contraires. L’Institut, au lieu de faire valoir des arguments psychiatriques, avait alors déclaré que les experts de l’association avaient été payés. Le colonel Boudanov, après avoir été jugé irresponsable de son acte une première fois, a finalement été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2003, remettant en cause la pertinence et la véracité des conclusions de l’Institut Serbskiy.

Il y a deux jours un responsable de l’Institut a déclaré dans le Daily Telegraph que le candidat à l’élection présidentielle russe de 2008, Vladimir Boukovski, était "sans aucun doute psychotique". "Après son arrestation, il a écrit des centaines de lettres de plaintes. Tout le monde ne fait pas ça. C’est une autre symptôme de sa condition", a-t-il poursuivi. Après avoir déclaré que Boukovski n’avait pas la nationalité russe, qu’il n’avait pas vécu 10 ans en Russie, que sa double nationalité russo-britannique l’empêchait de se présenter, les adversaires du dissident soviétique évoquent la maladie mentale comme raison à la non validation de sa candidature... Pourquoi le pouvoir russe a-t-il si peur de Vladimir Boukovski et des accusations de quelques éléments de la société civile ?

Photo1 : Instants de Folie de Julian Renard
Photo2 : Institut Serbsky sur Rol.ru
Photo3 : Nature Morte 2 de Antje Poppinga

Contestation en musique

Après les marches, une vidéo, des drapeaux, des stickers et bannières Internet, voilà maintenant la musique de Ceux-qui-ne-sont-pas-d’accord. La compilation regroupe 38 titres de différents groupes, de différents styles, choisis par un membre du Parti national-bolchevique. Ces groupes ne sont pas forcément membre de la coalition l’Autre Russie, mais leurs chansons reflètent la vision du mouvement politique sur la situation actuelle en Russie. Comme le rock dans les années 80 au temps de l’Union soviétique, leur musique est considérée comme un souffle de liberté, l’étendard de la protestation.

Sur cette compil’, on peut notamment entendre la version live de Quand il n’y aura plus de pétrole de DTT, plusieurs chansons sur Poutine, des titres intitulés Démocratie - Oui !, les Enfants de la guerre, la Vie dans un État policier, Liberté, … Tout en programme, librement téléchargeable ici.

Quel drapeau pour l'Autre Russie ?

Le Parti national-bolchevique (NBP) s’investit pleinement dans la coalition l’Autre Russie, il propose cette fois de lui choisir un drapeau représentatif. L’absence de ce symbole indispensable à tout parti politique indiquerait, selon lui, un stade politique peu avancé. Toutefois, les membres du NBP ne peuvent "offrir" leur drapeau rouge avec la faucille et le marteau, car l’Autre Russie ne réunit pas que des national-bolcheviques. Et en 2007, ils n’auront pas tellement de temps pour résoudre ce problème. C’est pourquoi, ils proposent d’utiliser l’ancien drapeau impérialiste noir-jaune-blanc.

Les raisons de ce choix :
- C’est un drapeau connu partout en Russie, "qu’aucune force politique n‘a privatisé" (petite précision : il a été précédemment utilisé par l’Union nationale russe et le Parti des régions russes).
- Il peut plaire aux démocrates de la coalition car c’est sous ce drapeau qu’Alexandre Ier à mener des réformes émancipatrices ; aux communistes pour l’affranchissement des paysans et la défense de la Maison blanche en 1993 ; et aux patriotes en rappelant les mouvements nationalistes du début et de la fin du XXe siècle.
- Et en plus, en 2008, la Russie va célébrer les 150 ans de ce drapeau, "ce qui est aussi important". Utilisé pour la première fois en 1814 après la défaite de Napoléon, comme un symbole de la victoire de l’armée russe, le drapeau noir-jaune-blanc a été officialisé comme étendard de l’Empire russe par un oukase d’Alexandre II en 1858.

L’idée pourrait être bonne, mais comme le laissent entendre les commentaires elle ne l’est pas vraiment. Tout d’abord, les couleurs de ce drapeau sont reprises par de nombreux mouvements patriotes, souvent associés au fascisme, notamment le NPR, organisation des national-patriotes de Russie, ou Pamiat (Mémoire). Une personne remarque même que c’est sous ce drapeau que se sont déroulaient les pogroms les plus réactionnaires. Et puis, les communistes et les libéraux ne pourront jamais s’unir sous un drapeau nationaliste, dont le même nom "impérialiste" est contraire à leurs idées.

Les autres propositions de drapeau sont souvent liées à la couleur orange (par exemple, une croix de saint André orange sur fond blanc), couleur qui est le symbole d’un peuple (notamment ukrainien) qui manifeste pour affirmer ses droits, obtenir des élections libres et se bat contre un régime corrompu. Un autre internaute propose une Russie bleue, tout simplement. Enfin, plus que d’un drapeau, ce serait surtout d’un symbole qu’aurait besoin l’Autre Russie, car comme l’a écrit Gustave Flaubert "Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde qu’il est temps de n’en plus avoir, du tout."

PS : Bonne nouvelle, le site de la Marche de ceux-qui-ne-sont-pas-d’accord vient de rouvrir après avoir subi pendant des semaines des attaques DDOS. La question est pendant combien de temps ?

Le NBP est puni pour son passé

Le 19 avril, le tribunal de la ville de Moscou a décidé d’interdire officiellement toute activité du Parti national-bolchevique (NBP) sur le territoire de la Fédération de Russie, car il est jugé extrémiste par les autorités. Quatre experts des droits de l’homme reviennent sur cette décision : Alexandre Verkhovski du Centre d’information et d’analyse Sova, Loudmila Alekseeva du Groupe Helsinki de Moscou, Andreï Iourov du mouvement jeunesse des droits de l’homme et Lev Ponomarev du mouvement Pour les droits de l’homme.

La plupart estime que le NBP était à sa création un mouvement extrémiste, diffusant une idéologie nazie et ayant des membres (surtout dans les régions) au comportement "sans fondement, stupides et violents". C’est pourquoi, il aurait dû être interdit depuis plusieurs années, comme d’autres associations fascistes, telles que l’Union Slave, le DNPI (Mouvement pour l’immigration inégale) ou le RNE (Union nationale russe).

Toutefois depuis quelque temps, les experts ont vu une évolution du NBP : il "est passé d’un parti de voyous à un parti normal avec des idéaux démocratiques", qui se bat "pour la défense des droits des citoyens et pour la liberté". Et c’est au moment où il prend le chemin de la démocratie que le pouvoir l’accuse d’extrémisme et l’interdit totalement sur le territoire. Cela sonne comme une décision purement politique, et non de sécurité nationale.

Loudmila Alekseeva estime que les organisations de défense de droits de l’homme vont aider le NBP, notamment en lui louant les services d’un avocat pour défendre sa cause à la Cour de cassation. Andreï Iourov, quant à lui, a le sentiment que cette décision a pour but de radicaliser encore plus ce mouvement.

Source : Association russe de défense des droits de l’homme

Édouard Limonov a parlé...

… et le journal dans lequel a été publiée son interview, Gazeta, va être boycotté par les hommes politiques de Russie Unie, du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, extrême-droite), de la Force populaire et par certains membres de l’Union des forces des droites (SPS).

Pour cela, ils ont mentionné le point 7 du Pacte antifasciste, signé le 20 février 2006 par 11 partis, qui appelle au boycott de tout média, présentant une tribune à un idéologue du fascisme et de la discrimination nationale ou à un homme politique qui s’associerait à ces idées.

Le leader du Parti national-bolchevique, interdit depuis 2006, en a choqué plus d’un, en affirmant être pour l’indépendance de la Tchétchénie et en demandant la démission de Poutine et l’instauration d’élections libres, exigences qui l’unit à la coalition L’Autre Russie, à Garry Kasparov et Mikhaïl Kassianov.

Il nous en apprend également un peu plus sur le fonctionnement de la coalition, notamment au niveau financier. Les quelques dizaines de milliers de dollars nécessaires à l’impression des journaux, tracts et autocollants proviennent essentiellement des gains du joueur d’échec reconverti en homme politique, Garry Kasparov, et de l’ancien membre du gouvernement Poutine, Mikhaïl Kassianov. Mais au sein de la coalition, personne n’est rémunérée, tous les membres étant acquis à la cause qu’ils défendent. Limonov rappelle qu’aucun financement américain n’alimente le mouvement, accusation qui a notamment son origine avec la découverte de la possible participation de Kasparov à un think-tank américain néo-conservateur dédié à la sécurité nationale.

A la fin de l’interview, Limonov se défend d’être marxiste, léniniste ou staliniste. Il se déclare socialiste et anti-capitaliste.

Source : Gazeta (pour l’interview), Gazeta.ru et Vzgliad

Le Parti national-bolchevique, fasciste ?

National, bolchevique, drapeau noir, blanc et rouge, un dirigeant, Edouard Limonov, à la personnalité complexe, qui s’est uni au leader d’extrême-droite Jirinovski dans le but d’"aider à la reconstruction" de la Russie, un cri de ralliement qui était "Staline, Beria, Goulag", une idéologie rouge-brune décrite comme la fusion des formes les plus radicales de la résistance nationale, un idéal de structure étatique fondé sur la discipline : le parti national-bolchevique (NBP) a quelques raisons d’inquiéter les démocrates.

Le mode d’action du NBP est extrémiste, radical et revendiqué comme tel. Leurs actions sont toujours bruyantes et agressives (notamment contre les membres de Russie Unie), ce qui leur vaut de nombreuses poursuites et condamnations (Limonov a été incarcéré pendant 4 ans), mais leur permet aussi de se présenter comme les victimes d’un régime répressif. Le NBP a également vu sa demande d’enregistrement en tant que parti politique refusée à de nombreuses reprises.

C’est pourquoi, depuis 2002, s’appuyant sur la répression dont ils sont victimes, les membres du NBP semble vouloir faire évoluer leur idéologie pour mettre les libertés civiles et politiques au même niveau que l’égalité sociale et nationale. Dans la FAQ du parti, le NBP se dit nationaliste du sol et non pas du sang. L’origine ethnique des personnes vivant en Russie ne serait pas importante. Une Russie ethniquement "propre" sans minorités nationales, un slogan du type "la Russie aux Russes" sont jugés comme une anti-utopie pernicieuse. Il ne considère pas les étrangers coupables de tous les crimes en Russie, Poutine étant le plus grand criminel pour eux. Le NBP reconnaît d’ailleurs que l’actuel rapprochement avec les partis démocratiques est une tactique pour lutter contre l’absolutisme du pouvoir de Poutine et de son parti.

Leur programme pour les élections de 2007/2008, qui a tout pour attirer le plus grand nombre, est le suivant :
- Suppression de l’impôt sur le revenu pour les personnes ayant des salaires bas ou moyens.
- Gel jusqu’en 2012 des loyers et des tarifs des services communautaires au niveau des prix de 2004
- Paiement des dépôts des citoyens dépréciés suite à la dévaluation de 1992 à un taux comparatif. Les fonds nécessaires au remboursement seront pris dans le Fonds de stabilisation (actuellement alimenté par les sommes engrangées par la vente du pétrole et du gaz) et les réserves d’or.
- Suppression du service militaire obligatoire, le service deviendra volontaire.
- La naissance et l’éducation des enfants seront considérées comme une profession, les mamans "professionnelles" recevront un salaire
- Les procès à tous les niveaux seront jugés par les citoyens. Les peines de prison pour des crimes légers seront annulées.

De nombreuses associations s’interrogent sur la sincérité de leur changement idéologique, notamment l’association des droits de l’homme en Russie et la communauté juive de Russie (FEOR). Cette dernière reconnaît que le NBP n’est pas une organisation antisémite, mais estime qu’elle n’en était pas moins dangereuse. Elle a déclaré : "La FEOR n’accepte aucune forme d’extrémisme. Aujourd’hui, le NBP incarne l’extrémisme social et non l’extrémisme ethnique. Mais l’histoire nous montre que l’un se transforme facilement en l’autre."

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