Tous les articles sur le mot clé : littérature

L'Affaire Toulaev de Victor Serge

Par Aurialie le 12.01.2010 à 23h51

Cette caricature du dessinateur Mikhaïl Zlatkovski, publiée à l’occasion de l’anniversaire de Staline (le 18 décembre), m’a fait penser au roman de Victor Serge, l’Affaire Toulaev. Dans cette fiction, très proche de la réalité historique des années 30 en URSS, Victor Serge relate les conséquences de l’assassinat du camarade Toulaev, membre éminent du Comité Central, connu pour ses déportations de masse et ses purges dans les universités.

Bien que l’on suive l’enquête qui mènera à l’arrestation de plusieurs cadres du Parti un peu partout en URSS, mais aussi en Espagne, l’Affaire Toulaev n’est en rien un livre policier : le lecteur connait dès le début l’auteur de l’assassinat. L’ambition de Victor Serge n’était pas de faire un bon thriller (enfin, il me semble), mais de montrer l’implacable machine qui a purgé les différents échelons de la hiérarchie soviétique, la façon dont le pouvoir judiciaire fabriquait des coupables et pouvait convaincre les plus vieux bolcheviques de reconnaître leur culpabilité.

L’ouvrage est très dense, très riche et assez original dans sa forme : chaque chapitre relate le destin d’un "accusé", sa vie, ses activités, son ascension, son arrestation ; et ce n’est qu’à la fin que leurs destinées s’unissent dans l’imagination du procureur Ratchevsky et de ses auxiliaires. Ainsi chaque portrait est une nouvelle à l’intérieur du roman, qui pourrait parfaitement être indépendante.

Parallèlement à ce roman, j’ai lu le recueil de photographies de David King, Le Commissaire disparait, sous-titré "La falsification des photographies et des oeuvres d’art dans la Russie de Staline". Dans certains cas, la falsification est une conséquence directe des procès de Moscou et des grandes purges staliniennes. Bien qu’à l’époque Photoshop n’existait pas, les modifications des photos sont parfois vraiment impressionnantes.

Pour ceux qui aiment l’histoire soviétique, ces 2 ouvrages sont essentiels !

Matriochka dostoïevskienne

Par Aurialie le 17.12.2009 à 00h01

La matriochka noire inspire les artistes. Il y a quelques jours, Laurent m’indiquait via Twitter une vidéo de Marco Schuler détruisant des matriochkas. Aujourd’hui, c’est le dessinateur Alexandre Outkine qui l’a utilisée pour illustrer une anthologie de Dostoïevski en 10 tomes. J’en ai choisi difficilement 4, sur chaque couverture on peut lire une citation du célèbre auteur russe.

Pour Crime et Châtiment (gauche), sur la matriockha fendue d’une hache, est reprise une citation de Raskolnikov : "Suis-je une créature tremblante ou ai-je le droit ?" Tandis qu’à droite, on peut lire une citation du prince Mychkine (L’Idiot) "La beauté sauvera le monde".

Ici, à gauche, il est écrit "Si Dieu n’existe pas, alors je suis Dieu", phrase issue des Possédés (ou Les Démons), et à droite, pour illustrer les Frères Karamazov, "Qui tu crois ?"

Les ouvrages ne sortiront qu’au printemps ; en attendant, les 6 autres couvertures sont à voir sur le blog d’Alexandre Outkine, utkin-utkin.

 Ce que tout révolutionnaire doit savoir sur la répression

Par Aurialie le 01.12.2009 à 00h27

Les éditions Zones ont décidé de rééditer l’ouvrage de Victor Serge Ce que tout révolutionnaire doit savoir sur la répression, petit guide pratique listant les différents procédés de la police secrète à l’encontre des révolutionnaires du début du XXe siècle. Et l’épluchage des dossiers et archives de l’Okhrana, accessibles après la révolution bolchevique de 1917, a vraiment été instructif : filature, infiltrations, suivi de la correspondance, agents provocateurs, … la police secrète utilisaient tous les moyens pour mieux connaître les révolutionnaires et mettre fin à leurs activités. En France, l’un des informateurs de l’Okhrana était un rédacteur du Figaro, Raymond Recouly, connu sous le surnom de Ratmir (p.40) : "Ratmir informait l’Okhrana sur ses collègues de la presse française. Il faisait au Figaro et ailleurs la politique de l’Okhrana. Il touchait 500 francs par mois. Ces faits sont notoires."

Mais cet ouvrage sorti en 1925 est d’une étonnante modernité, et c’est bien pour cela qu’il a été réédité. L’infiltration dans des mouvements de la gauche de la gauche, la filature de prétendus anarcho-autnomes, la provocation dans des manifestations alter-mondialistes, … la police d’aujourd’hui utilise encore les techniques d’hier (la postface de Francis Dupuis-Déri le montre bien). Les conseils d’hier sont donc encore valables aujourd’hui (p.73 à 80) : "Ne pas se rendre directement où l’on va ; faire un détour", "Écrire le moins possible. Ne pas écrire est mieux", "Ne pas désigner de tiers sans nécessité", "Se défier des téléphones", "Savoir se taire", "En cas d’arrestation (…). En principe : ne rien dire", "N’avouez-jamais !", "Une suprême recommandation : se garder de la manie de la conspiration"...

Pour finir, je vous livre cette citation de Victor Serge sur la crise (p.94), preuve de la contemporanéité de cette œuvre : "En un mot, le respect de l’anarchie capitaliste est la règle de l’État. Qu’on produise, vende, revende, spécule, sans mesure, sans souci de l’intérêt général : c’est bien. La concurrence est la loi du marché. Les crises deviennent ainsi les grandes régulatrices de la vie économique. Elles réparent, aux dépens des travailleurs, des classes moyennes inférieures et des capitalistes les plus faibles, les erreurs des chefs d’industrie."

La Russie et l'idée européenne d'A. Tchoubarian

Par Aurialie le 23.11.2009 à 00h42

Il y a plusieurs jours maintenant j’ai fini la lecture de l’essai La Russie et l’idée européenne de l’historien Alexandre Tchoubarian, sorti début octobre. Il retrace l’histoire des relations entre la Russie et l’Europe, de l’antiquité à nos jours. Pour ceux qui connaissent un peu l’histoire russe, ce livre permettra de leur rafraichir la mémoire sur les périodes d’entente et de désamour entre les deux entités, rappelant l’importance du commerce, l’invasion mongole, les guerres, …

La partie que j’ai trouvée la plus intéressante est celle sur la période des Lumières. On connait les philosophes des Lumières européens : Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot, Montesquieu, Voltaire, Emmanuel Kant, John Locke, … Mais par contre il est rarement fait référence des philosophes des Lumières russes, du traité de Vassili Malinovski Réflexions sur la paix et la guerre, des cours et écrits du professeur Sémion Desnitski, des Propositions philosophiques de I. Kozelski, des essais de Pouchkine intitulés Sur la paix éternelle et Libération de l’Europe. Ces auteurs développent les idées civilisatrices russes, l’idée d’unité européenne et d’institutions communes, la volonté d’une paix générale entre les peuples. La Russie y avait un rôle important à jouer, comme le montre cette citation de Pouchkine issue de Sur la paix éternelle : "Une grande mission incombe à la Russie... Ses plaines immenses ont dévoré la force des Mongols et ont arrêté leur invasion aux frontières de l’Europe ; les barbares se sont méfiés de la Russie qu’ils avaient subjuguée sur leurs arrières et sont retournés dans leurs steppes orientales. La civilisation en gestation a été sauvée par la Russie déchirée et brisée. (…) La Russie est rentrée en Europe comme un navire lancé à coups de hache et dans le grondement des canons" (p. 119/120).

Un peu plus loin, après la période napoléonienne, on retrouve l’opposition entre slavophiles et occidentalistes. De cette section, j’ai retenu le passage sur Dostoïevski et la synthèse dans laquelle il voyait l’avenir de la Russie. Alexandre Tchoubarian écrit : "Dostoïevski essayait de formuler sa vision de "notre européisme" qui devait accorder "l’esprit russe populaire", son aspiration à "l’unification de l’humanité", à l’expérience et aux performances européennes. (…) Il réfutait ainsi à la fois ceux qui, en Russie, idéalisait tel ou tel aspect de leur culture et ceux qui, en Occident, écartaient la Russie de l’expérience et des traditions européennes, et ne reconnaissaient pas son rôle dans le développement européen et mondial" (p.176).

Alors "l’européisme russe a-t-il un avenir ?", demande l’auteur en conclusion. Voilà en tout cas sa dernière phrase : "L’européisme et l’axe européen de la Russie ont des chances et des perspectives sur le long terme, si les valeurs communes de la démocratie européenne de la liberté, des droits de l’homme et de la société civile sont assimilées ; ils se réaliseront dans un long et difficile processus, en respectant les valeurs, les traditions historiques et l’héritage spirituel de la Russie" (p.286). Bref, la réponse en quelques mots serait "oui avec de la patience et du respect", mais ce n’est finalement pas la réponse à cette question la plus importante dans ce livre mais bien le processus historique pour y arriver.

Agenda : "Le Petit Prince" en faveur des jeunes sans-abris de Moscou

Par Aurialie le 03.11.2009 à 00h43

"Qu’est ce que signifie "apprivoiser" ?...  C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie "créer des liens".  Cette citation extraite du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry est en exergue sur la page de présentation du Samu social Moskva (version russe de l’association française), créé suite à une rencontre entre Iouri Loujkov et Xavier Emmanuelli. L’ouvrage emblématique de Saint-Exupéry doit avoir une grande signification pour cette association d’aide aux jeunes sans-abris de Moscou, puisque c’est le spectacle qu’elle a choisi de monter et montrer pendant 6 représentations au thèâtre Na Strastnom, pour récolter des fonds. Les deux premières ont eu lieu hier, les suivantes se tiendront aujourd’hui et demain à 17h et 20h, heure locale.

Cette information m’a été envoyée par Arthur, dont vous pouvez parfois lire les commentaires ici. Il a accompagné le dossier de présentation de la pièce de magnifiques photos d’un renard blanc, prises à Khariaga à 15h30 samedi. Je ne pense pas qu’il m’en voudra d’avoir choisi celle de la tentative d’apprivoisement de ce renard en illustration de cette annonce.

L’adresse du théâtre est la suivante : м. Пушкинская, м. Чеховская, м. Тверская, Страстной бульвар, 8а

Conversation (graphique) avec une feuille

Par Aurialie le 12.10.2009 à 23h54

Du 2 au 4 octobre, dans le parc Nivki de Kiev, s’est tenu le Antonytch-Fest, festival consacré au 100e anniversaire du poète ukrainien Bogdan-Igor Antonytch (né le 5 octobre 1909). Lectures, pièces de théâtre, peintures, sculptures, … la mémoire de ce poète ukrainien, inconnu en France, a été honoré sous différentes formes. Ce qui m’a le plus attiré a été cette illustration du graphiste Der Kunst (ou dim_lightnin_b) du poème Розмова з листком (Dialogue avec une feuille), que j’ai essayé tant bien que mal de traduire. Si un Ukrainophone souhaite proposer une traduction, je suis preneuse. Sinon, les images peuvent également être un bon moyen pour essayer d’appréhender les écrits d’Antonytch.

Розмова з листком 

Діткнулась ставу осені рука,
Паде на хвилі журавлине : кру, 
І поширяється далеч укруг, 
Друкує в хмарах зорями друкар. 

В руці з землі листок маленький дру. 
О, як є повно в нім зими примар, 
Та крихта літа ще життя трима. 
Листок маленький, мій зів’ялий друг. 

Розвіється життя останній хунт, 
Що вітер все про нього грав, брехун, 
Коли за щастя вів із ним ти спір. 

Та не сумуй ; ти весну мав. Тям те : 
Не раз майстерством є та щастям теж 
Знання самоошуки пити спирт. 

Conversation avec une feuille 

La main effleure l’étang de l’automne 
Tombe dans l’onde la canneberge : [krou], 
Et s’élargit plus loin le rond
L’imprimeur fixe dans les nuages les étoiles. 

Dans la main une petite feuille de la terre [vole]. 
Oh, combien elle est pleine des fantômes de l’hiver, 
Ces miettes de l’été [ont] encore trois vies. 
Petite feuille, mon amie fanée. 

Le dernier round de la vie s’évanouit, 
Que le vent joue [avec elle], le menteur, 
Quand pour le bonheur, amené avec lui, tu contestais.

Mais ne sois pas triste, tu avais le printemps. De fait : 
Pas une seule fois la virtuosité n’a été aussi le bonheur
Savoir [de la propre recherche] boire de l’alcool.

Prilepine en France pour le Péché

Par Aurialie le 19.09.2009 à 01h09

Dans les 10 jours à venir, vous aurez 3 possibilités de rencontrer Zakhar Prilepine : le samedi 26 septembre à 19h à La Renaissance (112 rue Championnet, 75018 Paris), le dimanche 27 septembre à 16h pour un goûter littéraire bilingue à la librairie VO à Lille (36, rue de Tournai) et le mardi 29 septembre à 19h30 à la Librairie du Globe à Paris (67, boulevard Beaumarchais dans le 3e). L’auteur russe est en France pour présenter son roman Le Péché, dont l’édition française va sortir le 24 septembre. L’édition russe a été un succès, elle a obtenu le prix Bestseller en 2008, une véritable reconnaissance artistique pour un auteur, membre de l’opposition, revendiquant son appartenance au Parti national-bolchevique et se disant fasciné par Edouard Limonov (leader du PNB).

Le Péché est un roman en nouvelles, c’est-à-dire un roman composé de nouvelles dans lesquelles on suit les tranches de vie de personnages qui s’appellent toujours Zakhar (comme l’auteur). Pas d’ordre chronologique dans les histoires (jeune journaliste en couple, adolescent à la campagne, jeune homme de 23 ans attendant une réponse de la Légion étrangère, papa de 2 enfants, videur de boîte de nuit, soldat d’un bataillon en Tchétchénie), ni de lien certain entre les différents Zakhar et avec le Zakhar auteur (qui a bien fait la guerre en Tchétchénie, a été videur de discothèque, a été jeune, a des enfants). Mais par contre, un grand bol de sentiments : joie, espoir, amour, ...

Au cours de ma lecture, j’ai relevé une phrase, dite par un soldat : "Il ne se souvenait pas quand, pour le dernière fois, il avait prononcé ce mot – patrie. Pendant longtemps, elle n’avait pas existé. Un jour, peut être dans sa jeunesse, la patrie avait disparu, et rien n’était venu la remplacer. On n’en avait pas besoin." (nouvelle Le sergent, p.238). En faisant des recherches sur Prilepine, j’ai lu une de ses interviews accordées au journal le Courrier de Russie, qui fait écho à cette phrase. En "bon slavophile [j’estime] que la Russie a sa propre voie à suivre", qu’elle "devrait mieux œuvrer à faire connaître au-delà de ses frontières son art, sa musique, sa littérature. Peut-être cela aiderait-il l’Occident a admettre que le reste du monde n’est pas peuplé de barbares. La Russie devrait se souvenir qu’elle n’est pas un pays européen." Un peu plus loin, on peut lire : "Les Russes, dans l’ensemble, sont patients, curieux, modestes. S’ils se montrent parfois grossiers, c’est pour dissimuler leur timidité naturelle. Les Russes sont capables de faire des choses impossibles. Ces traits se rencontrent chez des représentants de tous les peuples, mais c’est leur combinaison qui a permis aux Russes de combattre Hitler, par exemple." Il termine en disant : "le sort de mon pays ne m’est pas indifférent !", ce que l’on peut croire sur parole, vu son activité littéraire et politique. J’attends donc la prochaine traduction de ses œuvres, à moins que j’ai le courage de m’y mettre en russe directement...

Nabokov est-il un écrivain russe ?

Par Aurialie le 02.07.2009 à 23h31

A l’occasion de la 32e année du décès de Vladimir Nabokov (le 2 juillet 1977), Radio svoboda a publié un commentaire d’Ivan Tolstoï sur la question : "Nabokov est-il un écrivain russe ?". Interrogation assez légitime puisque la majeure partie des œuvres de Nabokov ont été rédigées en anglais, et non pas en russe sa langue natale.

L’auteur a d’ailleurs fait de très intéressantes remarques sur multiculturalité : "Je suis un écrivain américain, né en Russie, éduqué en Angleterre, où j’ai étudié la littérature française, avant de déménager à 15 ans en Allemagne… Ma tête parle en anglais, mon cœur en russe et mon oreille en français", ou encore sur son processus de création : "Je ne pense dans aucune langue, je pense en images."

A voir ou à revoir, ce reportage tourné à la fin des années cinquante dans l’intimité de Nabokov.

Essais sur le monde du crime de Chalamov

Pour avoir un petit aperçu de l’œuvre de Varlam Chalamov, auteur des Récits de Kolyma, rien de tel que de commencer par son Essais sur le monde du crime. En 160 pages, il raconte les us et coutumes de la pègre, leur combine pour échapper aux travaux de camps les plus durs, la place de la femme (mépris total, femme objet), la culture criminelle (le rôman), …

Dans son introduction, il s’insurge contre les auteurs qui ont cherché à rendre sympathique le monde des criminels, voire même à l’idéaliser, au titre de la liberté du voyou. Mais pour les avoir côtoyé au camp de la Kolyma, Chalamov connait les vices des truands, raconte les tourments subis par les politiques, les intellectuels (surnommés dans les camps les "Ivan Ivanovitch"), souvent en accord avec les autorités pénitentiaires.

"“Ces gens [les trotskystes] sont envoyés ici pour être anéantis, et votre tache est de nous aider dans ce travail”. Ce sont les mots exacts prononcés lors de l’un de ces cours [d’instruction politique pour les truands], au début de l’année 1938, par Charov, l’inspecteur de la section culturelle de la mine Partisan. (…) En la personne des trotskystes, ils se trouvèrent devant une intelligentsia qu’ils détestaient profondément. " (p. 27)

"L’intellectuel est brisé par le camp. Tout ce qui lui était cher est réduit en poussière, piétiné, la civilisation et la culture volent en éclats en un temps très court, qui se compte en semaines. (…) Cette dégradation des âmes, ce sont dans une grande mesure les truands qui en sont responsables, les repris de justice dont les goûts et les mœurs influent sur toute la vie de la Kolyma." (p. 97/99)

Enfin, il y a un passage assez complet sur le retour des criminels dans les camps après la Seconde guerre mondiale et la véritable guerre des gangs au sein même des camps entre les criminels qui avaient fait la guerre (et donc considérés comme soumis à l’autorité) et les criminels qui ne s’étaient pas battus.

En illustration de ce petit commentaire de livre, une photo diffusée par l’Union des prisonniers, qui s’inquiète des conditions de détention dans la colonie de Nijnevartovskaïa IR 99/15. Sur la tête de ce prisonnier est marquée l’abbréviation SDP – Section de discipline et d’ordre. Selon l’Union, ce prisonnier a été obligé, sous la menace de répressions, d’entrer dans cette section, de devenir "actif", c’est à dire de devenir un assistant volontaire de l’administration pénitentiaire. A la fois le marquage sur le crâne et l’obligation d’être actif, sont une humiliation pour le prisonnier. Mais ce n’est rien pas rapport aux moqueries, passages à tabac, violences, violations des droits subies fréquemment par les prisonniers. D’ailleurs, le 17 décembre 2008, un détenu est décédé des suites des coups reçus.

Alors loin de moi l’idée d’idéaliser le monde du crime et les criminels, mais les conditions de détentions dans cette prison ont l’air inquiétantes... et pas que dans celle-ci... et pas qu’en Russie.

Les chiffres de la Grande terreur

Par Aurialie le 23.05.2009 à 02h14

Je viens d’achever la lecture de L’ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse 1937-1938, le dernier ouvrage de Nicolas Werth. A la lecture de ces 300 pages décrivant 2 années de terreur sanguinaire, on ne peut qu’apprécier le travail d’historien. La genèse, la mise en place de la grande terreur, l’élaboration des listes des accusés, les arrestations, les exécutions, l’augmentation des quotas, la fin des opérations, … Nicolas Werth passe en revue toutes les étapes de cette "vaste entreprise d’ingénierie et de purification sociale visant à éradiquer tous les les éléments socialement nuisibles et ethniquement suspects" (p.17). Et ces éléments ont été arrêtés, exécutés ou enfermés en masse, voilà quelques chiffres relevés tout au long du livre :

  • p.16 : "En 16 mois, d’août 1937 à novembre 1938, environ 750.000 citoyens soviétiques furent exécutés après avoir été condamnés à mort par un tribunal d’exception à l’issue d’une parodie de jugement. Soit près de 50.000 exécutions par mois, 1.600 par jour. Durant la Grande Terreur, un Soviétique adulte sur 100 fut exécuté une balle dans la nuque. Dans le même temps, plus de 800.000 Soviétiques étaient condamnés à une peine de 10 ans de travaux forcés et envoyés au Goulag."
  • p.21 : "Les 16 mois de la Grande terreur concentrent à eux seuls près des 3/4 des condamnations à mort prononcés entre la fin de la guerre civile (1921) et la mort de Staline (mars 1953) par une juridiction d’exception dépendant de la police politique ou des tribunaux militaires."
  • p. 38 : "en 2 ans, près de 35.000 officiers durent arrêtés ou limogés, soit 1/5 environ du corps des officiers, cette proportion étant plus élevée dans les grandes supérieures."
  • p.40 : "Le renouvellement des cadres politiques fut spectaculaire : ainsi au début de 1939, 293 des 333 secrétaires régionaux du Parti, 26.000 des 33.000 hauts fonctionnaires de la nomenklatura du Comité central étaient en poste depuis moins d’un an."
  • p.41/42 : "Dans certains ministères, Affaires étrangères, Commerce extérieur, Finances, Industrie lourde, Voies de communications, Agriculture, Machines-outils, 80 à 90% des cadres dirigeants furent arrêtés, pour être aussitôt remplacés par une nouvelle génération de "promus"."
  • p. 78 : "Le seul chiffre global dont on dispose fait état début 1941, soit deux ans après la fin de a grande Terreur, et l’arrestation en 1937/1938, de plus de 1,5 million de personnes par la Sécurité d’État, de 1.263.000 personnes fichées par la Sécurité d’État – ce qui laisse supposer qu’un nombre beaucoup plus important, peut être 2 à 3 millions de personnes, étaient sous une forme ou une autre, fichées en 1937."
  • p. 228 : "Le rapport Pavlov établissait, pour les années 1921 à 1953, le nombre de personnes arrêtées, condamnées et exécutées par les différentes juridictions d’exception dépendant de la police politique : plus de 4 millions de personnes condamnées, dont 800.000 exécutées. Ce bilan faisait clairement ressortir la place exceptionnelle de la Grande Terreur : 1.548.366 arrestations, 1.344.923 condamnations, dont 681.682 à la peine de mort au cours des deux seules années 1937-1938."

Encore un chiffre, celui du coût de l’opération (p.95) : 75 millions de roubles du fonds de réserve gouvernementale furent débloqués pour "couvrir les dépenses exceptionnelles liées à la mise en œuvre de l’opération, dont 25 millions pour le transport, par voie ferrée, des éléments envoyés en camp". Mais le plus choquant est la description des tortures et l’arbitraire des arrestations. Les abus de certains agents du NVKD (infiltrés par des agents ennemis, bien sûr) ont d’ailleurs été relevés : (p.310) "entre novembre 1938 et fin 1939, 1.364 officiers de la Sécurité d’État furent arrêtés à l’issue d’une enquête interne (…), en outre 6.400 agents subalternes furent limogés, sans avoir à répondre de leurs actes et sans poursuites judiciaires."

L’ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse 1937-1938 est un livre parfois un peu répétitif, mais vraiment instructif.
En complément, ne pas hésiter à lire cet article de Non fiction sur le livre.

Un avis sur les Prédateurs du Kremlin

Par Aurialie le 21.04.2009 à 00h39

Je viens de finir le dernier essai d’Hélène Blanc et Renata Lesnik, intitulé Les prédateurs du Kremlin 1917-2009, analysant l’impact des services secrets soviétiques et russes dans l’histoire du pays. La lecture de l’ouvrage ne m’a pas vraiment satisfaite. Revue des points positifs et négatifs.

Points positifs :

  • Quelques faits intéressants, voire même instructifs : naissance du groupe Helsinki, le lien entre dissidence et sciences ("Impossible de concilier la logique des sciences mathématiques et l’absurdité d’une société bâtie sur le mensonge et la corruption généralisée." p.76), l’ascencion du KGB, le rôle des services secrets dans la création du parti nationaliste de Jirinovski (p.211), les liens entre Eglise orthodoxe et le KGB/FSB, ...
  • Éclairage sur deux personnes qui ont fait évolué les services secrets soviétiques : Lavrenti Beria (avec une large place à la biographie écrite par son fils, Sergo Beria) et Iouri Andropov, exerçant les plus hautes fonctions entre novembre 1982 et février 1984, mais que l’on a trop souvent tendance à oublier dans les cours d’histoire.

Points négatifs

  • Trop de suppositions, de "peut-être" ("Pour quelle raison ? Peut-être parce que les agents hongrois, qui ont déjà fait leurs preuves, sont toujours actifs en Europe et dans le monde, savamment téléguidés depuis Moscou." p.149), d’interrogations non fondées ("Sans tomber dans la paranoïa, il est permis de s’interroger sur les véritables motivations de cette étourdissante prodigalité. Finira-t-on par assister à la "tsérétélisation" de la France grâce à des "cadeaux" peut-être empoisonnés." p.252, au sujet des nombreuses œuvres de Zourab Tsérétéli en France), voire vraiment étranges ("Alors, que penser de la véritable pandémie qui pousse les ex-Soviétiques fortunés à investir partout notamment dans l’UE et aux Etats-Unis, un argent déjà "lessivé" offshore ? p.255 => Business is business, non ?).
  • Insinuations et interrogations donnant parfois l’impression que les auteurs tentent par tous les moyens de faire rentrer les faits dans leur thèse, notamment concernant la guerre russo-georgienne ("A première vue, l’opération dirigée contre une Ossétie du Sud rebelle serait une erreur stratégique de Saakachvili. Bien que tout semble l’accuser, sa décision demeure inexplicable. Fut-elle encouragée par l’administration Bush ? (...) Enlisée en Irak, affaiblie par un dollar qui s’effrite, ruinée par la crise financière et focalisée sur sa campagne présidentielle, l’Amérique se serait fort bien passée d’un problème supplémentaire. Alors, qui a poussé à la faute le président géorgien ? Là encore se profile l’ombre des prédateurs du Kremlin. (...) De bonnes âmes n’auraient-elles pas fait savoir au président géorgien et à ses généraux que Moscou ne réagirait pas à cette attaque ?" p. 26-27). J’ai envie de dire, mais pourquoi et comment le président géorgien aurait-il pu croire cela ?
  • Des faits mériteraient de meilleures preuves que des on-dit, même rapportés par plusieurs personnes, comme par exemple le trucage de la 1e élection de Poutine ("Connaissant les risques, des conseillers du Kremlin affirment même, sous couvert d’anonymat, que l’actuel président russe ne serait pas arrivé en tête de la présidentielle de 2000 (...) Quant à Vladimir Boukovski [que par ailleurs, j’apprécie beaucoup-note d’Aurialie)], il nous révèle ce qu’il sait de source sûre : « Poutine, totalement inconnu des Russes, n’a pas été élu. En réalité, il est arrivé second derrière le communiste Ziouganov... qui fut pourtant le premier à le féliciter ! »" p. 295-296).
  • Trop long chapitre sur la lustration dans les pays de l’Est, s’apparentant un peu à du remplissage, car lien minime avec le sujet.
  • La non-différenciation entre communisme et bolchevisme/stalinisme ("Pour témoigner sa solidarité, à sa manière, l’Union européenne pourrait peut-être apporter sa pierre à ce devoir de mémoire. Il faudra bien qu’un jour son Conseil finisse par condamner sans équivoque le communisme comme un système totalitaire des plus meurtriers." p.216)
  • Analyse pédo-psychologique de Poutine est assez peu sérieuse dans un essai qui se veut sérieux ("Cette agressivité arrogante, de nature pathologique, remonterait à l’enfance, lorsque ce petit-fils du cuisinier de Staline s’entassait avec ses parents dans l’unique pièce d’une sordide kommunalka. Le soir venu, chaque adolescent rejoignait sa bande (...). Dans ce milieu prédélinquant régnait la loi du plus forts (...). Impossible d’éviter ces tortionnaires en herbe en sortant ou en rentrant de chez soi. (...) D’où, peut-être, cette vocation précoce d’entrer au KGB (...)" p.308)
  • Insinuation dérisoire que derrière certains mariages franco-russes et dans de nombreuses associations culturelles franco-russes, l’on trouverait un espion du FSB cherchant à manipuler et formater les esprits occidentaux (p. 329-330)

Ecrire un ouvrage sur le régime de Poutine est en vérité assez difficile, car on est facilement taxable d’anti-poutinisme primaire en cas de critiques (ce dont on m’accuse parfois) ou au contraire de fermer les yeux sur la réalité russe, la place des amis des Poutine, ... si l’on parle de ses actions positives sur le cours du pays. Alors, je reconnais que c’est facile de critiquer, comme je viens de le faire avec le livre d’Hélène Blanc et de Renata Lesnik, le mieux est donc de vous faire vous-même votre avis en le lisant.

Gogol est-il russe ou ukrainien ?

Par Aurialie le 08.04.2009 à 23h48

Nicolas Gogol est né en Ukraine, mais considéré comme un grand auteur russe. A l’occasion du bicentenaire de sa naissance (Gogol est né le 20 mars 1809), une guerre mémorielle se joue entre les 2 pays. Cette nouvelle pierre d’achoppement est le sujet d’un concours de caricature sur la radio Echo de Moscou . Voilà mon préféré, proposé par Ysashay.

Lire ou blogguer, faut-il choisir ?

Par Aurialie le 17.03.2009 à 00h00

Entre Noël et mon anniversaire, me voilà avec une quinzaines de livres, à priori intéressants, qui devraient faire l’objet de chroniques futures. Mais mon dilemme aujourd’hui est de trouver le temps de les lire, donc il va falloir être patient !

Essais

Romans

Editions bilingues

Et ce ne sont que les livres qui ont un rapport avec la Russie, l’URSS et la culture russe...

Le livre est l'opium de l'Occident (A. France)

Par Aurialie le 17.02.2009 à 01h23

Faire aimer la littérature à la jeune génération est parfois considéré comme une gageure. La maison d’édition pétersbourgeoise Limbous press a eu l’idée de demander à des auteurs contemporains de participer à l’écriture d’un manuel scolaire de littérature classique. Quarante écrivains, notamment Zakhar Prilepine, Vladimir Sorokine, Dmitri Bykov, ont pour mission de rédiger des articles sur les auteurs classiques russes étudiés en classe, mais aussi de donner leur avis, tout en restant dans les standards de l’éducation nationale.

Il y a bientôt un an, ces mêmes auteurs faisaient partie des 80 écrivains à avoir répondu à un questionnaire sur la littérature pour le magazine Time out. Parmi les questions : selon vous, quelle œuvre a été surestimée ? Quelle œuvre a été sous-estimée ? Quelle œuvre vous a fait pleurer ? Quel livre vous regrettez de ne pas avoir écrit ? Quel est votre livre préféré ? A quel auteur donneriez-vous le prix Nobel ?

Les œuvres qu’ils jugent dignes de faire partie d’un programme scolaire sont Guerre et Paix de Tolstoï (pour 9 personnes), la Bible (6 personnes), La Fille du capitaine de Pouchkine (5), Les Frères Karamazov de Dostoevski (4), Eugène Onégine de Pouchkine (4) et les Ames mortes de Gogol (4).

Les meilleurs livres sur la modernité sont La Glace de Vladimir Sorokine (cité par 4 personnes), la Bible, JK de Dmitri Bykov et Glamorama de Bret Easton Ellis (3 voix chacun).

Les œuvres les plus sous-estimées sont, entre autres, la Fouille et Tchevengour d’Andreï Platonov (nommés par 6 auteurs), La Ville de N. de Léonid Dobytchine (5 voix), la Quatrième prose d’Ossip Mandelstam, Vie et destin de Vassili Grossman et l’œuvre de Varlam Chalamov.

Enfin, 10 personnes auraient remis le prix Nobel de littérature à Vladimir Nabokov (viennent ensuite Andreï Platonov et Tolstoï (6 voix), puis Anton Tchekhov et Varlam Chalamov (4 voix)) et 9 auteurs considèrent que les écrivains les plus drôles sont Zochtchenko et Ilf (sans Petrov).

Une conclusion à cet article : il me reste encore énormément d’auteurs et de livres à découvrir.

PS : Tous les résultats et les réponses aux questions de chaque auteur à lire ici.

Source image : Lenta.ru

L'incroyable destin de Iouri Tchirkov

Par Aurialie le 12.01.2009 à 01h27

Voilà un livre qui a de fortes chances de faire partie de la sélection du Prix Russophonie de l’année prochaine, sa traductrice, Luba Jurgenson, ayant déjà été distinguée pour sa traduction de Têtes interverties de L. Guirchovitch.

Mais bien mieux que la traduction de C’était ainsi... de Iouri Tchirkov (éditions des Syrtes), c’est son contenu : un formidable témoignage sur la vie carcérale des îles Solovki dans les années 30. Quand il est condamné à 3 ans de prison pour activité contre-révolutionnaire et envoyé aux Solovki, il n’a que 15 ans. Malgré les conditions épouvantables des détenus, décimés par le froid et la faim, astreints aux travaux éreintant dans les tourbières et les forêts, réduits à l’état d’esclaves, l’adolescent arrive à survivre, notamment grâce au soutien de certains de ses compagnons d’infortune, mais aussi à étudier, apprendre, se cultiver. Ses quelques mois de travail à la bibliothèque des Silovski sont notamment une bouffée d’oxygène pendant son incarcération. Il trouve un vrai refuge dans la vie intellectuelle intense qui subsiste au cœur de l’ancien monastère, peuplé par quelques survivants de l’intelligentsia russe.

J’ai choisi 4 extraits de son riche témoignage : le 1er passage est l’étonnante description de la vie théâtrale du camp (p.103) : "En 1936, le théâtre des Solovki était un phénomène remarquable. Il y avait deux groupes : le cercle d’art dramatique et les artistes symphoniques. Le théâtre comptait trois orchestres - un ensemble symphonique, des cordes, une fanfare -, ainsi qu’une brigade de chant, une troupe tsigane et une brigade de propagande. Ces groupes étaient composés majoritairement de détenus occupés à divers travaux ou non affectés. Les répétitions avaient lieu le soir, les artistes retrouvaient un second souffle grâce à leurs activités préférées. Les stars bénéficiaient de quelques privilèges. Avant les spectacles et les concerts, on les libérait du travail, ils avaient droit à un plat supplémentaire et pouvaient écrire des lettres plus souvent."

Ce genre de spectacle, auquel les détenus pouvaient assister, ou la réception d’un colis et son partage avec les autres pouvaient changer une journée. On se rend compte alors combien le bonheur est relatif (p.81) : "Je me rappelais alors les paroles de Treiger, un ingénieur belge qui se trouvait dans le même convoi que moi : "Les Soviétiques sont des gens très heureux. Ils vont de joie en joie. On ne les a pas arrêtés la nuit, ça les rend heureux pour la journée ! Ils ont réussi à monter dans le tramway bondé : ils sont heureux pour la matinée. Et s’ils parviennent à se procurer du hareng avec leurs tickets d’approvisionnement, ils ont leur provision de bonheur pour la semaine."

L’extrait suivant montre l’incompréhension des prisonniers sur leur situation et l’espoir d’être réhabilité (p. 215) : "Ce que nous entendions et voyions nous donnait le vertige. Dans toutes les villes, les prisons étaient surpeuplées, elles accueillaient cinq à dix fois le nombre de détenus prévu. Il semblait que la population carcérale se chiffraient en millions. On citait un propos d’Ejov. Selon lui, l’Union soviétique comptait trois groupes de population : les détenus, les prévenus et les suspects. Le plus surprenant c’est que les gens croyaient en leur proche libération. La plupart d’entre eux étaient persuadés que, puisque personne n’était coupable, la vérité finirait pas éclater et tout le monde sera relâché."

Mais la vie au camp est difficile, inhumaine, et les gardiens font parfois preuve de cruauté : voilà par exemple ce que dit un gardien à Tchirkov et à un détenu, qui pensaient être libérés (p. 181) : "Il n’y a qu’une sorte d’amnistie pour vous : huit grammes dans la nuque."

Je n’ai qu’un seul petit regret sur ce témoignage de Tchirkov : n’ayant pas eu le temps de finir son manuscrit avant sa mort, c’est sa femme qui a rédigé les dernières années de sa vie. Nous n’avons donc pas son sentiment sur sa relégation en 1951, sa réhabilitation en 1954, sa vie à Moscou en tant que directeur de la chaire de météorologie et de climatologie de Moscou.

Encore 3 jours à attendre avant de pouvoir l’acheter, le livre sort le 15 janvier.

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