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Petite chronique sur le barde Galitch

Par Aurialie le 21.10.2008 à 00h37

Il y a quatre heures, je ne connaissais pas Alexandre Galitch, né il y a 90 ans à Ekaterinoslav. Et pourtant deux fois son nom avait résonné à mes oreilles, sauté à mes yeux. Récemment sur cette photo, témoignage d’une manifestation contre l’intrusion russe en territoire géorgien, on peut lire sur la banderole une citation de Galitch : "Citoyens ! La patrie est en danger ! Nos tanks sont en terre étrangère."

Autre moment, autre citation, dans le film Le Nouveau Russe de Pavel Lounguine :
- Tu te souviens du poème de Galitch : "Tu engendreras des loups sur terre. Tu leur apprendras à remuer la queue..." Tu te souviens de la suite ? (...)
- Comment finit le poème ?
- Lequel ?
- Celui avec les loups.
- "Tu engendreras des loups sur la terre. Tu leur apprendras à remuer la queue. Et s’il faut plus tard en payer le prix. Qu’importe : ce sera plus tard." (extrait de Еще раз о черте, 1969)

De son vrai nom Alexandre Ginzbourg, ce poète, scénariste, auteur est, avec Okoudjava et Vyssotki, un des grands bardes, un représentant de la chanson d’auteur russe. Critique envers le régime soviétique, il est exclu de l’Union des écrivains en 1971 et de l’Union des réalisateurs en 1972. Deux ans plus tard, les autorités l’expulsent d’URSS. Il meurt électrocuté en 1977 à Paris ; des rumeurs mettent en cause le KGB.

Source photo : Club Alexandre Galitch

Interview d'Elena Bonner

Le 15 février, Elena Bonner, la veuve du dissident Andreï Sakharov, célébrait ses 85 ans. A cette occasion, Radio Svoboda lui a demandé de parler du rôle des défenseurs des droits de l’homme, des dissidents, des opposants dans la Russie contemporaine. Extraits.

Les défenseurs des droits de l’homme dans la Russie d’aujourd’hui sont-ils des dissidents ?
Le terme de "défenseur des droits de l’homme" est utilisé dans le monde entier, mais le mot "dissident" j’arrêterai de l’utiliser. Leurs missions sont totalement différentes. Je ne suis pas du tout d’accord avec mes collègues qui disent que les défenseurs de droits de l’homme ne doivent pas s’occuper des problèmes politiques. Dans une société démocratique normale, où il y a un mélange des élites politiques, c’est une profession comme une autre, faite justement pour répondre aux problèmes politiques.

D’après vous qu’est-ce qui est le plus important pour un mouvement démocratique en Russie ? Quand il n’y a pas de liberté dans les médias, que le parti au pouvoir domine totalement la vie politique, que les hommes politiques de l’opposition démocratique ne s’entendent pas, que peut-on faire ?
- Il ne peut pas y avoir d’accord, parce que chaque homme politique de l’opposition démocratique, ou parti politique, a son programme, ses propres solutions. Mais ce qui n’a pas été fait (et qui me semble être une grave erreur), c’est l’union sur un seul motif clair : la tenue d’élection honnête. Et donc je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent : "ah jamais je ne serais avec Limonov", "ah, je ne peux pas discuter avec Ziouganov". J’estime que la population en dehors de toute sympathie politique, les membres de parti et autres, doivent résoudre ensemble le problème de transparence des élections et ne pas valider de loi qui annule de fait les élections. Mais pour cela, il faut que tous s’unissent.

D’ailleurs, je vais vous dire comment je considère Limonov. Quand il a fondé son parti, Limonov l’a appelé "national-bolchevique". Mais tout cela c’était de l’esbroufe infantile. C’est un homme capable et adulte et il est le temps pour lui d’arrêter cette esbroufe et de donner un nom normal à son parti. Les jeunes de son parti sont très bien.

Comment jugez-vous l’activité de Garry Kasparov ?
Je viens juste de soutenir sa nomination pour l’obtention d’un prestigieux prix américain. J’aime beaucoup Kasparov. Il aurait davantage besoin du soutien de ce qu’on appelle notre intelligentsia.

Où se trouve notre "intelligentsia" ? Pourquoi la Russie est-elle tellement apathique ? Pourquoi les personnes qui ont conscience de la nécessité de défendre les droits de l’homme représentent jusqu’à présent une si petite majorité ?
Nous étendons tout phénomène dans le temps. Le mot "intelligentsia", comme vous le savez, est apparu au milieu du XIXe siècle, les idéaux de l’intelligentsia se sont épanouis parfaitement au XXe siècle, mais en parler maintenant à notre époque n’est plus d’actualités. Il y a longtemps qu’il n’y a plus d’intelligentsia, à la place, il y a une couche de la population éduquée, professionnelle, compétente. Il y a simplement des gens riches. Il y a des voleurs, il y a beaucoup de voleurs. Ceux que nous nommons aujourd’hui les intellectuels, sont dans toutes ces couches. Chez les voleurs, il y en a aussi beaucoup.

Pourquoi la société russe actuelle n’a-t-elle pas un haut niveau de défense citoyenne, pour au moins freiner ce pouvoir non démocratique ?
Je ne sais pas. Cela m’étonne. L’Ukraine résiste, la Géorgie résiste, seule la Russie ne la fait pas… Je ne sais pas pourquoi. (…)

La Cour de cassation dit "non" à Boukovski

Sans grande surprise, la Cour de Cassation a refusé définitivement l’enregistrement de la candidature de Vladimir Boukovski à l’élection présidentielle russe du 2 mars 2008. L’ancien dissident soviétique a déclaré dans uneinterview à Radio Svoboda que ses avocats réfléchissaient à l’opportunité de porter l’affaire à la Cour européenne des droits de l’Homme de Strasbourg. Il confirme également son soutien au seul candidat de l’opposition démocratique, Mikhaïl Kassianov. Si ce dernier le lui demande (après acceptation de sa candidature), il pourrait s’investir fortement dans sa campagne.

A la question "Comprenez-vous pourquoi la Russie va élire si docilement Poutine ou son successeur ?", il répond que l’on ne peut pas parler réellement d’élections, quand on voit l’absurdité des élections parlementaires de décembre 2007, qui ont rappelé certaines œuvres de Beckett ou Kafka. "Quand les gens sont forcés de photographier leurs bulletins de vote et de les présenter sur leur lieu de travail ou d’études, quand en Ingouchie il s’est révélé que plus de la moitié des gens n’ont pas voté, mais qu’officiellement il y a plus de 98 % de votants, il est clair que l’on a dépassé quelques limites. Comment peut-on parler d‘élections ? Il faut que la société trouve en elle-même les forces de résister au régime dictatorial actuel."

Selon lui, la résistance dans le pays grandit, peut-être plus lentement que les forces de l’opposition le souhaiterait. Mais cela s’explique par les décennies de régime soviétique, qui ont privé les gens d’initiative, et par les répressions assez féroces qui ont fait naître une certaine frayeur.

Vladimir Boukovski oublie aussi l’indifférence d’une société pour laquelle l’augmentation de son pouvoir d’achat et un accès gratuit à l’éducation et aux soins est plus importante qu’une libre expression de ses choix.

Soutenons Boris Stomakhine

Exprimer ses opinions est-il forcément un appel à l’action ? C’est en tout cas ce que pense la justice russe qui a condamné le journaliste, activiste et éditeur radical Boris Stomakhine à cinq ans d’emprisonnement pour "appels publics à une activité extrémiste" et "incitation à la haine nationale" le 20 novembre 2006. Ce sont notamment les déclarations suivantes qui ont choqué les autorités russes :

- "La Russie moderne est l’Empire du Mal et doit donc être détruite",
- "Les Tchétchènes ont un droit moral de faire sauter en Russie tout ce qu’ils veulent, après ce que la Russie et les Russes ont fait d’eux",
- "Que des dizaines des nouveaux snipers tchétchènes prennent place sur les pentes des montagnes et dans les ruines urbaines, et des centaines, des milliers d’agresseurs tomberont sous des balles justes ! Aucune grâce ! Mort aux occupants russes !" 

Boris Stomakhine est un grand défenseur de la cause tchétchène, il considère Chamil Bassaev et Salman Radouïev comme des héros de la résistance tchétchène et donne toute légitimité à leurs activités terroristes, ce qui a tout pour déplaire à l’État russe. La justice a commencé ses poursuites en avril 2004 (perquisition, confiscation, tentative d’internement) et il est finalement arrêté le 21 mars 2006. Ce jour-là, il saute du 4e étage pour échapper aux forces de l’ordre, ce qui lui a causé de nombreuses blessures au dos et à la cheville. Sa famille a d’ailleurs demandé sa libération durant son procès pour qu’il puisse se soigner, ce que les autorités judiciaires ont refusé. Valeria Novodvorskaïa, dissidente politique et porte-parole de l’Union démocratique, a déclaré à ce sujet : "Une grande tragédie est arrivée en Russie. Le destin malchanceux de Stomakhine a marqué une nouvelle époque dans le domaine de la justice, celle où les autorités judiciaires n’ont pas honte de mettre un handicapé dans le box. Ils l’ont apporté sur une civière et l’ont posé dans le box avec une froideur totale, et quelquefois il montait au cinquième étage en béquilles." Elle a ajouté : "D’un point de vue juridique Stomakhine ne pouvait pas être inculpé sous l’article 282 du code pénal de la Fédération de Russie, parce qu’il n’est pas un représentant d’une minorité ethnique qui pourrait être condamnée pour russophobie. Boris Stomakhine est russe. Et donc il aurait incité à la haine ethnique contre lui."

Aujourd’hui Boris Stomakhine est donc emprisonné dans une prison de la région de Nijni Novgorod. Il a le soutien de nombreuses organisations de défense de la liberté d’expression : le fonds de défense de la Glasnost, Article 19, le Comité de défense des journalistes, la section russe de l’organisation mondiale des écrivains, … Vous pouvez lire ses vers sur son site de soutien, qui demande notamment de lui envoyer une lettre, pour la nouvelle année et à tout moment pour le soutenir, à l’adresse suivante : 606935, Нижегородская обл., Тоншаевский р-н, пос.Буреполом, ИК-4, отр.13, Стомахину Борису Владимировичу.

Le combat de Sakharov doit continuer

Par Aurialie le 13.12.2007 à 00h17

A la veille du 18e anniversaire de la mort du physicien nucléaire soviétique, militant des droits de l’homme et prix Nobel de la paix (1975), Andreï Sakharov, le meilleur hommage qui peut lui être rendu est de relayer l’appel (en français) du directeur du musée portant son nom.

Le manque de moyens ne permet plus au musée Sakharov, haut lieu de la mémoire des persécutions staliniennes et porte-parole des violations des droits de l’homme du régime de Poutine, de fonctionner. Dans son appel, Youri Samodourov, directeur du musée, souligne le désintérêt de l’Occident pour les problèmes de la Russie ("En 2007 et au cours des années précédentes le Musée et le centre Sakharov ont existé pratiquement grâce aux subventions provenant de fondations étrangères. Mais comme l’intérêt de l’Occident envers les problèmes de Russie diminue, ce soutien se réduit aussi.") Il rappelle également les très nombreuses expositions permanentes et ponctuelles qui sont organisées, nécessitant 8.330.000 roubles ou 230.000€ pour une année de fonctionnement.

C’est pourquoi il demande le soutien de tout ceux qui pensent que le combat d’Andreï Sakharov était essentiel.

La journée d'Alexandre Soljenitsyne

Par Aurialie le 12.12.2007 à 00h10

Le dissident soviétique, Alexandre Soljenitsyne a fêté aujourd’hui (11 décembre) ses 89 ans. Du haut de son grand âge, il a répondu aux questions du journaliste de Vesti.ru, notamment une, particulièrement intéressante : "que pensez-vous de la Russie d’aujourd’hui ? Est-elle loin de ce pour quoi vous vous êtes battu ? Ou bien est-elle proche de ce que vous aviez rêvé ?"
Réponse sans appel : "Est-elle proche de la Russie que j’avais rêvée... Elle est très, très éloignée. Et par sa structure étatique, et par sa constitution sociale, et par son état économique. Mais l’ordre actuel se distingue considérablement de celui qui était précédemment. (...) Malheureusement, il a ses défauts et ses obligations de développement."

-Quelles sont les principales obligations de développement de la Russie ?
-L’essentiel dans la sphère internationale est atteint : le retour de l’influence de la Russie et la place de la Russie dans le monde. Mais sur le plan intérieur, nous sommes éloignés de l’état moral que nous souhaitions, que nous avions besoin organiquement. On ne peut pas passer par-dessus un développement spirituel difficile, que l’on n’accompli pas par des standards étatiques ou parlementaires. C’est un processus spirituel très complexe. [Selon son épouse, ce qui inquiète le plus Alexandre Soljenitsyne est la rupture entre les pauvres et les riches dans un pays où l’État se bat faiblement contre cela.]

Dernière question : "Quel cadeau vous ferait le plus plaisir ?"
-Mon cadeau est en préparation – l’édition du dernier tome de "la Roue rouge", qui aideraient à mieux comprendre la marche vers la Révolution de février.

Le jour même de son anniversaire, une nouvelle édition enrichie de "l’Archipel du Goulag" est déjà sortie en Russie, 16 ans après la précédente. Coïncidence étonnante : l’auteur avait également attendu 16 ans avant de voir son livre publié en URSS. Heureusement son expression française préférée est : tout vient à point à qui sait attendre !

Brejnev is back

Par Aurialie le 30.10.2007 à 00h52

"Les dissidents sont certainement plus connus à l’extérieur que chez nous. Sans parler de subversion, comment peut-on exprimer la moindre idée originale lorsque aucun journal, aucune onde ne vous donneront jamais la parole même si la sincérité de votre marxisme ne peut être mise en doute. Et puis, il y a la suspicion. Nombre de nos petites gens ont la conviction que les dissidents sont manipulés par la police. Après tout, ce ne sont que des intellectuels et des artistes et vous savez combien ces deux termes sont péjoratifs dans la bouche du peuple. De plus, ils fréquentent les étrangers, disposent de devises, vivement gracieusement en calomniant le régime soviétique et sont protégés par des mécènes intouchables. Comment voulez-vous que des gens dont la préoccupation permanente est de gagner la pitance et la vodka quotidiennes puissent imaginer une action politique désintéressée en dehors des efforts qui leur sont demandés pour venir en aide à des pays frères en lutte ?"

Ce passage est un extrait (p.109) du livre témoignage Rue du prolétaire Rouge de Nina et Jean Kéhayan, communistes français ayant passé près de deux ans en URSS. Revenus en France, ils ont voulu montrer la réalité de la vie en Union soviétique, celle niée par le parti communiste français : les pénuries, l’alcoolisme, la propagande dès l’enfance, la corruption, les pertes de temps multiples pour empêcher le citoyen de réfléchir, …

Les propos repris ci-dessus sont ceux d’un peintre, rencontré par le couple à Leningrad. Cette description du dissident peut être reprise à quelque chose près aujourd’hui ; il suffit de remplacer les mots "marxiste" et "soviétique" par des expressions plus actuelles : "poutinisme" et "poutinien" par exemple. Et ce n’est pas sans raison que le manifeste de l’ancien dissident soviétique de l’époque brejnévienne, Vladimir Boukovski, s’appelle "la Russie au crochet des tchékistes" et qu’une se des interviews soit titrée "Et revient Brejnev…".

Source image : biblimonde
A lire également, l’article de Pierre Haski sur la réédition de Rue du prolétaire Rouge sur Rue89.com

Le musée Sakharov menacé de fermeture

Pas un mot à enlever ou à rajouter dans ce très intéressant article de Gonzalo Aragonés, publié dans le journal espagnol La Vanguardia et traduit par Courrier International.

Le musée Sakharov, à Moscou, est un lieu qui ressemble à son fondateur : libre. Mais "les jours du musée sont comptés" s’il ne trouve pas rapidement de nouveaux financements.

Un panneau présente des photos et des documents sur la répression stalinienne, le Goulag, en face de souvenirs des dissidents soviétiques. Une autre salle confronte la conquête de l’espace et la propagande avec la société civile de l’époque. Une partie de la salle des expositions du musée Sakharov est consacrée à l’époque moderne. En ce moment, on peut y voir des affiches et des caricatures du président de la Russie, Vladimir Poutine. Sur le mur opposé, plusieurs tableaux évoquent la journaliste d’investigation Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006 par un tueur à gages. "Nous sommes le seul musée de Moscou à organiser des expositions de ce genre, à la fois critiques vis-à-vis du pouvoir et favorables aux droits de l’homme", explique le directeur, Iouri Samodourov. "Mais nos jours sont comptés."

Le musée Sakharov lutte tous les jours pour survivre. Ses actuels bienfaiteurs ont commencé à réduire leurs aides l’année dernière. Les 24 salariés de l’institution (dont la moitié travaillent à temps partiel) sont renouvelés d’un mois sur l’autre. Le budget 2007 s’élève à 250 000 dollars, "bien en dessous des 400 000 dollars nécessaires au fonctionnement du musée".

Ce lieu entend perpétuer la mémoire de celui qui est peut-être le plus célèbre des dissidents soviétiques, le physicien nucléaire et Prix Nobel de la paix Andreï Sakharov (1921-1989). Sa veuve, Elena Bonner, a fondé en 1994 les Archives Sakharov. Celles-ci et le musée, ouvert en 1996, sont hébergés dans le bâtiment où a vécu le couple avant d’être assigné à résidence dans la ville de Gorki (aujourd’hui redevenue Nijni-Novgorod) pour avoir critiqué, en 1979, l’invasion de l’Afghanistan par l’armée soviétique et appelé au boycott des Jeux olympiques de 1980 organisés à Moscou. La mairie de Moscou a cédé le bâtiment au musée pour vingt-cinq ans. C’est la seule aide que le centre reçoive des autorités russes.

Les donations et apports privés provenant de Russie sont très faibles. "Les gens ont peur", affirme Samodourov en nous conduisant en dehors du bâtiment. Sur deux fenêtres, à l’extérieur, on voit clairement les impacts de plusieurs balles. "Nous avons découvert ces impacts peu de temps après avoir inauguré l’exposition sur les affiches de Poutine." En 2003, l’une des expositions du musée a déclenché un tollé. "Attention : religion !" a suscité des protestations de la frange la plus radicale de l’Eglise orthodoxe : Samodourov et un autre salarié ont dû payer une amende. Des groupes radicaux ont manifesté devant les portes du musée en mars dernier pour exiger la fermeture de l’institution.

Par le passé, des organismes comme la Fondation Soros, la Fondation Jackson ou la Fondation Russie ouverte (créée par l’ancien patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, aujourd’hui emprisonné) ont apporté des fonds au musée. Même Boris Berezovski, l’oligarque qui a aidé Poutine à arriver au pouvoir et qui vit aujourd’hui en exil volontaire à Londres, ennemi déclaré du Kremlin, a fait un don de 3 millions de dollars en 2000 au musée, lors de la dernière crise qu’a connue cette institution.

Joyeux anniversaire M. Chakleïne

En ce 22 août, l’association de défense des droits l’homme russe fête les 70 ans d’un des ses ferveurs défenseurs : Vladimir Chakleïne. Dès 1967, il co-fonde, avec Valéry Balakirev l’organisation Société Civilisatrice, dont le but est diffuser la littérature interdite en URSS, telle que les ouvrages de Sakharov ou Martchenko. Il est arrêté une première fois en 1972 et enfermé plus d’un an dans la prison Lefortovo (KGB). Filatures et menaces du KGB sont ensuite son lot quotidien pendant plusieurs années, il a même vécu en résidence forcé en Estonie. En 1986, il revient à Sverdlovsk (actuellement Ekaterinbourg), où il a une part active dans la création d’organisations et mouvements démocratiques dans l’Oural, comme le Front civil d’Oural, Mémorial, Russie démocratique, … et est finalement élu député du soviet de la ville d’Ekaterinbourg.

Il est actuellement président du Conseil de coordinateurs du centre interrégional des droits de l’homme, membre de l’association internationale des droits de l’homme et coordinateur du Mouvement public de tous les Russes pour les droits de l’Homme pour la région de Sverdlovsk. Il a activement défendu l’avocat et prisonnier politique Mikhaïl Trepachkine, condamné arbitrairement à quatre ans d’emprisonnement le 15 avril 2005. V. Chakleïne a même été arrêté en mars 2006 pour “vérification d’informations” lors d’un rassemblement de soutien devant la Cour de Sverdlosk à Ekaterinbourg et condamné à une amende de mille roubles (environ 30 euros).

En 2005, V. Chakleïne a été en Ingouchie et en Tchétchénie pour faire un point sur la situation des conditions de vie et des droits des réfugiés. Sans compter les problèmes de logement, nombreux se sont plaints d’avoir été exclus des listes des destinataires de l’aide humanitaire et de l’impossibilité d’obtenir des compensations pour la destruction de leurs maisons.

Devant la grandeur d’âme de cet homme, l’association de défense des droits l’homme russe ne pouvait que lui souhaiter "d’être aussi énergique et compatissant envers le malheur d’autrui", ainsi que d’avoir "de nouvelles forces et une bonne santé".

Source photo : ispras.ru

Psychiatrie politique

Dernièrement, les journaux français se sont fait écho de l’enfermement en hôpital psychiatrique de la militante, Larissa Arap, membre du mouvement d’opposition Front civique unifié. Pour avoir dénoncé les sévices infligés aux patients d’hôpitaux psychiatriques (électrochocs, viols, privation de nourriture, coups, ...), L. Arap s’est elle-même retrouvée enfermée contre son gré depuis le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens pour renouveler son permis de conduire. Seule bonne nouvelle : une éventuelle sortie est prévue dans deux semaines, selon le médecin principal de l’hôpital psychiatrique.

Autre opposant au régime, autre enfermement :Nikolaï Balouev, membre du Parti national bolchevique, accusé de détention d’arme et de préparation d’attentat, doit rester dans un hôpital psychiatrique spécialisé de Novossibirsk jusqu’à guérison de son état considéré comme "malade", suite à une décision du tribunal local de Novossibirsk. Cependant les conclusions de la première expertise psychiatrique étaient tout autre : les experts de l’hôpital spécialisé №3 de Novossibirsk ont conclu que Balouev était responsable de ses actes au moment de leur accomplissement, mais qu’une maladie mentale sous forme de "psychose réactive" s’était développée pendant sa garde à vue. L’accusation a alors demandé une contre-expertise, qui a été mené par l’Institut de psychiatrique sociale et juridique de Moscou. Les experts ont reconnu Balouev irresponsable, ce qui a permis au Tribunal de Novossibirsk, qui a également déclaré infondées les conclusions de la défense sur une fabrication de toute cette affaire, d’envoyer l’accusé en hôpital psychiatrique.

Pourquoi envoyer un jeune opposant en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison ? Pour les mêmes raisons qu’au temps de l’Union soviétique : isoler les prisonniers politiques du reste de la société, discréditer leur idées, les briser physiquement et mentalement. Et l’Institut de psychiatrique social et juridique de Moscou portant le nom du psychiatre russe Vladimir Serbsky a toujours été un instrument du pouvoir et de répression. Dans les années soviétiques, on compte parmi ses victimes le général Petro Grigorenko, le mathématicien Alexandre Essenin-Volpin, le poète Viktor Nekipelov et l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, tous devenus des dissidents qui ont lutté contre les abus des autorités soviétiques.

La directrice de l’Institut a affirmé que la psychiatrie russe aujourd’hui n’était plus utilisée de façon abusive. Ce que réfute Iouri Savenko, président de l’association psychiatrique indépendante de Russie, en expliquant que de tout temps (soviétique et actuel), des institutions étaient spécialement conçues pour servir les intérêts de l’État. Il cite notamment l’affaire Boudanov, cet officier russe accusé d’avoir étranglé une jeune Tchétchène en mars 2000. L’Institut Serbsky avait déclaré Boudanov dément, donc irresponsable, au moment du meurtre. Des contre-enquêtes avaient été menées, notamment par l’Association, arrivant à des conclusions contraires. L’Institut, au lieu de faire valoir des arguments psychiatriques, avait alors déclaré que les experts de l’association avaient été payés. Le colonel Boudanov, après avoir été jugé irresponsable de son acte une première fois, a finalement été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2003, remettant en cause la pertinence et la véracité des conclusions de l’Institut Serbskiy.

Il y a deux jours un responsable de l’Institut a déclaré dans le Daily Telegraph que le candidat à l’élection présidentielle russe de 2008, Vladimir Boukovski, était "sans aucun doute psychotique". "Après son arrestation, il a écrit des centaines de lettres de plaintes. Tout le monde ne fait pas ça. C’est une autre symptôme de sa condition", a-t-il poursuivi. Après avoir déclaré que Boukovski n’avait pas la nationalité russe, qu’il n’avait pas vécu 10 ans en Russie, que sa double nationalité russo-britannique l’empêchait de se présenter, les adversaires du dissident soviétique évoquent la maladie mentale comme raison à la non validation de sa candidature... Pourquoi le pouvoir russe a-t-il si peur de Vladimir Boukovski et des accusations de quelques éléments de la société civile ?

Photo1 : Instants de Folie de Julian Renard
Photo2 : Institut Serbsky sur Rol.ru
Photo3 : Nature Morte 2 de Antje Poppinga

1e action de soutien à Boukovski

Aujourd’hui, la première action de soutien en faveur de la candidature de Vladimir Boukovski à l’élection présidentielle russe de mars 2008 se tiendra devant le bâtiment de l’administration présidentielle, place Slavianskaïa (métro Kitaï-Gorod) à 14h. Les partisans de l’ancien dissident soviétique avaient d’abord envisagé de planifier cette action devant le bâtiment du Comité électoral central, car un de ses représentants a déjà exprimé son intention de ne pas accepter la candidature de Boukovski (qui a pourtant reçu son passeport russe sans trop de difficulté). Mais les autorités moscovites ont expliqué à Roman Dobrokhotov, organisateur de cette manifestation, qu’à l’occasion de la Fête de la ville (prévue début septembre pour les 860 ans de la ville), les rues autour du Comité seront fermées pour réparation. Cette déclaration a étonné le département de gestion des infrastructures de la ville car les travaux se font la nuit et aucune rue n’est habituellement bloquée.

Les objectifs de l’action sont les suivants : récolter un maximum de signatures pour montrer le soutien de la population à Boukovski, mais aussi porter atteinte à l’autorité du président russe, Vladimir Poutine. Ce qu’il est très important de déclarer haut et fort pour les organisateurs, car ces derniers temps, les autorités de la ville de Moscou empêchent même les actions autorisées et arrêtent leurs participants.

Enfin, les partisans de Boukovski appelleront le chef du Comité électoral central, Vladimir Chourov, à se raser la barbe, sur laquelle il a juré que les élections seront honnêtes. Pour rendre cette exigence plus démonstrative, ils se raseront collectivement, directement sur la place Slavianskaïa.

Photo : Vladimir Boukovski, pris clandestinement dans une "prision psychiatrique" en 1966 (via le site pour sa candidature Bukovsky 2008)

Souvenir de Vissotski

Par Aurialie le 25.07.2007 à 23h06

Vladimir Vissotski avait déjà été évoquéici le 25 janvier, jour anniversaire de l’un des plus grands artistes soviétiques, à la fois chanteur, poète, acteur, barde, … Aujourd’hui de nombreux journaux russes célèbrent cet artiste car voilà 27 ans qu’il disparaissait, foudroyé par une crise cardiaque à l’age de 42 ans. Admiré par tous les cercles de la société soviétique, une voix de dissidence, mais non pas un dissident, accepté par le gouvernement soviétique en tant qu’acteur, mais jamais comme un poète et un chanteur, Vissotski ne tenait pas d’office ou de titres. Mikhail Chemiakine, artiste émigré, proche de Vissotski, le décrit ainsi : "Il était simplement un fils de son pays, il était très russe. Il a joué un rôle très politique, parce que dans ses chansons il se déclare contre la force malicieuse, contre le vilain système sous lequel il est né." A l’occasion de la commémoration de sa mort, voilà une des ses chansons (en français et enrusse) :

Les condamnés à la vie
Vite en route ! Ou droit dans la tombe !
Oui ! Nous n’avons pas beaucoup de choix.
Nous sommes condamnés à une vie morne
Où nous sommes rivés par des chaînes.

Un balourd s’est hâté d’y croire,
D’y croire sans vérifier ni réfléchir.
Mais est-ce vivre que vivre enchaîné ?
Mais est-ce un choix que d’être cloué ?

La grâce offerte est pure perfidie
Pareille à un philtre de sorcières hébétées :
Cachée au recoin la mort par les nôtres,
Et dans le dos la mort partes autres.

Mon âme s’est figée, et mon corps engourdi.
Nous restons muets comme des canons de paille,
La honte au sourire en coin regarde et ricane
Dans la vitre sale qui nous fait face.

Et si d’aventure nous brisions les fers,
Nous trancherions la gorge du filou
Qui eut l’idée de nous ligoter,
De nous clouer à cette vie tant vantée.

Avons-nous un mince espoir ?
Notre chaîne n’est pas assez forte ?
Pourquoi frapper aux portes du paradis ?
À coups d’osselets sur les étriers ferrés ?

On nous a proposé de cesser enfin la guerre,
En nous faisant payer un prix exorbitant :
Nous sommes condamnés à une longue existence
Dans la faute, dans la honte, dans la trahison !

Vaut-il la peine de vivre à ce prix ?
Le chemin n’est pas terminé ! Du calme !
Hors même de cette grande guerre
On peut encore mourir avec dignité.

Ne nous comparez pas à la glaire des marais,
Nous ne tisserons pas des nids de pus,
Nous ne mourrons pas d’une vie de torture,
Nous préférerons vivre d’une juste mort.

В дорогу - живо ! Или - в гроб ложись

В дорогу - живо ! Или - в гроб ложись.
Да ! Выбор небогатый перед нами.
Нас обрекли на медленную жизнь -
Мы к ней для верности прикованы цепями.

А кое-кто поверил второпях -
Поверил без оглядки, бестолково.
Но разве это жизнь - когда в цепях ?
Но разве это выбор - если скован ?

Коварна нам оказанная милость -
Как зелье полоумных ворожих :
Смерть от своих - за камнем притаилась,
И сзади - тоже смерть, но от чужих.

Душа застыла, тело затекло,
И мы молчим, как подставные пешки,
А в лобовое грязное стекло
Глядит и скалится позор кривой усмешке.

И если бы оковы разломать -
Тогда бы мы и горло перегрызли
Тому, кто догадался приковать
Нас узами цепей к хваленой жизни.

Неужто мы надеемся на что-то ?
А может быть, нам цель не по зубам ?
Зачем стучимся в райские ворота
Костяшками по кованным скобам ?

Нам предложили выход из войны,
Но вот какую заложили цену :
Мы к долгой жизни приговорены
Через вину, через позор, через измену !

Но стоит ли и жизнь такой цены ?!
Дорога не окончена ! Спокойно ! -
И в стороне от той, большой, войны
Еще возможно умереть достойно.

И рано нас равнять с болотной слизью -
Мы гнезд себе на гнили не совьем !
Мы не умрем мучительною жизнью -
Мы лучше верной смертью оживем !

Et pour entendre la chanson, il suffit de cliquerici sur l’icône real.

Source : Toutes les infos sur ce post viennent du site officiel de Vissotski

Hommage à Ginzbourg

Par Aurialie le 19.07.2007 à 00h48

Il y a cinq ans, Alexandre Ginzbourg, célèbre dissident soviétique, condamné plus fois à de longues peines de camp, s’éteignait à Paris à l’âge de 65 ans.

Sa première condamnation, à deux ans d’emprisonnement, est la conséquence de la création d’un almanach, Sintaxis, distribué en samizdat, alors qu’il a 23 ans. Six ans plus tard, il réuni t l’ensemble des documents liés au procès des auteurs Siniavski et Daniel pour en faire un Livre Blanc. Cet ouvrage est à l’origine d’un nouveau genre de littérature de samizdat : le recueil documentaire sur les processus politiques. Ginzbourg est alors arrêté pour préparation et diffusion de littérature antisoviétique en relation avec des centres étrangers antisoviétiques. Il est condamné à cinq ans d’emprisonnement le 12 janvier 1968. Dix ans plus tard, il est de nouveau arrêté et condamné à huit ans de camp d’un régime spécial accompagné de trois ans d’exil pour participation à la rédaction de documents pour le groupe Helsinki de Moscou, créé en 1976. Cependant, il ne va pas au bout de la peine et connait le même sort que Boukovski : il est échangé avec d’autres prisonniers politiques, contre deux citoyens soviétiques condamnés pour espionnage aux Etats-Unis. Il s’installe alors dans ce pays, puis va en France.

Il devient alors le directeur du centre culturel russe de Montgeron, puis rédacteur en chef du journal Rousskaïa Misl’ (l’Idée russe). C’est dans son appartement parisien qu’il accroche le règlement intérieur d’un baraquement du camp de Perm, qu’il avait dérobé à sa libération en avril 1979, comme souvenir : pour ne pas oublier et lutter contre l’envie de rentrer à Moscou.

Source image : Novaya gazeta

Boukovski : 3 mythes sur sa candidature

Suite à l’annonce de la candidature de l’ancien dissident soviétique Vladimir Boukovski à l’élection présidentielle russe de mars 2008, de nombreuses voix se sont élevées contre l’impossibilité administrative de celle-ci. Trois raisons sont évoquées continuellement dans les médias et aujourd’hui mises à mal par le Groupe d’initiatives à l’origine de sa candidature.

Mythe n°1 : Boukovski n’a pas la nationalité russe

Vladimir Boukovski a toujours eu la nationalité russe. En 1976, lors de l’échange avec le leader communiste chilien Luis Corvalan, il n’a pas perdu la nationalité soviétique, contrairement aux autres prisonniers politiques déportés. De plus, en 1992, Boris Eltsine lui a donné de nouveau la nationalité de la Fédération de Russie. Son passeport a expiré le 28 octobre 1997 et n’avait pas été renouvelé jusqu’a présent. Le 12 juillet 2007, Boukovski a déposé à l’ambassade de la Fédération de Russie de Londres les documents nécessaires à l’élaboration d’un nouveau passeport russe. Selon ses dires, le personnel de l’ambassade les a accepté "très aimablement" et lui a assuré que le nouveau passeport serait prêt au cours du mois. Il pourra alors se rendre en Russie tout à fait normalement.

Mythe n°2 : Boukovski n’a pas vécu 10 ans sur le territoire de la Fédération de Russie

Vladimir Boukovski a vécu continuellement en Russie pendant 33 ans, dont 12 ans dans différents lieux d‘emprisonnement (prison, camp, hôpital psychiatrique). Dans l’article 81 de la Constitution de la Fédération de Russie, il n’est pas mentionné que les 10 années d’existence sur le territoire russe doivent se dérouler dans la période précédant les élections. En 1996, la Commission électorale centrale avait accepté la candidature d’Alexandre Lebed, qui avait vécu en Moldavie de 1992 à 1995 et n’avait donc vécu en Russie qu’une année avant les élections. De plus, Boukovski n’a pu se rendre en Russie depuis 1996, car les autorités russes refusaient de lui délivrer un visa avec son passeport britannique.

Mythe n°3 : Boukovski n’a pas le droit de participer à l’élection présidentielle, car il a une double nationalité

La disposition № 128-ФЗ de la loi fédérale du 25.07.2006, qui prive les citoyens de la FR ayant une double nationalité, du droit d’être élus aux organes du pouvoir d’État, est contestée par la Cour Constitutionnelle de la Fédération de Russie car elle contredit de nombreux articles de la Loi fondamentale. La question de sa validité et de son application n’a donc pas encore été tranchée.

Aucune raison légale ne va à l’encontre de l’enregistrement de la candidature de Vladimir Boukovski au poste de président de la Fédération de Russie. Si l’enregistrement est toutefois refusé, celui ne pourra être considéré que comme une décision purement politique et mettra donc en doute la légitimité de l’élection présidentielle de 2008.

Source : Prima-news.ru . Image :grani.ru

Chalamov aurait eu 100 ans

Il y a tout juste 100 ans (1er juillet 1907/18 juin selon le calendrier julien) naissait l’auteur des célèbres Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov. Celui-ci a eu une vie très difficile, puisqu’il est emprisonné une première fois à 22 ans pour avoir distribué, en tant que trotskiste convaincu, des tracts mentionnant des passages du Testament de Lénine. Trois ans de camps plus tard, en 1932, il retourne à Moscou. Arrivent alors l’année 1937 et les grandes purges staliniennes. Il est accusé d’activité trotskiste contre-révolutionnaire et condamné à cinq de camps, qu’il purge dans celui de la Kolyma, situé au-delà du cercle polaire. Les cinq années passent, il est alors de nouveau condamné pour agitation anti-soviétique à dix ans d’emprisonnement. Libéré en 1951, il n’est autorisé à se rendre à Moscou qu’en 1956, après la mort de Staline (1953) et sa réhabilitation. Mais il ne retrouve qu’un semblant de liberté, ses dix-ans d’emprisonnement, de privation, de conditions de vie extrême (dispense de travail à partir de -56°C seulement) l’ayant marqué dans le plus profond de sa chair.

Comme l’explique Irina Sirotinskaïa, organisatrice d’une conférence sur Chalamov, cet écrivain maximaliste ne considérait pas sa libération de camp comme un fait réel et continuait à adopter un mode de vie de détenu (chambre nue, chope et écuelle en aluminium pour vaiselle, il mangeait son pain en tenant sa main sous le menton pour ne pas laisser tomber une miette), soulignant qu’en URSS, il n’y avait aucune différence entre la vie dans un camp ou à Moscou (Ria Novosti). Son œuvre est naturellement marquée par sa terrible expérience : absence totale de procédé littéraire pour ne pas embellir le récit, témoignages bruts sans création artistique. "L’écrivain écrit dans la langue de ceux au nom desquels il écrit. L’enrichissement de la langue, c’est l’appauvrissement de l’aspect factuel, véridique du récit. De ce point de vue, le récit qui va suivre est condamné à être faux, inauthentique", explique-t-il (Chronic’art septembre-octobre 2003).

Des parties des Récits de la Kolyma, écrits de 1954 à 1972, sont publiées à l’étranger dès 1966. Ils sont ensuite regroupés une première fois en Grande-Bretagne en 1978 (en version originale) et en Union Soviétique en 1987, en pleine glasnost. Varlam Chalamov n’a cependant pas eu l’occasion de voir cela puisqu’il est décédé le 17 janvier 1982, dans sa dernière prison, un asile de vieillard faisant office d’hôpital psychiatrique.

Bien moins connu que Soljenitsyne, Varlam Chalamov mérite de ne pas être oublié, comme la lecture de ses Récits de la Kolyma permettent de garder en mémoire l’horreur de la période soviétique.

Source image : Ria Novosti et Wikipedia pour le monument le Masque de la Tristesse en l’honneur des victimes des morts du camp de la Kolyma

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