Le 16 décembre dernier, un juge d’instruction ouzbek a inculpé la photographe Oumida Akhmedova de calomnie et d’offense au peuple ouzbek. La cause de cette accusation : son album consacré aux habitants de la république d’Ouzbékistan "Les femmes et les hommes : de l’aube au coucher", publié en 2007. Les 110 photos qui le composent (dont 2 que l’on trouve ici en illustration), montrent divers aspects de la vie quotidienne en Ouzbékistan.
La première convocation au ministère public a eu lieu il y a environ un mois. Aux questions du juge d’instruction sur ses photos, Oumida Akhmedova a tenté d’expliquer qu’elle faisait de l’ethnographie, qu’elle prenait en photos les rites nationaux et qu’elle ne voyait pas en quoi consistait ici la calomnie. Mais bien sûr, elle n’a pas obtenu de réponse et a été inculpée. Une pétition est en ligne pour demander que les poursuites soient levées.
D’autres photos sont visibles sur Fergana.info
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Vladimir Poutine déclare : "La mort est dans l’oeuf, l’oeuf dans le canard, le canard dans le lapin, et ainsi de suite." Dans le canard, il est écrit "media", dans le lapin "tribunaux", et dans l’ours "Russie unie".

Je vois dans ce dessin de Sergueï Elkine, publié vendredi, une critique de la main-mise de la justice et des médias par Russie unie, le parti au pouvoir. Et vous ?
Boris Joutovski a dessiné l’intérieur de la salle d’audience du 2e procès Khodorkovski qui se tient actuellement à Moscou. Le dessin est publié sur le site du journal Novaya gazeta, la légende également.
1. Les inculpés — Khodorkovski et Lebedev sont dans une pièce derrière une vitre. Le verre reflète les fenêtres de la salle, c’est pourquoi on ne les voit pas. Ils communiquent avec leurs avocats à travers la porte noire.
2. Le soldat-gardien.
3. Le juge en tunique noire et à lunettes. Le juge s’ennuie !
4. La portière, d’où sort le juge. Et tout le monde se lève.
5. L’équipe du procureur. Sur la table des montagnes de papier. Nous comptons les heures. Celui du milieu lit. Les 2 sur les côtés se taisent.
6. Le Soldat-huissier. Avec téléphone et gilet.
D’autres dessins du procès par Boris Joutovski sont visibles sur le blog de Novaya Gazeta. Et grâce au fil twitter du Khodorkovski, vous pouvez suivre au jour le jour l’évolution du procès et ainsi apprendre qu’aujourd’hui c’est son anniversaire.
Ce n’est pas le 1er cas et ce ne sera certainement pas le dernier dans le monde : un blogueur russe de 30 ans,Dmitri Kirilin, est poursuivi pour appel "au renversement de l’ordre politique existant" et pour s’être exprimé de façon irrespectueuse envers les structures du pouvoir, et notamment envers le premier-ministre Vladimir Poutine. Pourquoi relayer cette information, qui n’a rien de nouveau par rapport aux précédents cas d’arrestation de blogueur ? Pour 4 raisons :
- les écrits incriminés dataient de 2006, ce qui me fait dire que la justice remonte parfois loin pour trouver un chef d’inculpation contre une personne ;
- pour cette déclaration d’Ilya Iachine, membre du mouvement Solidarnost : "Ces derniers temps le pouvoir réagit nerveusement et agressivement aux énonciations de tels ou tels blogueurs. L’affaire criminelle suivante provoque de sérieuses craintes. On pouvait penser que les premiers cas étaient dus au hasard. Mais il est évident maintenant qu’il y a une politique orientée d’intimidation des gens, s’exprimant sur la politique sur Internet."
- pour cette déclaration d’Oleg Kozlovski, coordinateur du mouvement Oborona : "Durant les 2 dernières années les affaires criminelles et arrestations de blogueurs sont devenues une pratique ordinaire. La raison en est souvent d’inoffensives inscriptions sur l’activité de la milice, du FSB. Ainsi les structures de mantien de l’ordre font savoir aux utilisateurs des blogs qu’ils les tiennent tous "dans leur crochet", et sur Internet il y a une autocensure. Il est difficile et cher d’établir une censure ordinaire, et le pouvoir tente d’obliger les blogeurs à se taire par le biais des procès publics."
- pour faire un parallèle avec la France (on évitera ainsi de dire que je donne des leçons à la Russie) avec l’histoire de la blogueuse qui a reçu une convocation de la brigade de répression de la délinquance pour avoir écrit "Hou la menteuse" à l’encontre de Nadine Morano. Alors un conseil à mon gouvernement : ne soyez pas moranoïaque (voilà un autre lien pour des plus amples explications) !
Dans différentes villes de Russie sont organisées des actions de soutien et de solidarité avec l’artiste Artiom Loskoutov, arrêté la semaine dernière par le département "Э", le centre de lutte contre l’extrémisme. Manifestation (d’une dizaine de personnes) à Moscou, invitation à dessiner et grève de la faim d’artistes à Saint-Pétersbourg, performance artistique de l’artiste britannique Kimbal Bumstead à Novossibirsk (vidéo).
Pour toutes les personnes présentes à ces différentes actions, une certitude : l’affaire de vente de narcotique et de violation de l’ordre public a été montée de toutes pièces par la police politique pour faire taire l’artiste, et par extension pour faire taire les artistes.
Artiom Loskoutov, jeune artiste contemporain de Novossibirsk, se trouve emprisonné depuis le 15 mai pour détention de marijuana et activité politique extrémiste. Connu comme un des leaders de la scène artistique underground de la première ville de Sibérie, Artiom Loskoutov a fondé le groupe Babouchka posle pokhroron (lit. Grand-mère avant après l’enterrement), est l’auteur de films et l’organisateur de nombreux festivals, performances, manifestations, dont la Monstration, un défilé artistique de jeunes qui se tient le 1er mai depuis 2004.
Cependant, l’inculpation de détention de drogue n’est pas fondée pour ses amis et connaissances, ainsi que pour Artiom lui-même. En effet, l’arrestation ne s’est pas faite après que la drogue ait été trouvée, mais selon l’ami présent lors de l’arrestation, Artiom a été enlevé dans la rue par plusieurs personnes, emmené au poste et alors 11 grammes de marijuana ont été trouvés, Artiom a alors été inculpé. Ses partisans pensent donc qu’il a été arrêté pour son activité artistique et sociale.
A l’occasion de sa comparution mercredi (20 mai), la juge Elena Deviataïkina a déclaré qu’au vu des auditions et des écoutes téléphoniques, Loskoutov était impliqué dans la vente de narcotiques sur le territoire de Novossibirsk et de l’université, ainsi que dans l’organisation d’actions liées à la violation de l’ordre public (organisation de désordre massif, destruction de magasins, incendie criminel, ...). Elle a donc approuvé le maintien en détention. Ses amis vont maintenant recueillir des documents pour prouver qu’Artiom est un artiste et le faire sortir le plus rapidement de prison.
Source photo : Valery Titievsky.
A notre époque, où les lois anti-terroristes outrepassent certains droits des citoyens (et pas qu’en Russie), il n’est pas bon d’appartenir ou d’avoir appartenu à un groupe d’opposition considéré comme extrémiste, terroriste, anarcho-autonome, ... C’est malheureusement, l’une des charges que le ministère public de la région de Sverdlovsk a retenu contre Alexeï Nikiforov (art 282.2 du code pénal : participation à l’activité d’un groupe social ou religieux pour lequel un tribunal a exigé la liquidation ou interdit son activité pour cause d’activité extrémiste). Le tort d’Alexeï Nikiforov est d’avoir était membre du Parti national-bolchevique avant que celui-ci ne soit interdit. Après son interdiction par la justice russe, Alexeï a continué d’être un opposant au pouvoir, en étant membre de l’Autre Russie, mais toujours en utilisant des méthodes non-violentes.
Alexeï est en prison depuis fin mars et risque 2 ans d’emprisonnement (son cas est d’autant plus délicat, qu’il a déjà été condamné en 2007 pour outrage au drapeau). Pour son Comité de soutien, cette nouvelle accusation n’a pas de fondement, cette affaire est montée de toute pièce pour annihiler tout esprit d’opposition en lui, mais aussi dans tout opposant au pouvoir. Le Comité estime que ces poursuites ressemblent aux répressions subies par les ennemis du peuple pendant la Grande terreur (dans les années 30) ou par les dissidents dans les années 70.
Les autorités judiciaires semblent continuer à exercer des pressions sur l’opposition locale, quatre membres du Comité de soutien d’Alexeï Nikiforov étaient convoqués aujourd’hui par le juge d’instruction. Va-t-il falloir créer le Comité de soutien du Comité de soutien d’Alexeï Nikiforov ?
Sources : Ekaterinbourg news et Hroniki.info
Un internaute au pseudo de Kasanski voksal m’a envoyé aujourd’hui deux informations qui ont tout à fait leur place ici : l’enfermement sans fondement d’un syndicaliste et d’un antifasciste russes.
Le 26 décembre 2008, le tribunal de district de Mirny de la République de Sakha (Iakoutie) a condamné Valentin Ourousov, électricien à l’URMSU Almazenergoremont de AK ALROSA et leader du syndicat Profsvoboda, à 6 ans de réclusion pour détention de drogues. Son avocat, Evgueny Chernousov, affirme que le tribunal n’a pas suffisamment étudié les preuves montrant l’innocence du syndicaliste, ni pris en considération sa version des faits. Lors de l’arrestation et de la confiscation des drogues, violence et menaces de mort ont été utilisées par les autorités, les déclarations des témoins à charge ont été déformées. De plus, l’arrestation de Valentin Ourousov a eu lieu à un moment essentiel de l’activité du syndicat : 2 jours avant la fin de la commission de conciliation créée pour résoudre les conflits de travail dans l’entreprise.
Ainsi, il y a fort à parier que la condamnation de Valentin Ourousov est une attaque contre son activité syndicaliste, ce qui crée un précédent extraordinairement dangereux capable d’amener à une aggravation de la situation sociale dans un proche avenir. D’ailleurs, en janvier et février 2009, 13 militants du syndicat Profsvoboda ont été licenciés de l’entreprise AK ALROSA. Et ces militants se voient maintenant refuser tout emploi dans les autres entreprises de la ville puisque ces dernières sont toutes liées à la compagnie AK ALROSA. Le pourvoi en cassation d’Ourousov aura lieu dans la seconde moitié d’avril à la Cour suprême de la République de Sakha, vous pouvez leur envoyer une lettre demandant la libération de Valentin Ourusov (modèle sur le site ikd.ru).
Autre cas, autre demande de soutien : Depuis le 6 novembre 2008, Alexei Olesinov est en prison, en attente de son procès, poursuivi pour hooliganisme en groupe (article 213, al. 2 du code pénal de la Fédération de Russie). Précisément, il est accusé de s’être battu avec des agents de sécurité du club moscovite « Culte », le 30 août 2008. Il est arrêté deux mois après, bien que les agents n’aient même pas porté plainte (les bagarres se produisent quotidiennement à la sortie des clubs). Toutes les preuves montrent donc que l’affaire est entièrement fabriquée. L’appartenance d’Olesinov au mouvement informel Antifa a été révélée dans l’enquête, alors que ça n’avait rien à y faire.
L’histoire d’Alexeï Olesinov avait été racontée dans l’un des derniers articles d’Anastasia Babourova, Grani.ru l’a relaté également cette semaine. Une campagne internationale pour faire pression sur les autorités russes peut-elle servir à quelque chose ? Si vous le croyez, n’hésitez pas à écrire au ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie ou à organiser des actions près des ambassades russes dans vos pays, ce jeune homme de 23 ans risque 5 ans de prison pour des convictions politiques.
Tribunal :
Téléphone/Fax : +7 495 911-03-85 en écrivant “Konovalova N.V.”
Adresse : 109147, Russia, Moscow, Marksistskij per., 1/32
I.o. predsedatelya Taganskogo rajonnogo suda Konovalovoj N.V.
En russe : 109147, Россия, Москва, Марксистский пер., 1/32
Исполняющей обязанности председателя Таганского районного суда
Коноваловой Наталье Владимировне
Ministère des Affaires étrangères :
Fax : +7 (499) 244-34-48 ministry@mid.ru
Adresse : Ministerstvo inostrannyx del RF
119200, Rossija/Russie, Moskva, Smolenskaja-Sennaja pl., 32/34
C’est le montant des dommages et intérêts en roubles pour préjudice moral que devrait recevoir le président de la République tchétchène Ramzan Kadyrov de la part du journal Novaïa gazeta, condamné en appel pour l’article de Viatcheslav Izmaïlov : "En Tchétchénie on enlève les amis de la famille Kadyrov". L’auteur devra également lui verser 10.000 roubles. L’avocat de Kadyrov avait demandé 1.290.000 roubles mais le tribunal a considéré que le préjudice moral était minime. D’ailleurs, en 1e instance la cours avait rejeté la plainte de Kadyrov.
Source : Lenta.ru
Demander aux familles des enfants ayant survécu à la prise d’otages de l’école de Beslan de payer entre 50.000 et 70.000 roubles d’impôts sur le revenu car leurs enfants étudient gratuitement dans un lycée "privé", voilà ce que l’on peut appeler du cynisme ou tout du moins un manque flagrant d’inhumanité de la part des autorités russes.
Il faut dire aussi que ces familles sont membres de l’association la Voix de Beslan, accusée précédemment d’extrémisme par les autorités judiciaires. Et surtout que les enfants des familles qui ont reçu cette demande de l’inspection fiscale russe étudient dans le lycée Koralova, géré par les parents de Mikhaïl Khodorkovski, l’ancien patron de Ioukos, dont le 2e procès pour détournement de fonds et évasion fiscale est en cours. Mais ni les parents, ni les enfants ne reçoivent de l’argent de l’institution Koralova, mais juste une aide bienveillante et un enseignement bénévole pour aider ces jeunes à se construire une vie après la tragédie de Beslan.
Alors cette attaque est-elle un moyen de récupérer de l’argent pour renflouer les caisses de l’Etat russe ou bien une tentative de pression supplémentaire sur l’association la Voix de Beslan et/ou sur la famille Khodorkovski ?
Source photo : La Voix de Beslan
300, c’est le nombre de dirigeants russes, actuels et anciens, que souhaitent entendre en tant que témoins les avocats de Khodorkovski. Et parmi les noms présents sur cette liste, on trouve celui de Vladimir Poutine, non pas en tant qu’ancien président, mais qu’ancien responsable du FSB, "qui a acheté des produits énergétiques à Ioukos à des prix qui sont maintenant qualifiés de criminellement sous-évalués".
Selon un des avocats de Khodorkovski, il faut savoir si Poutine avait conscience à l’époque de ce qu’il faisait, car s’il en avait conscience, alors en principe il serait un complice. Hier, les procureurs et leurs familles ont également entendu ses accusations de profit quelque peu malhonnêtes grâce aux avantageux tarifs de l’énergie (vidéo de la déclaration de Khodorkovski). Le 2e procès Khodorkovski réserve encore des surprises.
Source : Nezavissimaïa Gazeta
Samedi à 13h30, près de la station "Чистые пруды" à Moscou, aura lieu un rassemblement pour demander la libération de Zara Mourtazalieva, une jeune tchétchène condamnée à 9 ans d’emprisonnement pour participation à des activités terroristes. Après plusieurs mois sous écoute, la police l’arrête, contrôle ses papiers et l’emmènent au poste. Ils lui prennent ses empreintes, elle va se laver les mains et à son retour, son sac est plus volumineux, elle refuse d’y toucher, les policiers fouillent son sac et y trouvent des explosifs et du plastique. Ses empreintes ne sont révélées sur aucun de ces objets. Voilà donc 5 ans qu’elle est enfermée pour une affaire montée de toute pièce. C’est pourquoi les associations de droits de l’homme russes et internationales (telle Amnesty international) souhaitent faire connaître son histoire.
La voix de ceux qui m’accusent de ne montrer que le côté négatif de la Russie (en relatant l’activité des personnes ayant une résonance marginale dans la société russe ou en me faisant l’écho d’actions d’associations de droits de l’homme internationales soulignant le manque de libertés en Russie, ...) m’a fait me demander quel serait l’intérêt de monter une affaire pour faire condamner une jeune Tchétchène ? Et puis, ces voix ont finalement été rapidement balayées par le souvenir des actualités de la semaine : affaire Florence Cassez ou comment la justice mexicaine accuse sans preuve une Française d’enlèvement, en mettant en scène son arrestation ; affaire Colonna ou comment le président de la république a désigné comme coupable de l’assassinat du préfet Erignac un berger corse, qui est trop petit pour être l’assassin, et dont le dossier, l’enquête et le procès soulèvent pas mal d’interrogations.
Alors pourquoi monter des affaires de toutes pièces ? Pour montrer que la police et la justic de son pays travaillent et protègent les citoyens, pour détourner l’attention du peuple d’autres problèmes, pour se débarrasser d’une personne gênante, ... bref, il y a pas mal de raisons finalement de vouloir condamner une personne. Il n’est donc pas inutile de relater le cas de Zara Mourtazalieva, qui, à 25 ans, a déjà passé 5 ans de trop en prison.
Source image : Grani.ru
Merci à Courrier international pour cette traduction d’un article de Natalia Guévorkian sur le second procès de Khodorkovski (paru dans Gazeta.ru).
Le second procès Ioukos s’est ouvert le 3 mars à Moscou. Il offre au nouveau président russe l’occasion de rompre avec l’époque de son prédécesseur. Cependant, rien ne permet de dire s’il est prêt à oublier les méthodes de Vladimir Poutine.
Le second procès Ioukos est le premier procès Ioukos de l’ère Medvedev. C’est aussi une preuve flagrante que cette ère n’a toujours pas débuté, et que nous sommes encore dans l’ère Poutine. Quoi qu’il en soit, si les choses se déroulent comme la première fois, c’est bien le jeune président qui sera éclaboussé par cette affaire. Et il promet d’être intéressant, ce second procès. Tout d’abord, il se déroule à Moscou, au tribunal de Khamovniki [nom d’un quartier de la capitale], ce qui signifie que la presse n’aura pas à aller au bout du monde pour en rendre compte [certaines audiences judiciaires avaient eu lieu en Sibérie orientale].
Pour l’accusation, manifestement, la solution idéale serait que le procès se tienne sans témoins, sans avocats et sans couverture médiatique. Il serait alors plus simple d’accuser l’ancien PDG de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, et son ex-associé, Platon Lebedev, d’avoir, entre 1998 et 2003, fait disparaître 350 millions de tonnes de pétrole. Selon les chiffres officiels, Ioukos et ses trois filiales auraient extrait en tout 347 millions de tonnes d’or noir durant cette fameuse période. Cela voudrait dire qu’ils auraient détourné l’ensemble de leur production, et même un peu plus. L’argent que représente ce pétrole volé équivaudrait, d’après l’instruction, aux bénéfices de la société sur cette période.
Mais, au fait, avec quoi ont-ils payé pour les années concernées près de 17 milliards de dollars d’impôts, une somme que la justice a trouvée insuffisante, ce qui a constitué l’objet du procès précédent [en 2005] et le moyen d’anéantir Ioukos ? Si je comprends bien, ce dont on accuse aujourd’hui Khodorkovski est en totale contradiction avec le verdict du premier procès : il aurait volé tout l’argent gagné entre 1998 et 2003, alors qu’on l’a condamné pour ne pas avoir payé tous ses impôts. Du coup, à quoi riment les huit années d’emprisonnement qu’il est en train de purger ? Des gens intelligents m’ont répété que le pouvoir a maintenant bien d’autres soucis que Khodorkovski, et qu’il doit avant tout s’occuper de la crise. C’était ce que je pensais aussi. En effet, ce deuxième procès a lieu dans un pays qui n’a plus rien à voir avec celui du premier. A l’époque, le prix du pétrole s’emballait, le pouvoir jouait sur du velours, les gens avaient du travail, des revenus, ils étaient contents de leurs dirigeants, et aucun des dix plus grands oligarques n’avait été mis en prison. Mais au fond, peut-être que, dans la grave situation actuelle, un nouveau procès mettant en cause un oligarque tombe à pic ? Comme me l’a dit récemment un de mes collègues, le pouvoir dispose toujours, au pire, d’une formule qui a fait ses preuves : "Sus aux oligarques".
Pourtant, j’ai l’impression que même une foule avide de grand spectacle aura du mal à comprendre pourquoi on monte un nouveau show en reprenant les mêmes acteurs, qui sont déjà en détention et dont on ne peut plus rien tirer. La Russie est dirigée par deux juristes [telle est la formation universitaire de Medvedev et Poutine]. Poutine, on le connaît à peu près. Mais Medvedev ? Je l’ai déjà dit et je le répète, ce n’est pas "son affaire", et pourtant elle le deviendra dès l’ouverture du procès devant le tribunal de Khamovniki. Je ne pense pas que Dmitri Medvedev ait rêvé de cela. Mais c’est ainsi. Il sera jugé, entre autres, sur ce qui se passera lors du deuxième procès de Khodorkovski et de Lebedev, par les élites russes et étrangères. Et même, dans une certaine mesure, par une partie des simples citoyens, ceux qui réfléchissent et qui, depuis plusieurs mois, ont perdu le réflexe de manifester une joie infantile à propos de chaque décision du gouvernement. Quelle que soit la vraie structure du pouvoir, il tente de faire croire qu’il a deux visages. Avec le tribunal de Khamovniki qui reprend le rôle du tribunal de Basmanny [autre quartier de Moscou, où avait eu lieu le premier procès], cette illusion vole en éclats.
On peut toutefois ne pas réitérer l’erreur de Poutine. Celle-ci a entraîné un très grand nombre d’erreurs connexes qui ont mené le pays dans la siutation actuelle. Medvedev peut encore fixer ses propres priorités, en préférant, par exemple, le droit au populisme. Il a encore le choix, a condition bien sûr que ce soit effectivement lui qui rédige l’histoire de sa présidence.
Source photo : Le Monde
Entre le 23 et 26 janvier 2009, le centre Levada a mené un sondage, auprès d’un échantillon de 1605 personnes représentatives de la population, sur l’affaire Ioukos et le sort de ses différents protagonistes : Vassili Aleksanian, Svetlana Bakhmina et Mikhaïl Khodorkovski.
43% des personnes interrogées jugent positivement la libération de l’ancien responsable de Ioukos, Vassili Aleksanian, gravement malade depuis plusieurs mois. Ils sont 41% à penser que le président Medvedev devrait suivre l’opinion publique et gracier Svetlana Bakhmina, juriste du groupe Ioukos, qui a accouché en prison de son 3e enfant fin 2008. Les répondants sont moins indulgents vis-à-vis du sort de Mikhaïl Khodorkovski : seulement 18% éprouvent de la sympathie pour lui et 56% n’en ont pas. Il sont 10% à penser qu’il joue un rôle important dans la vie publique en Russie et 33% estiment que dans la situation de crise actuelle des personnes comme Khodorkovski pourraient travailler pour le bien de la Russie (22% pensent au contraire qu’elles sont mieux en prison).
En ce qui concerne les bénéficiaires de l’affaire Yukos, seulement 6% des personnes interrogées déclarent que la faillite et la vente des actifs de l’entreprise ont été faites au bénéfice de l’ensemble de la population, plus de 60% sont convaincus que c’est le monde des affaires et les personnes proches du pouvoir qui en ont tiré un profit.
Enfin, environ 30% des sondés continuent de suivre le sort des anciens dirigeants du groupe pétrolier, 50% ne la suivent pas et près de 20% n’ont pas entendu parler de l’affaire ou ne peuvent se prononcer. Et c’est surtout cela qui est flagrant dans ce sondage : le désintérêt des personnes sur le sort des inculpés de Ioukos. Lorsqu’on regarde les différentes questions, on remarque que les scores les plus élevés sont souvent pour la réponse "difficile de répondre" (selon les questions, entre 26 et 45% des sondés, sauf à la question sur le fait de suivre ou non l’affaire). Et quand il est difficile de répondre à une question, c’est souvent parce que nous n’avons pas d’éléments pour répondre ou parce que nous nous n’intéressons pas vraiment à la question. En même temps, en France, personne ne s’intéresse à l’affaire et au procès de l’Angolagate.
Source photo : AFP, article concernant de nouvelles accusations visant Mikhaïl Khodorkovski, transmise par le parquet général russe à un tribunal, ouvrant ainsi la voie à un nouveau procès.
On ne parle pas suffisamment des bonnes décisions de Dmitri Medvedev et pourtant ces derniers temps, ses déclarations et plans d’action mériteraient un meilleur écho : désir de réformer le système d’application des peines pour le rendre plus humain (j’en ai parlé), extension des droits matériels des prisonniers (permission d’acheter plus de biens de 1er nécessité et produits de consommation courante), inquiétude sur l’augmentation des crimes racistes, mise en place d’un Conseil du développement de la société informatisée en Russie. L’informatisation de la société est un point qui lui tient à cœur, lui qui est un Président à la pointe de la technologie, avec un blog vidéo. Cette semaine, il a dénoncé la lenteur actuelle du processus d’informatisation dans les services administratifs en Russie et déploré le gaspillage de tonnes de papier dans l’administration et l’utilisation des ordinateurs "comme si c’étaient des machines à écrire". Il a donc décidé de lancer un plan d’informatisation du pays, avec, entre autres, formation des professeurs et numérisation des dossiers médicaux, des archives des musées et bibliothèques nationales pour empêcher leur dispersion.
Pour ceux qui sont les plus en avance technologiquement, les blogeurs, l’inquiétude porte sur la modification de la loi sur les droits d’auteur, qu’ils considèrent comme le résultat d’un lobby dirigé contre tous les citoyens de bonne foi. La nouvelle rédaction de l’article 1273 de la 4e partie du Code civil de la Fédération de Russie prévoit que la reproduction d’œuvre sans rémunération de l’auteur est possible "en cas d’impératif catégorique et à des fins personnels uniquement". Donc, si l’œuvre est mise en ligne seulement à des fins personnels, les auteurs, les interprètes et les fabricants auront droit à une rémunération.
Maxime Mochkov, chef de la plus grande bibliothèque en ligne, souligne qu’avec une telle loi, la plupart des sites web de l’Internet russe violeront la loi. "Depuis quelques années, suite aux coups répétés des lobbyistes des droits d’auteur, notre législation se transforme en une maison de fous. Ainsi, si avant personne ne répondait de rien, aujourd’hui, tous sont devenus coupables à priori et par défaut. Toute la population du pays devient criminelle."
De nombreux internautes pensent que la loi ne sera pas appliquée, notamment Anton Nosik, rédacteur en chef du portail bfm.ru : "Je pense que la sévérité des lois russes est compensée par la non-obligation de leur exécution." Selon lui, la 4e partie du Code civil représente "un monstrueux document d’un abominable lobby, refusant à l’acquéreur des produits d’information, qui est de bonne foi, le droit à leur utilisation légitime". Il remarque qu’il manque quelque chose d’essentiel dans la loi : la notion de droit du consommateur.
Pour conclure cet article, j’aurais pu choisir de mettre la dernière intervention vidéo de Medvedev concernant les mesures en faveur des étudiants, mais j’ai préféré mettre l’initiative originale d’un musicien russe qui cherche un batteur et un bassiste pour former un groupe de post-rock (du style des groupes de Chicago Russian Circles ou Pelican).






