Tous les articles sur le mot clé : histoire

Histoire de chat

Par Aurialie le 12.02.2010 à 00h06

Les chats sont les stars du web, leurs petites frimousses font à coup sûr une bonne vidéo. Parmi les célèbres chats, il y a le Keyboard cat, Maru ou encore le chaton "surprised kitten".

Mais des chats ont été de vrais héros de la Seconde guerre mondiale en URSS, lors du blocus de Leningrad. Après plusieurs dizaines de semaines d’encerclement par l’armée allemande, la nourriture faisait défaut à Leningrad, les gens mourraient, mais les rats proliféraient, les maladies aussi. Les autorités ont donc décidé d’apporter plus de 5.000 chats d’Omsk, Irkoutsk, Tioumen, Iaroslavl et de bien d’autres villes pour éradiquer les rongeurs. Et ils ont rempli parfaitement leur mission. C’est pourquoi, au début des années 2000, il a été décidé de dresser la statut de deux chats de Iaroslavl, dans la rue Malaïa Sadovaïa.

Cette photo est celle de la statut du chat Elisseï, sa compagne, la chatte Vasilisa, est visible ici.

Source : x-ledi

Le Tsar de Pavel Lounguine est terrible

Par Aurialie le 16.01.2010 à 23h58

L’année de la Russie en France (et réciproquement) commence bien cinématographiquement parlant avec la sortie du dernier film de Pavel Lounguine, Tsar.

Tsar relate 4 ans de la vie d’Ivan le terrible (entre 1565 et 1569), les conséquences de sa paranoïa (garde rapprochée sans foi ni loi, comploteurs imaginaires torturés et tués, recherche de tout signe annonçant le jugement dernier, ...) mais surtout, comme le montrent les affiches française et russe du film, son face-à-face avec le père Philippe (qu’il nomme métropolite de Moscou, après le départ du précédent), un combat entre le bien et le mal. Une phrase du film résume parfaitement la complexité du 1e tsar de Russie, dans lequel cohabitent la cruauté des opritchniki et la piété du métropolite Philippe : "Peut-être qu’en tant qu’homme je suis pécheur. Mais en tant que tsar, je suis juste !"

La performance des 2 acteurs principaux (Piotr Mamonov et Youri Kuznetzov) est absolument magistrale, les costumes magnifiques, Pavel Louguine (en interview ici) signe un très bon film.

L'Affaire Toulaev de Victor Serge

Par Aurialie le 12.01.2010 à 23h51

Cette caricature du dessinateur Mikhaïl Zlatkovski, publiée à l’occasion de l’anniversaire de Staline (le 18 décembre), m’a fait penser au roman de Victor Serge, l’Affaire Toulaev. Dans cette fiction, très proche de la réalité historique des années 30 en URSS, Victor Serge relate les conséquences de l’assassinat du camarade Toulaev, membre éminent du Comité Central, connu pour ses déportations de masse et ses purges dans les universités.

Bien que l’on suive l’enquête qui mènera à l’arrestation de plusieurs cadres du Parti un peu partout en URSS, mais aussi en Espagne, l’Affaire Toulaev n’est en rien un livre policier : le lecteur connait dès le début l’auteur de l’assassinat. L’ambition de Victor Serge n’était pas de faire un bon thriller (enfin, il me semble), mais de montrer l’implacable machine qui a purgé les différents échelons de la hiérarchie soviétique, la façon dont le pouvoir judiciaire fabriquait des coupables et pouvait convaincre les plus vieux bolcheviques de reconnaître leur culpabilité.

L’ouvrage est très dense, très riche et assez original dans sa forme : chaque chapitre relate le destin d’un "accusé", sa vie, ses activités, son ascension, son arrestation ; et ce n’est qu’à la fin que leurs destinées s’unissent dans l’imagination du procureur Ratchevsky et de ses auxiliaires. Ainsi chaque portrait est une nouvelle à l’intérieur du roman, qui pourrait parfaitement être indépendante.

Parallèlement à ce roman, j’ai lu le recueil de photographies de David King, Le Commissaire disparait, sous-titré "La falsification des photographies et des oeuvres d’art dans la Russie de Staline". Dans certains cas, la falsification est une conséquence directe des procès de Moscou et des grandes purges staliniennes. Bien qu’à l’époque Photoshop n’existait pas, les modifications des photos sont parfois vraiment impressionnantes.

Pour ceux qui aiment l’histoire soviétique, ces 2 ouvrages sont essentiels !

Egor Gaïdar : la thérapie de choc l'a tué

Par Aurialie le 18.12.2009 à 00h42

Via Courrier International

Mercredi 15 décembre, celui qu’on appellait le "père du capitalisme russe", Egor Timourovitch Gaïdar, économiste et ancien Premier ministre (1991-1993), est décédé brutalement à l’âge de 53 ans, probablement d’une thrombose, dans sa maison de la banlieue de Moscou.

On se souvient de son visage poupin et de sa silhouette ronde. La jeunesse de cet économiste hors du commun ne l’a pas empêché d’endosser la responsabilité inouïe de mettre en œuvre, en 1992, à l’âge de 35 ans, le passage de tout un système planifié et centralisé depuis 70 ans, à l’économie de marché. "Libéralisation des prix, hyperinflation, austérité monétaire, effondrement de l’économie, troc, privatisation : tout cela est lié à son nom", rappelle Gazeta.ru. Une expression emblématique résume l’ensemble : thérapie de choc. Et le quotidien en ligne de citer quelques chiffres éloquents : en 1991, la hausse des prix en Russie est de 160%, en 1992 elle atteint 2 500%, en 1993, 840%, en 1994, 215%. Entre 1991 et 1995 le PIB russe se rétracte de 34,6%. La reprise économique ne s’amorcera qu’en 1997. "Les réformes d’Egor Gaïdar suscitèrent le mécontentement de la majorité de la population, mais il n’y avait pas d’autres voies pour créer une économie de marché en Russie", estiment ses partisans. "Il savait que ses mesures étaient impopulaires, qu’on le montrerait du doigt, mais il en a pris la responsabilité. C’était, en somme, un kamikaze : après cela il a dû renoncer à sa carrière politique", explique Evguéni Iassine, économiste qui a pris la succession de Gaïdar au ministère de l’Economie en 1994.

Et de fait, en décembre 1993, Egor Gaïdar quitte le premier gouvernement de la nouvelle Russie de Boris Eltsine, et entre à la Douma comme député libéral. Il y restera juqu’en 2003. Jusqu’à sa mort, il dirige l’Institut de l’Economie de transition qu’il a fondé. Il est l’auteur de plus de cent publications. Pourquoi un homme jeune et retiré de la politique publique depuis de nombreuses années, qui devait mener l’ "existence idéale" d’un "académicien" qui "écrit ses mémoires et donne des conférences", est-il mort si brutalement ?, s’interroge le chroniqueur Leonid Radzikhovski dans Vzgliad. "Ce n’est pas l’organisme qui a cédé, c’est l’homme, avance-t-il. Un homme qu’une tension intérieure extrême et un stress terrible et constant a littéralement consumé. Sa souffrance pour la Russie a déterminé le temps qui lui restait à vivre."

Photo : Itar-Tass sur Gazeta.ru

 Ce que tout révolutionnaire doit savoir sur la répression

Par Aurialie le 01.12.2009 à 00h27

Les éditions Zones ont décidé de rééditer l’ouvrage de Victor Serge Ce que tout révolutionnaire doit savoir sur la répression, petit guide pratique listant les différents procédés de la police secrète à l’encontre des révolutionnaires du début du XXe siècle. Et l’épluchage des dossiers et archives de l’Okhrana, accessibles après la révolution bolchevique de 1917, a vraiment été instructif : filature, infiltrations, suivi de la correspondance, agents provocateurs, … la police secrète utilisaient tous les moyens pour mieux connaître les révolutionnaires et mettre fin à leurs activités. En France, l’un des informateurs de l’Okhrana était un rédacteur du Figaro, Raymond Recouly, connu sous le surnom de Ratmir (p.40) : "Ratmir informait l’Okhrana sur ses collègues de la presse française. Il faisait au Figaro et ailleurs la politique de l’Okhrana. Il touchait 500 francs par mois. Ces faits sont notoires."

Mais cet ouvrage sorti en 1925 est d’une étonnante modernité, et c’est bien pour cela qu’il a été réédité. L’infiltration dans des mouvements de la gauche de la gauche, la filature de prétendus anarcho-autnomes, la provocation dans des manifestations alter-mondialistes, … la police d’aujourd’hui utilise encore les techniques d’hier (la postface de Francis Dupuis-Déri le montre bien). Les conseils d’hier sont donc encore valables aujourd’hui (p.73 à 80) : "Ne pas se rendre directement où l’on va ; faire un détour", "Écrire le moins possible. Ne pas écrire est mieux", "Ne pas désigner de tiers sans nécessité", "Se défier des téléphones", "Savoir se taire", "En cas d’arrestation (…). En principe : ne rien dire", "N’avouez-jamais !", "Une suprême recommandation : se garder de la manie de la conspiration"...

Pour finir, je vous livre cette citation de Victor Serge sur la crise (p.94), preuve de la contemporanéité de cette œuvre : "En un mot, le respect de l’anarchie capitaliste est la règle de l’État. Qu’on produise, vende, revende, spécule, sans mesure, sans souci de l’intérêt général : c’est bien. La concurrence est la loi du marché. Les crises deviennent ainsi les grandes régulatrices de la vie économique. Elles réparent, aux dépens des travailleurs, des classes moyennes inférieures et des capitalistes les plus faibles, les erreurs des chefs d’industrie."

L'Ouvrier et la Kholkozienne

Par Aurialie le 24.09.2009 à 00h02

A l’occasion du 120e anniversaire de la naissance de Vera Moukhina, la salle d’exposition moscovite Novyi Manège organise une exposition sur l’artiste soviétique. Son œuvre majeure est la sculpture de l’Ouvrier et la Kolhozienne qui a servi par la suite d’emblème aux studios Mosfilm. Lenta.ru publie une série de photos du monument qui a été créé pour orner le toit du pavillon soviétique de l’exposition universelle de 1937, à Paris. La sculpture fait tout de même 25m et pèse 80 tonnes, le toit du pavillon devait être solide.

Depuis 2003, elle est en restauration, (celle-ci a pris un peu plus de temps que prévu), mais elle devrait bientôt reprendre sa place. D’autres photos de la sculpture sont visibles ici.

Source photo : Lenta.ru

Objectif Lune

Par Aurialie le 21.07.2009 à 23h49

A l’heure où les Américains célèbrent les 40 ans du premier pas de l’homme sur la lune, il est intéressant de voir la première photo de la face cachée de la lune prise par l’engin spatial soviétique Luna3 en octobre 1959 (il y a donc bientôt 50 ans). Et pour ceux et celles qui souhaiteraient voir plus de photos et panoramas de la lune au fil des différentes expéditions, je vous conseille d’aller voir le site richement documenté de Don P. Mitchell.

Source photo : Nasa

En souvenir du 22 juin 1941

Par Aurialie le 22.06.2009 à 21h32

Alors que les Russes célébraient leur victoire sur l’Allemagne nazie le 9 juin dernier, aujourd’hui ils commémoraient l’entrée de l’Union soviétique dans la Seconde guerre mondiale, suite au lancement de l’opération Barbarossa et l’invasion de l’armée hitlérienne à 3h du matin. Ainsi 2.000 personnes ont pris part à l’opération le Quart de la Mémoire à Moscou, un rassemblement de vétérans et de jeunes dans la nuit du 21 au 22 juin. Deux adjectifs/sentiments me viennent à l’esprit en voyant cela : l’empathie pour ces vieilles personnes qui ont dû vivre l’annonce de l’invasion allemande avec beaucoup d’inquiétude et qui méritent qu’on les honorent, la désuétude de ce type de commémoration (et pas qu’en Russie ; le 14 juillet français est tout aussi désuet avec son défilé militaire), dont on devrait supprimer tous les aspects patriotiques et nationalistes, tels les uniformes militaires (portés par les jeunes notamment) ou les drapeaux avec Saint-Georges.

La cérémonie organisée par le parti Iabloko, qui a allumé 1418 bougies, symbolisant les 1418 jours de guerre (photo), a donc ma préférence, pour son côté plus intime.

La République de SKHID

Par Aurialie le 04.06.2009 à 23h55

En découvrant quelques affiches de l’exposition "Художник и время"("Artiste et temps") sur le site Lenta.ru, je suis tombée sur l’affiche du film "Республика Шкид" (La République de SKHID), qui raconte la vie d’un internat pour enfants difficiles dans les premières années de l’ère soviétique.

Шкид (SKHID) est l’abbréviation de Школа-коммуна им. Достоевского, école-commune du nom de Dostoevski, fondée en 1918 par le pédagogue Victor Nikolaevitch Soroka-Rossinski pour développer la personnalité civique et morale des enfants. Le film est tiré d’un livre partiellement autobiographique de Grigory Belikh et L. Panteleev, écrit à 1926 et publié en 1927. Je n’ai pas encore eu le temps de voir le film en entier, mais les quelques minutes que j’ai vues m’ont incité à en parler. Un site est totalement consacré à cette école.

Essais sur le monde du crime de Chalamov

Pour avoir un petit aperçu de l’œuvre de Varlam Chalamov, auteur des Récits de Kolyma, rien de tel que de commencer par son Essais sur le monde du crime. En 160 pages, il raconte les us et coutumes de la pègre, leur combine pour échapper aux travaux de camps les plus durs, la place de la femme (mépris total, femme objet), la culture criminelle (le rôman), …

Dans son introduction, il s’insurge contre les auteurs qui ont cherché à rendre sympathique le monde des criminels, voire même à l’idéaliser, au titre de la liberté du voyou. Mais pour les avoir côtoyé au camp de la Kolyma, Chalamov connait les vices des truands, raconte les tourments subis par les politiques, les intellectuels (surnommés dans les camps les "Ivan Ivanovitch"), souvent en accord avec les autorités pénitentiaires.

"“Ces gens [les trotskystes] sont envoyés ici pour être anéantis, et votre tache est de nous aider dans ce travail”. Ce sont les mots exacts prononcés lors de l’un de ces cours [d’instruction politique pour les truands], au début de l’année 1938, par Charov, l’inspecteur de la section culturelle de la mine Partisan. (…) En la personne des trotskystes, ils se trouvèrent devant une intelligentsia qu’ils détestaient profondément. " (p. 27)

"L’intellectuel est brisé par le camp. Tout ce qui lui était cher est réduit en poussière, piétiné, la civilisation et la culture volent en éclats en un temps très court, qui se compte en semaines. (…) Cette dégradation des âmes, ce sont dans une grande mesure les truands qui en sont responsables, les repris de justice dont les goûts et les mœurs influent sur toute la vie de la Kolyma." (p. 97/99)

Enfin, il y a un passage assez complet sur le retour des criminels dans les camps après la Seconde guerre mondiale et la véritable guerre des gangs au sein même des camps entre les criminels qui avaient fait la guerre (et donc considérés comme soumis à l’autorité) et les criminels qui ne s’étaient pas battus.

En illustration de ce petit commentaire de livre, une photo diffusée par l’Union des prisonniers, qui s’inquiète des conditions de détention dans la colonie de Nijnevartovskaïa IR 99/15. Sur la tête de ce prisonnier est marquée l’abbréviation SDP – Section de discipline et d’ordre. Selon l’Union, ce prisonnier a été obligé, sous la menace de répressions, d’entrer dans cette section, de devenir "actif", c’est à dire de devenir un assistant volontaire de l’administration pénitentiaire. A la fois le marquage sur le crâne et l’obligation d’être actif, sont une humiliation pour le prisonnier. Mais ce n’est rien pas rapport aux moqueries, passages à tabac, violences, violations des droits subies fréquemment par les prisonniers. D’ailleurs, le 17 décembre 2008, un détenu est décédé des suites des coups reçus.

Alors loin de moi l’idée d’idéaliser le monde du crime et les criminels, mais les conditions de détentions dans cette prison ont l’air inquiétantes... et pas que dans celle-ci... et pas qu’en Russie.

Les chiffres de la Grande terreur

Par Aurialie le 23.05.2009 à 02h14

Je viens d’achever la lecture de L’ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse 1937-1938, le dernier ouvrage de Nicolas Werth. A la lecture de ces 300 pages décrivant 2 années de terreur sanguinaire, on ne peut qu’apprécier le travail d’historien. La genèse, la mise en place de la grande terreur, l’élaboration des listes des accusés, les arrestations, les exécutions, l’augmentation des quotas, la fin des opérations, … Nicolas Werth passe en revue toutes les étapes de cette "vaste entreprise d’ingénierie et de purification sociale visant à éradiquer tous les les éléments socialement nuisibles et ethniquement suspects" (p.17). Et ces éléments ont été arrêtés, exécutés ou enfermés en masse, voilà quelques chiffres relevés tout au long du livre :

  • p.16 : "En 16 mois, d’août 1937 à novembre 1938, environ 750.000 citoyens soviétiques furent exécutés après avoir été condamnés à mort par un tribunal d’exception à l’issue d’une parodie de jugement. Soit près de 50.000 exécutions par mois, 1.600 par jour. Durant la Grande Terreur, un Soviétique adulte sur 100 fut exécuté une balle dans la nuque. Dans le même temps, plus de 800.000 Soviétiques étaient condamnés à une peine de 10 ans de travaux forcés et envoyés au Goulag."
  • p.21 : "Les 16 mois de la Grande terreur concentrent à eux seuls près des 3/4 des condamnations à mort prononcés entre la fin de la guerre civile (1921) et la mort de Staline (mars 1953) par une juridiction d’exception dépendant de la police politique ou des tribunaux militaires."
  • p. 38 : "en 2 ans, près de 35.000 officiers durent arrêtés ou limogés, soit 1/5 environ du corps des officiers, cette proportion étant plus élevée dans les grandes supérieures."
  • p.40 : "Le renouvellement des cadres politiques fut spectaculaire : ainsi au début de 1939, 293 des 333 secrétaires régionaux du Parti, 26.000 des 33.000 hauts fonctionnaires de la nomenklatura du Comité central étaient en poste depuis moins d’un an."
  • p.41/42 : "Dans certains ministères, Affaires étrangères, Commerce extérieur, Finances, Industrie lourde, Voies de communications, Agriculture, Machines-outils, 80 à 90% des cadres dirigeants furent arrêtés, pour être aussitôt remplacés par une nouvelle génération de "promus"."
  • p. 78 : "Le seul chiffre global dont on dispose fait état début 1941, soit deux ans après la fin de a grande Terreur, et l’arrestation en 1937/1938, de plus de 1,5 million de personnes par la Sécurité d’État, de 1.263.000 personnes fichées par la Sécurité d’État – ce qui laisse supposer qu’un nombre beaucoup plus important, peut être 2 à 3 millions de personnes, étaient sous une forme ou une autre, fichées en 1937."
  • p. 228 : "Le rapport Pavlov établissait, pour les années 1921 à 1953, le nombre de personnes arrêtées, condamnées et exécutées par les différentes juridictions d’exception dépendant de la police politique : plus de 4 millions de personnes condamnées, dont 800.000 exécutées. Ce bilan faisait clairement ressortir la place exceptionnelle de la Grande Terreur : 1.548.366 arrestations, 1.344.923 condamnations, dont 681.682 à la peine de mort au cours des deux seules années 1937-1938."

Encore un chiffre, celui du coût de l’opération (p.95) : 75 millions de roubles du fonds de réserve gouvernementale furent débloqués pour "couvrir les dépenses exceptionnelles liées à la mise en œuvre de l’opération, dont 25 millions pour le transport, par voie ferrée, des éléments envoyés en camp". Mais le plus choquant est la description des tortures et l’arbitraire des arrestations. Les abus de certains agents du NVKD (infiltrés par des agents ennemis, bien sûr) ont d’ailleurs été relevés : (p.310) "entre novembre 1938 et fin 1939, 1.364 officiers de la Sécurité d’État furent arrêtés à l’issue d’une enquête interne (…), en outre 6.400 agents subalternes furent limogés, sans avoir à répondre de leurs actes et sans poursuites judiciaires."

L’ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse 1937-1938 est un livre parfois un peu répétitif, mais vraiment instructif.
En complément, ne pas hésiter à lire cet article de Non fiction sur le livre.

Un peu de sérénité

Par Aurialie le 14.05.2009 à 00h53

Cette photo, prise dans l’Altaï près de Tchouï-Ozy (Чуй-Озы), n’est pas une pièce de musée mais un véritable "poteau à attacher les chevaux" (en un seul mot en russe "коновязь").

C’est bien mieux qu’un reportage sur la famine en Ukraine en 1932/1933...
Pour plus d’info sur ce reportage, que le gouvernement russe n’a pas beaucoup apprécié, et une traduction de certains passages, je vous conseille la lecture de ce forum.

Source photo : geo-petrovitch.livejournal.com

Le Jour de la Victoire dans les blogs

Par Aurialie le 11.05.2009 à 03h31

Les commémorations de la fin de la 2e guerre mondiale se sont déroulées ce samedi en Russie (vendredi en France et dans d’autres pays), défilés et parade militaire étaient au programme des festivités. Svobodanews a fait une revue de blogs sur cette journée de la Victoire. Le thème le plus populaire a été celui de la version colorisée de la série Les 17 moments du printemps et de son personnage principal Stirlitz. Et en effet, on trouve des dizaines d’articles (ici et par exemple) sur les raisons de cette nouvelle version, son (in)utilité, les nécessités, ... de cette série racontant les aventures d’un espion soviétique, travaillant pour les intérêts de l’URSS alors qu’il sert dans l’armée nazie.

Autre thème : le ruban de Saint-Georges qui reprend les couleurs de l’ordre militaire russe de Saint-Georges, l’orange rayé de trois bandes noires. Ce ruban, distribué en Russie et ailleurs dans le monde (même en France), symbolise "la mémoire de la Victoire dans la Grande guerre patriotique et la reconnaissance éternelle aux vétérans et anciens combattants russes qui ont délivré le monde du fascisme". Mais selon de nombreux bloggeurs russes, dans les rues de Moscou, peu de personnes portaient ce ruban ce 9 mai, car il était aussi moins distribué que les années précédentes. Le jeu était plutôt de prendre des photos de gens portant ce ruban de façon insolite.

Enfin le dernier thème abordé est plus historique : il s’agit des énormes pertes de l’Union soviétique pendant la 2e guerre mondiale. Certains pensent qu’il faut enlever tout le pathos et se rappeler que la guerre est une grande tragédie. D’autres rajoutent que la guerre a permis de survivre au régime stalinien et que jusqu’à présent, la guerre a été le moyen d’étouffer la conscience du peuple.

De mon côté, plusieurs choses m’étonnent dans les commémorations de la fin de la 2e guerre mondiale :

  • l’intérêt que ces commémorations suscitent en Russie (je n’ai pas fait le tour des blogs français, mais les médias français alternatifs ne se font pas tellement l’écho des commémorations en France)
  • la glorification de Staline dans les défilés, principalement du Parti communiste de la Fédération de Russie (comment oublier les millions de victimes des Grandes purges des années 30...)
  • ces photos de Sergueï Larenkov (illustrant l’article) mélangeant le Saint-Pétersbourg actuel au Leningrad en plein blocus, le rendu est remarquable et saisissant.

Source photos : Sergueï Larenkov

Une photo, une histoire

Par Aurialie le 16.04.2009 à 23h14

Emmanuel Evzerikhin est un témoin de son époque. Né en 1911 à Rostov sur le Don, il a son premier appareil photo à 12 ans et il travaille par la suite comme correspondant étranger pour l’agence Tass : expansion architecturale de Moscou, Congrès des Soviets pendant laquelle a été adoptée la Constitution, parades sportives, ... Evzerikhin photographie la vie des soviétiques et l’histoire de l’URSS.

Le cliché ci-dessus a été pris le 23 août 1942 à Stalingrad, après une attaque aérienne massive de la flotte allemande. Cette fontaine de six enfants dansant autour d’un crocodile, entourée de bâtiments dévastés (c’est la gare que l’on voit en arrière plan), est l’un des symboles de la bataille de Stalingrad. Et en effet, cette photo laisse une impression assez forte : les enfants de la ronde sont abimés, sales, autour d’un animal peu amical, ils sont eux-mêmes entourés d’édifices criblés de balles, en flammes, effrayants : cette allégorie de la joie est plongée dans le chaos et rappelle ainsi combien la bataille de Stalingrad a été un moment capital de la Seconde guerre mondiale.

D’autres photos d’Emmanuel Evzerikhin ici.

Source photo : Photo de Volgograd

Chemiakine, les vices et les enfants

Par Aurialie le 11.04.2009 à 17h53

La prochaine fois que j’irai à Moscou, je ne manquerai pas d’aller voir de mes yeux ce monument de Mikhaïl Chemiakine "Les enfants victimes des vices des adultes". Cette œuvre de près de 600 mètres, installée en 2001, est composée de deux statuts dorés d’enfants aux yeux bandés entourés de 12 autres statues de bronze représentant des dangers potentiels dans un style surréaliste grotesque (alcoolisme, exploitation, indifférence, drogue, prostitution, sadisme, ignorance, guerre, pseudo-savoir, vol, propagande de la violence, misère), plus une dernière statue pour ceux qui n’ont pas de mémoire.

Pour l’artiste, ce projet a été pensé et réalisé pour appeler à lutter pour la sauvegarde de la génération actuelle et de celles à venir : "En tant que peintre, j’appelle par cette œuvre à regarder en arrière, à entendre et voir ce qui se passe autour. Et il n’est pas trop tard pour former des hommes sensés et honnêtes." Certains détracteurs ont critiqué l’accentuation mis sur les vices, et non sur la défense des enfants, et souligné le côté nuisible du monument sur le psychisme de l’enfant.

Né à Moscou en 1943, Mikhaïl Chemiakine a passé son enfance en Allemagne, avant de revenir en URSS où il a intégré en 1957 le collège spécial de l’académie d’art Répine dépendante de l’Académie des Beaux-Arts de Léningrad. Mais la vie n’a pas été simple pour cet ami du chanteur Vissotski : il est exclu de l’école à cause de ses conceptions artistiques qui ne correspondaient pas aux normes du réalisme socialiste, occupe des emplois précaires (il est ouvrier, s’occupe de la maintenance, est postier), est interné dans un hôpital psychiatrique pour avoir osé présenter à un haut-gradé du Parti communiste ses principes sur le Synthétisme Métaphysique, écrits avec un groupe d’artistes. Les autorités soviétiques l’obligent à quitter l’URSS en 1971. Il s’installe alors en France, puis aux Etats-Unis, où il peut développer son art.

De nombreux monuments ont été installés en Russie depuis la chute de l’URSS : statue de Pierre Le Grand à l’intérieur de la forteresse Pierre et Paul, monument à la mémoire des victimes de répressions politiques (sur le bord de la Neva), monument à la mémoire des architectes, bâtisseurs de Saint Petersbourg, monument à la mémoire du député assassiné M. Manevich. Si ses projets sont essentiellement liés à la Russie, il vit actuellement en France à Châteauroux, où il travaille à la création d’un monument consacré aux Français qui ont aidé les juifs à échapper aux nazis sous l’occupation.

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