Tous les articles sur le mot clé : littérature

Non plus l'homme, mais un nuage en pantalon

Par Aurialie le 14.11.2008 à 21h27

- Maiakovski s’est suicidé. Il n’a pas supporté les changements intervenus au sein de la ligne du parti.
- Quelles ont été ses dernières paroles ?
- Ne tirez pas camarades.

Citation, tirée de Le communisme est il soluble dans l’alcool ? de Philippe et Antoine Meyer.

Projet : Russie, un goût de rassis

Par Aurialie le 12.11.2008 à 21h57

Projet : Russie, le titre était prometteur, l’accroche de l’éditeur également : antinomie totale avec ce qui se dit et s’écrit en France et en Europe aujourd’hui ; écriture claire et transparente ; matière riche à polémique et réflexion à tous les échelons ; information percutante et pertinente, particulièrement d’actualité à la lumière des toutes récentes élections présidentielles en Russie.

Et si cette accroche est réaliste, il ne faut surtout pas s’attendre à une réflexion moderne et innovante. Les auteurs, anonymes, prônent un retour à une certaine forme de monarchisme, où la religion occuperait une place fondamentale. "Il faut donc ressouder la masse atomisée des individus égoïstes en un collectif uni, en société, en nation. Il faut stopper la décadence morale, restaurer la notion d’honneur, surmonter l’égoïsme et l’indifférence. La réussite n’est possible que par un retour à la religion comme référent majeur. Mais comment faire dans une société "humaniste" prête à admettre l’idée de mariage entre deux personnes du même sexe comme un droit aliénable de l’être éclairé ?" (p.180) S’en suit alors une citation de l’ancien testament et elle est loin d’être la seule.

Les auteurs dénigrent la démocratie ("Tous ceux qui déclarent comme principe de base la possibilité de choix sont des démocrates. Les communistes, les fascistes, les libéraux, les républicains et autre forment, de par leur essence intérieure profonde, une seule famille : la famille démocratique", p.287) et font preuve d’un manichéisme délirant - croyant = bien/athée = pervers consumériste ("Selon le petit bourgeois occidental, un individu normal est celui qui s’oriente non pas en fonction des commandements de Dieu, mais en fonction de sa carrière et de l’argent. Celui qui place la religion au-dessus de sa carrière et des hamburgers est un fanatique. celui qui place au-dessous de tout le reste sa carrière et les hamburgers est normal", p. 251/252).

Et ce premier ouvrage n’est que le 1e tome d’une trilogie. Le 2e tome est déjà sorti en Russie et le 3e ne va tarder. Ne comptez pas sur moi pour les lire et vous en faire un résumé, l’acte 1 du Projet m’a amplement suffi. Je vous conseille plutôt la lecture du roman Le dernier amour du président d’Andreï Kourkov, qui est en lice pour le prix littéraire irlandais IMPAC.

Moussa Djalil honoré à Moscou

Par Aurialie le 27.10.2008 à 00h29

Ceux qui sont passés un jour à Kazan ont certainement vu près du Kremlin l’immense statue d’un homme les mains liées dans le dos et les jambes enroulés de fil barbelé. Ce monument, représentant le célèbre poète tatare Moussa Djalil (Муса Джалиль), décédé tragiquement en 1944, a été érigé en 1966 à l’occasion du 60e anniversaire de sa naissance.

Moussa Djalil est bien plus qu’un poète, c’est un héros de l’Union soviétique et de la Seconde guerre mondiale. Engagé volontaire dans l’Armée Rouge en 1941, sévèrement blessé en 1942, il est fait prisonnier et embrigadé de force dans une légion de la Wehrmacht, où il organise un groupe de résistance antifasciste. En août 1943, son projet est découvert, il est alors arrêté, torturé et incarcéré dans la prison de Moabit à Berlin. C’est là, quelques mois avant sa condamnation à mort, qu’il a écrit ses dernières poésies Les Cahiers de Moabit, où il raconte ses souffrances, le courage des soldats soviétiques, leur foi en la victoire sur l’ennemi.

Cependant, en 1946, les autorités soviétiques pensent qu’il se cache en Europe de l’Ouest et l’accusent d’avoir trahi la patrie et d’être un ennemi du peuple. C’est la découverte de ses Cahiers et les efforts des écrivains tatares qui permettent de laver l’honneur de Moussa Djalil. Il est élevé au grade de héros de l’Union soviétique à titre posthume en 1956. Vendredi, une statue en son honneur était inaugurée à Moscou, c’est la sixième en Russie.

Nous autres, 1e contre-utopie

Par Aurialie le 20.10.2008 à 00h18

"Délivrer l’humanité ! C’est extraordinaire à quel point les instincts criminels sont vivaces chez l’homme. Je les dis sciemment : criminels La liberté et le crime sont aussi intimement lié que, si vous le voulez, le mouvement d’un avion et sa vitesse. Si la vitesse de l’avion est nulle, il reste immobile, et si la liberté de l’homme est nulle, il ne commet pas de crime. Le seul moyen de délivrer l’homme du crime, c’est de le délivrer de la liberté."

Cette citation est issue du roman de sciences-fiction Nous autres d’Evgueni Zamiatine, écrit en 1920 (p.45). Il dénonce les risques de totalitarisme que la société encourent dans la Russie nouvellement soviétique : l’État décrit dans cette dystopie organise et contrôle de façon mathématique les moindres aspects de l’existence de ses citoyens (travail, sexualité, temps de loisir, ...). Le narrateur D-503 profite de son Heure Personnelle pour écrire des notes sur le fonctionnement de l’Etat unique, dans le but de laisser un témoignage sur la perfection de la vie édifiée par le Bienfaiteur. Mais comme dans toute machine bien huilée, un grain de sable vient perturber la vie du mathématicien : une femme I-330, membre d’un groupe de résistants voulant remettre de la fantaisie, de l’imagination et de l’inconnu dans l’ordonnancement parfait de ce monde.

"Les ennemis du bonheur ne dorment pas. Tenez votre bonheur d’une main ferme. Tout travail cessera demain pour permettre à chaque numéro de subir l’Opération. Ceux qui ne la subiront pas seront envoyés à la Machine du Bienfaiteur (p.82)."

Le pdf du livre est téléchargeable ici.

Un abus d'autorité typique

A l’occasion du 40e jour de la mort d’Alexandre Soljenitsyne, des membres de l’Union des forces de droite ont décidé de distribuer gratuitement 90 exemplaires du roman "Une journée d’Ivan Denissovitch". Et comme au temps de l’Union soviétique, des policiers sont intervenus pour arrêter la distribution. Si le parallèle est amusant à relever, la situation d’aujourd’hui n’a rien avoir avec celle d’hier, les œuvres de Soljenitsyne sont librement vendues dans toute la Russie (par contre le dessin animé South Park se voit interdit de diffusion, mais c‘est juste une parenthèse). Ce qui est énervant (et la remarque qui suit ne s’applique pas qu’au pays du FSB), c’est l’habitude des forces de l’ordre à abuser de leurs pouvoirs et autorité au quotidien (dans la rue, sur les routes, lors de contrôle, ...)

Lectures spoutnitsiennes

Par Aurialie le 01.09.2008 à 03h09

L’été se termine, ma pile de livres commence à diminuer progressivement, petite revue de romans et essais, lus ou à lire.

L’année à commencer avec la lecture du formidable pavé d’Orlando Figes (la Révolution russe,1891-1924, la tragédie d’un peuple) qui m’a bien demandé 5 mois pour arriver à la 1106e page. La genèse de la Révolution russe de 1917 (la situation sociale, la vie dans les campagnes, l’autoritarisme de Nicolas II, opposé à toutes réformes et démocratisation de la société, la révolution de 1905) est décrite avec beaucoup de précisions et de détails fort intéressants. On suit ensuite les évènements de 1917 presque au jour le jour : les premières manifestations de février, la mise en place du gouvernement transitoire de Kerensky, l’instabilité politique de l’été 1917, la prise de pouvoir par les bolchéviques, ... Et enfin, troisième grand moment : les premiers années au pouvoir de Lénine et ses acolytes, la longue période de guerre civile (racontée avec trop de précisions, à mon goût), la détérioration de l’état de santé de Lénine et l’arrivée au pouvoir de Staline.

La lecture de cet ouvrage très riche m’a donné envie de lire deux autres livres : Nous autres, roman de science-fiction, écrit en 1920 par Evguéni Zamiatine (que je n’ai pas encore lu) et Vie et mort de Léon Trotsky de Victor Serge. Cette biographie de Trotsky, dont l’importance dans la "réussite" de la révolution russe a été quelque peu occultée dans mes années d’études, est un bon début pour en savoir plus sur ce théoricien, victime de la tyrannie stalinienne, avant d’entamer, un jour, son autobiographie (Ma vie).

Enfin, je viens de finir Adriana, 3e roman de l’auteure bulgare Théodora Dimova, qui sortira en France le 11 septembre prochain, en pleine rentrée littéraire. Il traite de la vieillesse et du besoin de partage. Adriana est une vieille femme de 93 ans qui engage, au crépuscule de sa vie, une jeune fille, Ioura. Elle lui raconte alors sa vie et notamment les tragiques évènements de sa jeunesse. L’intérêt de ce roman, ce qui donne envie de poursuivre sa lecture, réside dans la découverte de cette tragédie (un conseil, ne lisez pas le résumé de l’éditeur, tout y est révélé). Un bémol : le côté trop parfait de l’héroïne, Ioura, étudiante brillante sans étudier, dont tous les hommes sont amoureux (notamment son cousin Teodor, auteur à qui elle demande d’écrire la vie d’Adriana ; et l’homme qui veille aux intérêts de la vieille dame, Simeon, qui la demande en mariage 5 minutes après l’avoir rencontrée).

Il me reste donc maintenant à lire :
- Nous autres de Evgueni Zamiatine
- L’Apocalypse russe - Dieu au pays de Dostoïevski de Jean-François Colosimo
- Projet : Russie (auteur anonyme), dont la particularité selon l’éditeur est la suivante : antinomie totale avec ce qui se dit et s’écrit en France et en Europe aujourd’hui ; écriture claire et transparente ; matière riche à polémique et réflexion à tous les échelons ; information percutante et pertinente, particulièrement d’actualité à la lumière des toutes récentes élections présidentielles en Russie.
- La Russie et l’idée européenne d’Alexandre Tchoubarian, sortie en octobre
- Ma vie de Léon Trotsky
- La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski (roman qui n’a rien à voir avec la Russie, mais parfois, il faut bien changer de sujet et se reposer les méninges !)

Portrait d'un humaniste : A. Pristavkine

La mort d’Alexandre Soljenitsyne a remis à la une du site du Monde un artcicle sur la mort de l’écrivain Anatoli Pristavkine, ancien président de la commission des grâces présidentielles de Russie, décédé le 11 juillet dernier, à Moscou, à l’âge de 76 ans. Ecrivain et humaniste, il mérite d’être connu, donc voilà son portrait par Daniel Vernet.

Anatoli Pristavkine a connu la gloire littéraire tardivement quand son roman Un nuage d’or sur le Caucase a été enfin autorisé en URSS, du temps de Mikhaïl Gorbatchev. Ce fut un immense succès. Le livre, qui traite de la déportation du peuple tchétchène sous Staline, a été traduit en une trentaine de langues et vendu à plusieurs millions d’exemplaires.

Il était né le 17 octobre 1931. Orphelin - ses parents sont morts pendant la seconde guerre mondiale -, il s’est enfui à 14 ans de l’institution dans laquelle il avait été placé et a erré dans le pays avec les bandes d’enfants des rues pourchassées par la police. Il en a tiré Les Petits Coucous, un roman paru en France en 1991. Dans les années 1960, il a participé à la construction de la centrale hydroélectrique de Bratsk, en Sibérie, qui a été aussi la matière à un roman.

Mais c’est surtout dans les années 1990 qu’Anatoli Pristavkine s’est fait connaître. Sur la recommandation du défenseur des droits de l’homme Sergueï Kovalev, il a été nommé en 1992 par Boris Eltsine président de la commission des grâces présidentielles.

Cette commission, composée d’intellectuels, devait examiner les dossiers des détenus, notamment des condamnés à mort. Dans un pays où l’abolition de la peine de mort ne rencontre le soutien ni de la population ni de la grande majorité des hommes politiques, elle avait pour raison d’être d’essayer d’humaniser un peu un système carcéral où règne l’arbitraire. Par rapport au nombre d’habitants, la population carcérale de Russie est une des plus élevées au monde. Chaque année, 10 000 prisonniers meurent de malnutrition, d’étouffement à cause de l’entassement dans les cellules, de maladie, notamment de la tuberculose.

Pendant ses dix ans d’existence, la commission présidée par Prostavkine a examiné plus de 50 000 dossiers et gracié plus de 12 000 condamnés à mort. Elle était une épine dans la chair du FSB (ex-KGB), la police politique qui contrôle aussi la justice. Vladimir Poutine, alors président de la Russie, l’a supprimée en 2001.

Source photo : Lenta.ru

Décès d'Alexandre Soljenitsyne

Par Aurialie le 04.08.2008 à 00h00

Les cercles littéraires russes, par l’intermédiaire d’Interfax, ont annoncé il y a quelques minutes le décès du grand écrivain russe Alexandre Soljenitsyne. Prix Nobel de littérature en 1970, il était notamment connu pour sa description du système concentrationnaire soviétique, que l’on retrouve, par exemple, dans l’Archipel du goulag, le Pavillon des Cancéreux, Une journée d’Ivan Denissovitch ... Décédé d’une attaque cérébrale dans la nuit du dimanche 3 au lundi 4 août, Il allait fêter ses 90 ans le 11 décembre. Une biographie plus riche sur Wikipedia.

Source : Lenta.ru

Agenda : semaine du 14 au 20 avril

Par Aurialie le 13.04.2008 à 02h34

Deux rencontres littéraires sont organisées la semaine prochaine dans la capitale. Lundi 20h30, les amateurs de grande littérature pourront écouter Andreï Makine, troisième écrivain d’origine russe à recevoir le Prix Goncourt (après Henri Troyat et Romain Gary/Émile Ajar), sur le thème "L’écrivain et son temps" au centre culturel Christian Peugeot (62 avenue de la Grande Armée, Paris 17e). Et jeudi 19h30, la librairie du Globe organise une rencontre avec les traductrices des Carnets de Marina Tsetaeva.

Dans les deux soirées, un pot est organisé, mais vous êtes prié d’apporter boissons et petits gâteaux pour avoir de quoi vous sustentez après avoir écouté Makine.

L'Apocalypse russe. Dieu au pays de Dostoïevski

Par Aurialie le 06.04.2008 à 21h23

Jean-François Colosimo, philosophe et théologien, s’est penché sur la question de la religion et du despotisme russes, dans son ouvrage L’Apocalypse russe. Dieu au pays de Dostoïevski. Il a répondu aux questions de Philippe Vallet (France culture) début mars, l’interview est retranscrite ci-dessous.

PV : Dans son histoire, la Russie a connu une suite d’apocalypses qui souvent ont annoncé le futur du monde. Dans son nouveau livre, l’essayiste Jean-François Colosimo questionne le despotisme russe. Une réflexion riche et ample sur les nouveaux visages de Dieu en politique et les prophéties de Dostoïevski et de Soljenitsyne.

JFC : La Russie, c’est le laboratoire extrême de la modernité. C’est la pays où le nihilisme, les kamikazes, les auteurs d’attentats suicides, les camps, le communisme, la terreur, ont été, si ce n’est inventé, systématisé. La Russie est une sorte de contre-marque de la civilisation européenne, et pourtant c’est là que se joue le destin moral, spirituel de l’Europe, parce qu’on ne peut pas exclure la Russie de l’Europe.

PV : Dans votre livre, vous notez que la violence existait déjà avant 1917.

JFC : La violence a toujours été là. La violence a pour envers la dimension mystique, religieuse, le caractère céleste, les fols-en-Christ, les starets, les moines errants, toute cette Russie mystique que l’on voit exploser dans les œuvres de Dostoïevski.

PV : Justement, Dostoïevski est-il une image ou un concentré de la Russie ?

JFC : Dostoïevski, c’est le prophète de la Russie et donc le prophète de notre monde moderne, du siècle qui s’ouvre, c’est le prophète en fait du salut ou de la damnation. Où plaçons nous l’humanité ? Les héros de Dostoïevski assassinent et se signent en même temps, ils préfigurent en fait la grande collusion que nous vivons en ce moment entre le religieux et le politique.

PV : Les Russes sont-ils condamnés au despotisme ?

JFC : Non bien sûr et c’est ce que montre Soljenitsyne. C’est le génie de Soljenitsyne. Il corrige Dostoïevski, il corrige l’hypernationalisme de Dostoïevski, l’impérialisme de Dostoïevski, il corrige l’antisémitisme de Dostoïevski, en montrant qu’il y a des fléaux russes et que ces fléaux doivent cesser pour que les Russes prennent toute leur place dans le monde. Et c’est une place de témoignage d’abord spirituel dit Soljenitsyne, de l’auto-limitation, une fonction ascétique, une fonction d’éveil spirituel.

La Russie entre héritages et mutations (IRIS)

Par Aurialie le 03.04.2008 à 19h49

A l’occasion de la récente période électorale russe, l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) a réuni des experts de la Russie pour un numéro spécial intitulé "La Russie, entre héritages et mutations". Deux grandes questions sont étudiées : "La Russie, une société bloquée ?" et "Un nouvel aplomb sur la scène internationale ?"

Parmi les grands noms de chercheurs sur la Russie, on retrouve Marlène Laruelle, historienne spécialiste du nationalisme russe, qui traite de la "xénophobie et de son instrumentalisation politique en Russie", en prenant l’exemple des skinheads ; Françoise Daucé, chercheuse sur les mobilisations contestataires en Russie post-soviétique, qui a apporté sa contribution sur "la société civile en perdition politique" ou encore Laure Delcour, directrice de recherche à l’IRIS, répondant à la question "Comment la Russie voit-elle le monde ?", en apportant des "éléments d’analyse d’une politique étrangère en mutation".

De nombreux sujets sont abordés : les élections, bien sûr, (Les élections parlementaires russes de décembre 2007 : une nouvelle étape dans la consolidation de l’élite politique au pouvoir, par Olga Gille-Belova), l’armée (L’armée russe et les jeunes, la matrice d’un rapport à l’État, par Eva Bertrand), les mouvements migratoires (L’émigration des pays de la CEI vers la Russie : enjeu de politique intérieure et extérieure ?, par Adeline Braux) et différents aspects des relations internationales (doctrine militaire, relations russo-américaines, l’adhésion à l’OMC, l’Europe et la diplomatie énergétique).

Une lecture qui pourra être complétée par celle du dernier essai de Jean-Robert Raviot Qui dirige la Russie ?, version longue de l’article qu’il avait rédigé pour la revue Questions Internationales n°27.

Le no-Goncourt russe

Par Aurialie le 13.03.2008 à 23h50

En cette période de remise de prix en tout genre (Oscar, Victoires de la musique, …), rien ne vaut les anti-prix (Big Brother Awards, Gérard de la télévision). Et celui "de la pire œuvre littéraire" russe est revenue cette année au livre de conseils, rédigé (réellement ?) par une ancienne candidate d’un jeu de télé-réalité française : Séduire à la russe ! (ou comment conquérir n’importe quel homme) de Lena Lenina. Tout un programme pour cet ouvrage, dont la couverture en dit long sur la qualité du contenu ...

Autre prix : la pire traduction attribuée à celle de Moisseieko pour Code source de William Gibson et la pire édition à Casual-2 d’Oksana Robski.

Alexandre Gavrilov, rédacteur en chef d’une revue littéraire, a notamment déclaré lors de la cérémonie de remise : "Il est facile de trouver des livres mal écrits et édités, mais difficile d’admettre que des noms célèbres sur les couvertures ne font pas forcément de bons livres [en russe]", (sans faire allusion à Lena Lenina, bien sûr !).

Source : Newsru.com et Ria Novosti

Dans l'intimité de Tsvetaeva

Par Aurialie le 06.03.2008 à 23h38

Les éditions Syrtes, déjà à l’origine de la sortie française de Pathologies de Zakhar Prilepine, rendent aujourd’hui hommage à Marina Tsvetaeva en sortant deux ouvrages : les Carnets de la poétesse et le témoignage de sa fille Ariadna Efron (Marina Tsvetaeva, ma mère), véritable ode à sa mère, qu’elle semble idolâtrer. Chaque mot témoigne de son attachement, son amour, son admiration, rendant le portrait de la poétesse partiel.

Les Carnets de Marina Tsvetaeva sont quant à eux des documents exceptionnels sur sa vie artistique et intellectuelle. Ils retracent l’intégralité des 26 années de sa création poétique (1913-1939) et permettent de rentrer dans l’intimité de la poétesse. Un ouvrage riche et inédit pour tous ceux qui souhaitent mieux connaître cette auteure considérée comme un des poètes les plus originaux de langue russe du XXe siècle et qui a même inspiré une chanson à Dominique A.

Photo : Esprits nomades, site sur lequel vous pourrez lire quelques vers de la poétesse.

Trois questions à Joëlle Dublanchet

Par Aurialie le 23.02.2008 à 19h44

Le 9 février était remis à Joëlle Dublanchet le 2e Prix Russophonie, récompensant la meilleure traduction du russe vers le français. A cette occasion, elle a accepté de répondre à quelques questions sur son métier.

Pouvez-vous nous raconter comment vous avez travaillé sur ces traductions ? Avez-vous rencontré les auteurs ? Si oui, que cela vous a-t-il apporté ? Quel travail avez-vous effectué en amont ?

En ce qui me concerne, je n’ai pas de théorie de la traduction, je n’ai jamais suivi aucun cours qui m’aurait expliqué comment aborder une œuvre en langue étrangère, et les traités divers et variés sur le sujet m’ont toujours prodigieusement ennuyée. Je n’ai qu’un seul credo : fidélité au texte, à son contexte, et recherche permanente du mot juste, et surtout, du ton juste.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Zakhar Prilepine et Andreï Guelassimov utilisent-ils des expressions qui leurs sont propres, spécifiques ?

Les deux romans pour la traduction desquels j’ai obtenu le prix Russophonie n’avaient en commun que d’avoir été écrits par des écrivains jeunes, et d’être enracinés dans leur temps. Mais les problèmes traités étaient radicalement différents, et le style ne l’était pas moins. Dans L’année du mensonge, Andreï Guelassimov dresse par petites touches un portrait de cette Russie d’après perestroïka qui se cherche et a du mal à se trouver. Son style est vif, nerveux, très souvent elliptique – ce qui rend parfois la traduction difficile. Il faut plonger dans la psychologie du personnage pour comprendre pleinement ce qu’il veut dire et trouver le style qui lui convient le mieux. En outre, l’auteur emploie un vocabulaire argotique, émaillé de grossièretés. Or rien n’est plus difficile à traduire que l’argot, entre autres parce qu’il y en a plusieurs. J’ai eu d’emblée des relations confiantes et amicales avec A. Guelassimov dont j’ai fait la connaissance en novembre 2004, à l’occasion des Belles Etrangères. Les éditions Actes Sud venaient de publier La Soif. Il m’est arrivé de contacter l’écrivain pour me faire préciser quelque chose, mais la difficulté, avec lui, n’est pas tant dans la compréhension que dans le rendu de son style.

La traduction de Pathologies, de Zakhar Prilepine, a été un tout autre problème. Il m’a fallu plonger dans un univers que je ne connaissais absolument pas : la guerre, les armes, les missions, le vocabulaire et le quotidien des soldats. Je ne connaissais pas l’écrivain et je n’ai pas cherché à le connaître avant son arrivée à Paris, à l’occasion de la parution du roman, en octobre 2007, aux éditions des Syrtes. Les difficultés que j’ai rencontrées dans ce travail ont tenu au fait qu’il a fallu s’approprier, maîtriser un vocabulaire que je connaissais mal : l’écrivain, ici, ne m’aurait été d’aucun secours. J’ai été très heureuse, néanmoins, de faire sa connaissance : il y a toujours un moment où cette étape devient nécessaire – avec les écrivains modernes, bien sûr.

D’après vous, quel impact peut avoir ce prix sur votre parcours professionnel ? Quelles sont les œuvres sur lesquelles vous travaillez actuellement ?

Ce prix Russophonie m’apporte une immense joie tout d’abord. Voir mon travail reconnu par un jury composé d’éminents spécialistes de la Russie, et des littératures française et russe. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui ont œuvré pour la création de ce prix : il permet de faire sortir de l’ombre les travailleurs solitaires que nous sommes, et surtout, de mieux faire connaître en France une littérature russe foisonnante et vivante. J’espère enfin qu’il me donnera l’occasion de traduire encore et toujours des œuvres fortes et originales.

Je traduis en ce moment le dernier roman de Guelassimov Rachel, qui paraîtra prochainement chez Actes Sud, avant de m’attaquer au deuxième roman de Zakhar Prilepine San’kja.

Photo de Samir Belkaid

Hommage à Pouchkine

Par Aurialie le 10.02.2008 à 22h53

Il y a 171 ans Pouchkine mourrait des suites d’une blessure reçue lors d’un duel avec un officier français. A cette occasion, voilà un de ses poèmes (que certains reconnaîtront, j’espère). Pour entendre la mélodie du poème, c’est ici.

Я вас любил : любовь еще, быть может
В душе моей угасла не совсем ;
Но пусть она вас больше не тревожит ;
Я не хочу печалить вас ничем.
Я вас любил безмолвно, безнадежно,
То робостью, то ревностью томим ;
Я вас любил так искренно, так нежно,
Как дай вам бог любимой быть другим.

Je vous aimais ... et mon amour peut-être
Au fond du coeur n’est pas encore éteint.
Mais je saurai n’en rien laisser paraître.
Je ne veux plus vous faire des chagrin.
Je vous aimais d’un feu timide et tendre,
Souvent jaloux, mais si sincèrement,
Je vous aimais sans jamais rien attendre...
Ah ! puisse un autre vous aimer autant.

D’autres oeuvres du plus grand poète russe sur le site de la Fondation internationale Pouchkine.

Russie01
Russie39
Russie27
Russie07
Russie05
Russie22
Russie26
Russie33
Russie38
Russie16
Russie29
Russie43