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Egor Gaïdar : la thérapie de choc l'a tué

Par Aurialie le 18.12.2009 à 00h42

Via Courrier International

Mercredi 15 décembre, celui qu’on appellait le "père du capitalisme russe", Egor Timourovitch Gaïdar, économiste et ancien Premier ministre (1991-1993), est décédé brutalement à l’âge de 53 ans, probablement d’une thrombose, dans sa maison de la banlieue de Moscou.

On se souvient de son visage poupin et de sa silhouette ronde. La jeunesse de cet économiste hors du commun ne l’a pas empêché d’endosser la responsabilité inouïe de mettre en œuvre, en 1992, à l’âge de 35 ans, le passage de tout un système planifié et centralisé depuis 70 ans, à l’économie de marché. "Libéralisation des prix, hyperinflation, austérité monétaire, effondrement de l’économie, troc, privatisation : tout cela est lié à son nom", rappelle Gazeta.ru. Une expression emblématique résume l’ensemble : thérapie de choc. Et le quotidien en ligne de citer quelques chiffres éloquents : en 1991, la hausse des prix en Russie est de 160%, en 1992 elle atteint 2 500%, en 1993, 840%, en 1994, 215%. Entre 1991 et 1995 le PIB russe se rétracte de 34,6%. La reprise économique ne s’amorcera qu’en 1997. "Les réformes d’Egor Gaïdar suscitèrent le mécontentement de la majorité de la population, mais il n’y avait pas d’autres voies pour créer une économie de marché en Russie", estiment ses partisans. "Il savait que ses mesures étaient impopulaires, qu’on le montrerait du doigt, mais il en a pris la responsabilité. C’était, en somme, un kamikaze : après cela il a dû renoncer à sa carrière politique", explique Evguéni Iassine, économiste qui a pris la succession de Gaïdar au ministère de l’Economie en 1994.

Et de fait, en décembre 1993, Egor Gaïdar quitte le premier gouvernement de la nouvelle Russie de Boris Eltsine, et entre à la Douma comme député libéral. Il y restera juqu’en 2003. Jusqu’à sa mort, il dirige l’Institut de l’Economie de transition qu’il a fondé. Il est l’auteur de plus de cent publications. Pourquoi un homme jeune et retiré de la politique publique depuis de nombreuses années, qui devait mener l’ "existence idéale" d’un "académicien" qui "écrit ses mémoires et donne des conférences", est-il mort si brutalement ?, s’interroge le chroniqueur Leonid Radzikhovski dans Vzgliad. "Ce n’est pas l’organisme qui a cédé, c’est l’homme, avance-t-il. Un homme qu’une tension intérieure extrême et un stress terrible et constant a littéralement consumé. Sa souffrance pour la Russie a déterminé le temps qui lui restait à vivre."

Photo : Itar-Tass sur Gazeta.ru

A la mémoire d'Ivan Khoutorskoï

Par Aurialie le 24.11.2009 à 00h09

Les obsèques de l’antifasciste Ivan Khoutorskoï, tué le 16 novembre devant chez lui, se sont déroulées samedi dernier au cimetière Nikolo-Arkhangelskoe devant près de 300 personnes. Dimanche, à Moscou, ce sont des militants du mouvement antifasciste qui avaient planifié une procession en mémoire d’Ivan. Initialement les organisateurs avaient demandé à la mairie de Moscou l’autorisation de se réunir place Slavianskaïa, en partant du métro Tchistie Proudy. Cependant la mairie ne les y a pas autorisé, mais a accepté qu’ils déposent des fleurs sur la tombe du soldat inconnu, près de la Flamme éternelle, en la mémoire de l’antifasciste.

Près de 400 personnes sont venues aux portes du jardin Aleksandrovsky. Les policiers ont donc laissé passer les gens par petits groupes, mais seulement ceux qui avaient des fleurs (bougies et photos du défunt n’étaient pas autorisées).

Des photos de cet célébrations sont visibles sur le blog live-journal de ottenki-serogo (dont est issue la photo en illustration) et le site antifa.ru (où l’on peut notamment voir une très jolie photo d’un des soldats en faction rassembler les fleurs pour les mettre sur la tombe du soldat inconnu).

Les antifascistes russes perdent encore l'un des leurs

Par Aurialie le 19.11.2009 à 01h14

Ilia Djaparidzé - 28/06/2009
Fedor Filatov – 10/11/2008
Alekseï Krylov - 16/03/2008
Alexandre Rioukhine - 16/04/2006
Timour Katcharav – 13/11/2005
Le sixième nom sur cette liste déjà trop longue est celui de Ivan Khoutorskoi, militant antifasciste tué lundi dernier d’une balle dans la tête dans l’entrée de son immeuble. Il a été assassiné le 16 novembre, journée internationale de la tolérance, ce qui fait preuve d’une certaine ironie.

Son adresse et sa photo, comme celles d’autres antifascistes, étaient publiées sur les sites de mouvements néonazis, tout porte à croire que son assassin est à chercher parmi eux (certains pensent même qu’il s’agit d’un assassinat commandé). Par trois fois, ils avaient déjà attenté à sa vie : coup de batte de baseball, coup de tournevis dans le cou, coups de couteau dans le ventre... par 3 fois il avait survécu. Il était un des leaders des RASH russes (Red and Anarchist Skinheads), une communauté de skinheads antifascistes ayant des opinions politiques de gauche et entretenait de bonnes relations avec les SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice ou Skinheads contre les préjugés raciaux), skinheads antifascistes, mais apolitiques, agissant contre toutes discriminations racistes.

A notre époque, nous associons trop souvent les skinheads aux mouvances d’extrême-droite, alors qu’à l’origine ce sont des jeunes apolitiques, écoutant du ska et du reggae, formant une contre-culture assez reconnaissable (par leur coiffure et les tenues vestimentaires). La page wikipedia fait un point assez complet sur l’histoire et l’évolution du phénomène skinhead.

Ce nouvel assassinat risque de mener à une exacerbation des antagonismes entre les antifascistes et les néo-nazis russes, les locaux de Rossia molodaïa ont en tout cas été saccagés, selon eux, par des antifa...

Source photo : Lenta.ru

La loi des séries ?

Par Aurialie le 23.07.2009 à 23h46

Via Libération (et en russe via Lenta.ru) : Une semaine après l’assassinat de Natalia Estemirova, Andreï Koulaguine, qui enquêtait sur le sort des prisonniers en Russie, a été retrouvé mort en Carélie.

Andreï Koulaguine, un militant des droits de l’Homme russe, a été retrouvé mort deux mois après sa disparition en Carélie (nord-ouest de la Russie). Koulaguine, qui enquêtait sur les conditions de vie dans les prisons, avait disparu le 14 mai.

Son corps a été trouvé le 10 juillet dans une carrière de sable près de Petrozavodsk, capitale de la Carélie, a précisé le reponsable de l’ONG Spravedlivost (Justice), Andreï Stolbounov, interrogé par l’AFP.

« Andreï Koulaguine visitait les prisons et enquêtait sur les violations des droits des prisonniers », a-t-il poursuivi. Une source policière en Carélie a confirmé la découverte du corps mais a indiqué ignorer si la victime appartenait à une ONG de défense des droits de l’homme. Selon cette même personne, Andreï Koulaguine avait un casier judiciaire pour « hooliganisme ».

=> Je tiens à préciser que l’on ne connait pas encore pour le moment la cause du décès. Bien qu’Andreï Koulaguine ait disparu depuis 2 mois, il pourrait très bien s’être suicidé. Et dans le cas où son décès est criminel, rien ne nous dit qu’il est lié à son activité au sein de Spravedlivost. Une mauvaise rencontre, une bagarre qui dégénère, une histoire d’amour qui tourne mal, un problème d’argent, ... en Russie comme ailleurs les raisons de tuer un homme sont multiples. D’autant plus que le nombre d’armes est en augmentation en Russie. La coïncidence avec le meurtre de Natalia Estemirova est en tout cas bien malheureuse.

Source photo : Spravedlivost

Militante des droits de l'Homme russe : -1

Ceux qui ont vu ou lu les dernières infos savent que Natalia Estemirova, militante des droits de l’homme russe, travaillant pour l’ONG Mémorial et dénonçant les exactions et enlèvements en Tchétchénie, a été elle-même enlevée hier à Grozny et retrouvée assassinée le soir même dans une forêt ingouche. Tous les journaux relatant cet assassinat font un parallèle avec le meurtre d’Anna Politkovskaïa, parallèle d’autant plus évident que Natalia Estemirova avait servi d’interprète à la journaliste lors de certains de ses déplacements dans le Caucase, avait reçu le prix Anna Politkovskaïa en 2007 et avait été nommée pour le prix Sakharov en 2004.

Le président russe Dmitri Medvedev s’est dit indigné, le président tchétchène Ramzan Kadyrov a qualifié le meurtre d’inhumain, promis de superviser personnellement l’enquête et précisé qu’il y aurait une enquête officielle mais aussi non officielle. Selon un article de France 3, il l’avait personnellement démise de ses fonctions de présidente du Conseil civique de Grozny, un organe consultatif, parce qu’elle avait critiqué son ordre de porter le foulard islamique. Oleg Orlov, représentant du Conseil du Centre Mémorial met directement en cause Ramzan Kadyrov dans cet assassinat : "Je sais, je suis sûr de savoir qui est coupable du meurtre de Natacha Estemirova. Nous connaissons tous cette personne. Elle s’appelle Ramzan Kadyrov, c’est le président de la République de Tchétchénie. Ramzan avait déjà menacé Natalia, injurié, considéré comme son ennemi personnel. Nous ne savons pas s’il a donné lui-même l’ordre ou si c’est un de ses proches collaborateurs qui l’a fait pour plaire à son chef." Toujours selon France 3, ses derniers jours, elle avait révélé des informations qui pouvaient être gênantes : "Lundi encore, elle dénonçait la mort dans des circonstances troubles d’une jeune femme de 20 ans, Madina Iounoussova, soupçonnée d’être l’épouse d’un rebelle et dont le corps avait été remis à des proches début juillet avec l’ordre de l’inhumer "sans faire d’histoires". Le 9 juillet, elle rendit publique une autre affaire qui fit grand bruit sur les sites internet et auprès des ONG spécialistes du Caucase russe : l’exécution sommaire d’un homme, devant les jeunes de son village, accusé d’être un rebelle."

Il semble que tous les moyens vont maintenant être mis en œuvre pour retrouver le(s) assassin(s) de Natacha Estemirova. Les auteurs sont-ils des proches de Kadyrov, comme l’avance l’association Mémorial, ou bien pourquoi pas, des personnes voulant montrer que la Tchétchénie n’est pas encore pacifiée, contrairement à ce que prétend le pouvoir russe ? Dans notre monde actuel tout n’est-il pas possible...

En complément : à lire le rapport d’enquête de RSF sur le Caucase russe "Le Rideau de fer médiatique"

Source photo : index.org.ru via Lenta.ru

Rien d'autre à dire

Par Aurialie le 09.07.2009 à 00h11

Ce dessin de Sergueï Elkine se passe de commentaire ou de traduction, à part pour la dernière phrase. A son chien qui aboit, Poutine déclare à Obama : " Je n’ai rien à ajouter à ce qui a été dit."

Désolée de ne pas avoir trop le temps en ce moment de poursuivre ce blog (et ce n’est pas à cause des vacances malheureusement...). J’aurais voulu vous parler de Rim Chaïgalimov, militant de la liberté d’expression, pour avoir frappé un policier et décédé en prison (à Krasnoïarsk), du rôle de la compagnie française Vinci dans la destruction de la forêt de Khimki, de la visite d’Obama en Russie, de la disparition de l’ampoule Ilitch, ...

Sondage : qui a tué Markelov et Babourovaïa ?

Par Aurialie le 30.01.2009 à 23h46

Le centre d’analyse Levada a posé la question suivante à 1.600 russes entre le 23 et 27 janvier : "Avez-vous entendu parler de l’assassinat de l’avocat Stanislav Markelov et de la journaliste Anastasia Babourovaïa cette semaine à Moscou ? Si oui, qui, selon vous, est à l’origine de ces meurtres ?" Plus d’un tiers des personnes considèrent qu’il est difficile de répondre à cette question, et nous pouvons les comprendre. Ensuite, près d’un quart des personnes (24%) n’ont pas entendu parler de ces assassinats... disons que ce sont des personnes qui ne se tiennent pas au courant de l’actualité.

Enfin, arrivent de vrais réponses, derrière ces meurtres on trouve :

  • pour 19% des personnes interrogées des fonctionnaires corrompus menacés par leurs enquêtes ;
  • pour 7% des membres des structures de force (ministère de l’Intérieur, Forces d’intervention spéciale) à cause des affaires judiciaires contre l’arbitraire (policier) ;
  • pour 5% des nationalistes ou skinheads russes du fait de la qualité d’avocat de victimes endossée par Markelov ;
  • pour 5% des "patriotes" ou partisans du colonel Boudanov à cause des protestations de Markelov contre sa libération de ce premier ;
  • pour 3% Ramzan Kadyrov et son entourage.

Connaitrons-nous un jour le commanditaire de ces crimes ?

La transition du communisme à l'économie de marché aurait fait un million de morts (Courrier International)

Par Aurialie le 26.01.2009 à 20h24

Via Courrier international

Les privatisations massives qui ont caractérisé la transition des pays de l’ancien bloc soviétique du socialisme à l’économie de marché au cours des années 1989-2002 ont-elles eu une influence sur la forte augmentation de la mortalité constatée dans ces pays après la chute du mur de Berlin ? Oui, à en croire une étude publiée par la revue scientifique britannique The Lancet : la mortalité des hommes adultes (15-59 ans) aurait augmenté de 12,8 %, ce qui représente, calcule le Corriere della Sera, environ 1 million de personnes décédées prématurément.

Se basant sur des modèles mathématiques complexes et au terme de quatre années de travaux, les auteurs de la recherche ont par ailleurs remarqué que le taux de mortalité croît avec la vitesse à laquelle les privatisations ont été menées : là où une "thérapie de choc" a été appliquée, comme en Russie entre 1991 et 1994, l’espérance de vie s’est raccourcie de cinq ans. Dans les pays qui ont vécu une transition plus douce – comme la Slovénie, la Croatie ou la Pologne –, elle a augmenté de près d’un an. Un lien de cause à effet entre le chômage qui a suivi les privatisations, notamment en Russie, et l’augmentation du taux de mortalité est également établi, notamment à cause du fait qu’à l’époque soviétique les entreprises d’Etat assuraient le suivi médical des salariés. Avec leur fermeture ou leur privatisation, c’est une partie du système de santé qui a disparu.

Dans une lettre au Financial Times, l’économiste Jeffrey Sachs, qui avait conseillé de nombreux gouvernements ex-communistes à l’époque, estime que le taux de mortalité en Pologne n’a pas augmenté, et que le taux de mortalité en Russie est davantage dû au régime alimentaire russe ou bien aux aides refusées par l’Occident.

Le chiffre du jour : 471

Par Aurialie le 20.01.2009 à 00h37

C’est le nombre de militaires morts pendant l’exercice de leur fonction (hors combat) ou leur temps libre en 2008, soit 29 de plus qu’en 2007. Les causes de ces décès sont les suivantes :

  • 231 suicides, dont 16 rien qu’en décembre (+8 par rapport à 2007)
  • 121 accidents
  • 50 accidents de voiture (non respect du code de la route)
  • 26 meurtres ou décès par imprudence
  • 24 morts pour excès d’autorité et violation des règles réglementaires des relations entre les militaires (+9 par rapport à 2007)
  • 19 morts pour violation des règles du maniement des armes.

Pas d’amélioration dans l’armée russe en 2008, peut être en 2009...

Source : Newsru.com

Un avocat spécialiste de la Tchétchénie et une journaliste assassinés à Moscou

Via l’AFP : Un avocat russe spécialiste des crimes commis en Tchétchénie (Caucase du Nord) a été tué par balles lundi en plein coeur de Moscou, et une journaliste stagiaire du bi-hebdomadaire Novaïa Gazeta Anastacia Babourova, grièvement blessée à ses côtés pendant l’attaque, a succombé à ses blessures peu après.

L’avocat, Me Stanislav Markelov a été tué alors qu’il venait de dénoncer au cours d’une conférence de presse la libération anticipée de l’ex-colonel russe Iouri Boudanov, condamné à 10 ans de prison en 2003 pour avoir étranglé trois ans plus tôt Elza Koungaïeva, une Tchétchène de 18 ans. Il était l’avocat de la famille de la jeune fille.

"Les enquêteurs étudient les différents mobiles de l’assassinat, y compris l’activité professionnelle de la victime", a indiqué le Comité d’enquête du parquet russe dans un communiqué. "Après la conférence de presse, il est parti et il a été attaqué (...) Il n’avait rien dit des menaces dont il aurait été la cible", a indiqué à l’AFP une responsable du Centre de presse indépendant, où l’avocat s’était exprimé avant d’être tué.

Le père d’Elza Koungaïeva, Vissa Koungaïev, a pour sa part déclaré à l’antenne de la radio indépendante Echo de Moscou que Me Markelov avait reçu récemment des menaces. "Il m’a dit qu’on lui envoyait des SMS, qu’on l’appelait. On lui disait d’arrêter avec l’affaire Boudanov ou alors on allait le tuer", a expliqué M. Koungaïev.

Lorsqu’il a été tué, Me Markelov était accompagné d’une stagiaire de Novaïa Gazeta, un journal qui dénonce aussi les exactions commises pendant les deux guerres de Tchétchénie et pour lequel avait travaillé Anna Politkovskaïa, une journaliste spécialisée sur cette région et qui a été assassinée en octobre 2006. La jeune fille, âgée de 25 ans selon les médias russes, a succombé quelques heures après avoir été touchée à la tête pendant l’attaque. "Les médecins ont fait tout ce qui était en leur pouvoir. Il y a quelques minutes, la journaliste de Novaïa Gazeta Anastassia Babourova est décédée", a indiqué le journal sur son site internet. Elle avait écrit pour son compte plusieurs articles sur les problèmes de racisme et l’ultranationalisme en Russie.

Le Procureur général de Russie Iouri Tchaïka a indiqué avoir pris "personnellement" le contrôle de l’enquête. Me Markelov avait défendu Anna Politkovskaïa dans plusieurs affaires, ainsi que Mikhaïl Beketov, un journaliste d’opposition russe sauvagement agressé à Khimki en banlieue de Moscou en novembre dernier. Il était aussi l’avocat de Magometsalih Massaïev, un homme porté disparu depuis le mois d’août 2008 après qu’il eut accusé le président tchétchène Ramzan Kadyrov de l’avoir pris en otage pendant quatre mois.

Officiels tchétchènes et défenseurs des droits de l’homme ont dénoncé avec véhémence le meurtre de l’avocat. Il s’agit d’un "crime méprisable", a réagi dans un communiqué une responsable d’Amnesty International, Nicola Duckworth. "Les autorités russes doivent prendre des mesures décisives pour montrer que de tels crimes ne seront pas tolérés", a-t-elle ajouté. Un porte-parole du représentant du président tchétchène pour les droits de l’homme, cité par Ria Novosti, s’est montré encore plus virulent : "Nous supposions et nous avions averti que Boudanov allait commettre d’autres crimes. On ne peut pas dire que c’est lui, mais on peut dire que ce sont ses partisans en accord avec lui". "Le meurtre dans le centre de Moscou d’un avocat qui s’occupait d’affaires politiques importantes, a autant d’importance que l’assassinat d’Anna Politkovskaïa", a déclaré de son côté Lioudmila Alekseïeva, qui dirige le groupe Helsinki de Moscou, à l’agence Interfax.

Le procès des complices présumés du meurtre d’Anna Politkovskaïa se poursuivait par ailleurs à Moscou, alors que le tireur présumé n’a toujours pas été arrêté et que le commanditaire n’est pas identifié.

Source photos : Lenta.ru, en haut Stanislav Markelov, en bas Anastacia Babourova.

La mémoire d'un siècle de caricatures s'éteint

Par Aurialie le 01.10.2008 à 23h29

Le plus vieux caricaturiste du monde était russe et il est mort aujourd’hui à Moscou, à l’age de 108 ans. Pendant toutes ces années, Boris Efimov a produit plus de 50.000 dessins, mais il est surtout célèbre pour ses caricatures représentant la Seconde guerre mondiale (et notamment les dirigeants nazis) et mettant en scène l’impérialisme des Etats-Unis pendant la guerre froide.

Le dessin de gauche, intitulé "Mister Truman et son ombre" et daté de 1950, pourrait parfaitement illustrer la période actuelle. Sur le journal il est écrit "En Amérique, tout va bien, tout-va-bien !" alors que sur le personnage en arrière plan, on peut lire CRISE.

La caricature de Staline (à droite), est une des dernières œuvres de Boris Efimov, dessinée à l’occasion de l’exposition "Regard du passé sur le futur", organisée l’année dernière, à l’occasion de son 107e anniversaire.

Libé ne commémore pas la mémoire des morts d'Ossétie

Par Aurialie le 17.09.2008 à 22h46

Selon la tradition chrétienne, 40 jours après la mort de quelqu’un, son âme s’envole et quitte définitivement les siens, la famille et les amis commémorent alors sa mémoire pour qu’il repose en paix. Et dans la guerre osséto-georgo-russe, ce 40e jour était hier, le mardi 16 septembre.

A cette occasion, des commémorations avaient lieu dans toutes les ambassades russes à l’étranger. En France, l’ambassade de la Fédération de Russie avait rédigé un message de condoléances aux parents des morts d’Ossétie du Sud. Le texte, contenant notamment la phrase "En l’hommage des victimes de la tragédie en Ossétie du Sud - Ossètes, Russes, Géorgiens. Nous partageons le deuil des familles", avec une photo de Tskhinvali, devait être publié dans le journal Libération. Si un accord avait été conclu lundi (aux dires de l’ambassadeur), mardi aucune annonce n’était publiée, refusée par le Conseil de rédaction du journal. N’est-ce pas cela la censure ?

Source : Lenta.ru

Trotsky : une vie vouée à la Révolution

Par Aurialie le 23.08.2008 à 00h51

Continuons avec la commémoration des évènements tragiques des 21 août soviétiques : après la répression du Printemps de Prague en 1968 et le putsch de Moscou en 1991, on remonte le temps jusqu’à 1940 et l’assassinat de Trotsky.

La plus émouvante évocation de ses dernières journées est bien sûr celle de sa femme Natalia Sedova, qui l’a vu mourir après l’avoir suivi dans son exil, d’Europe au Mexique. Artisan de la Révolution d’Octobre 1917 (au même titre que Lénine), fondateur de l’Armée rouge et de la IVe Internationale, opposant farouche à Staline et à la bureaucratisation croissante du régime soviétique, historien et théoricien de la Révolution russe, Trotsky a donné sa vie à cette dernière, prenant parfois des décisions brutales et contestables, notamment la répression du soulèvement des marins du Cronstadt en 1921 (certains avaient perdu l’esprit révolutionnaire de 1917).

A la lecture de la biogaphie de Victor Serge, écrite en collaboration avec Natalia Sedova (donc forcèment partisane), Vie et mort de Léon Trotsky, on garde tout de même l’image d’un homme intègre et profondèment intelligent, (me) donnant envie (personnellement) de lire son autobiographie Ma vie.

Source photo : communisme.wordpress.com

Ossétie du sud : deux journalistes tués, deux autres blessés

Par Aurialie le 10.08.2008 à 20h07

Dépêche AFP — Deux journalistes ont été tués et deux autres blessés dans la république séparatiste géorgienne d’Ossétie du Sud où un conflit armé oppose Russes et Géorgiens, a annoncé dimanche la radio Echo de Moscou.

Les deux hommes, Grigol Tchikhladze et Alexandre Klimtchouk, sont entrés dans la zone du conflit avec l’armée géorgienne et ont été tués par des volontaires ossètes, a affirmé à la radio un correspondant de l’édition russe de l’hebdomadaire Newsweek, Orkhan Djemal, sans autre précision.

M. Tchikhladze couvrait le conflit pour l’hebdomadaire Russian Newsweek et M. Klimtchouk, âgé de 27 ans, travaillait comme photographe pour l’agence de presse russe Itar-Tass, a indiqué l’agence de presse News Georgia, selon laquelle les deux victimes sont de nationalité géorgienne.

"Soit ils sont restés derrière les militaires géorgiens, soit ils se sont perdus et sont tombés sur un poste ossète. Ils ont tenté de fuir les volontaires, mais ces derniers ont tiré sur leur voiture", a raconté M. Djemal.

Deux autres journalistes, dont un Américain, qui se trouvaient dans le même véhicule ont été blessés et hospitalisés à l’hôpital de Tskhinvali, selon la même source, ce qui porte à sept le nombre total des journalistes blessés depuis le début du conflit dans la nuit de jeudi à vendredi.

Portrait d'un humaniste : A. Pristavkine

La mort d’Alexandre Soljenitsyne a remis à la une du site du Monde un artcicle sur la mort de l’écrivain Anatoli Pristavkine, ancien président de la commission des grâces présidentielles de Russie, décédé le 11 juillet dernier, à Moscou, à l’âge de 76 ans. Ecrivain et humaniste, il mérite d’être connu, donc voilà son portrait par Daniel Vernet.

Anatoli Pristavkine a connu la gloire littéraire tardivement quand son roman Un nuage d’or sur le Caucase a été enfin autorisé en URSS, du temps de Mikhaïl Gorbatchev. Ce fut un immense succès. Le livre, qui traite de la déportation du peuple tchétchène sous Staline, a été traduit en une trentaine de langues et vendu à plusieurs millions d’exemplaires.

Il était né le 17 octobre 1931. Orphelin - ses parents sont morts pendant la seconde guerre mondiale -, il s’est enfui à 14 ans de l’institution dans laquelle il avait été placé et a erré dans le pays avec les bandes d’enfants des rues pourchassées par la police. Il en a tiré Les Petits Coucous, un roman paru en France en 1991. Dans les années 1960, il a participé à la construction de la centrale hydroélectrique de Bratsk, en Sibérie, qui a été aussi la matière à un roman.

Mais c’est surtout dans les années 1990 qu’Anatoli Pristavkine s’est fait connaître. Sur la recommandation du défenseur des droits de l’homme Sergueï Kovalev, il a été nommé en 1992 par Boris Eltsine président de la commission des grâces présidentielles.

Cette commission, composée d’intellectuels, devait examiner les dossiers des détenus, notamment des condamnés à mort. Dans un pays où l’abolition de la peine de mort ne rencontre le soutien ni de la population ni de la grande majorité des hommes politiques, elle avait pour raison d’être d’essayer d’humaniser un peu un système carcéral où règne l’arbitraire. Par rapport au nombre d’habitants, la population carcérale de Russie est une des plus élevées au monde. Chaque année, 10 000 prisonniers meurent de malnutrition, d’étouffement à cause de l’entassement dans les cellules, de maladie, notamment de la tuberculose.

Pendant ses dix ans d’existence, la commission présidée par Prostavkine a examiné plus de 50 000 dossiers et gracié plus de 12 000 condamnés à mort. Elle était une épine dans la chair du FSB (ex-KGB), la police politique qui contrôle aussi la justice. Vladimir Poutine, alors président de la Russie, l’a supprimée en 2001.

Source photo : Lenta.ru

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