Tous les articles sur le mot clé : presse

Sept ans avec Anna Politkovskaïa

Par Aurialie le 09.11.2008 à 23h31

Il y a bientôt un an, Macha Novikova sortait un film intitulé "Anna, 7 années sur la ligne de front", retraçant les 7 dernières années d’Anna Politkovskaïa.

Ce reportage montre des images de la journaliste assassinée dans les locaux de Novaya Gazeta, journal où elle travaillait, mais aussi et surtout en Tchétchénie où elle a passé beaucoup de temps. Afin de bien comprendre le travail d’Anna Politkovksaïa, son caractère, ses peurs, sa volonté de montrer ce qu’il se passait en Tchétchénie, Macha Novikova interroge trois autres femmes, qui se tenaient à ses côtés pendant les moments difficiles et de grande solitude : Galina Mousalieva, sa collègue, Lidia Iousoupova, avocate à Grozny, et Svetlana Gannouchkina, qui vient en aide aux immigrés des pays de l’ex-Union soviétique.

Point presse

Par Aurialie le 02.10.2008 à 23h23

Alors que Sarkozy veut sauver la presse française, on apprend la réapparition du journal Moskovskii korrespondent, fermé par son riche propriétaire et député à la Douma, Alexandre Lebedev, après l’annonce du supposé prochain mariage de Vladimir Poutine avec la jeune ancienne gymnaste Alina Kabaeva. Bien sûr, officiellement le journal cessait d’être diffusé pour des raisons financières.

Or le journal réapparaît sous le même format, mais avec une équipe rédactionnelle remaniée. Et monsieur Lebedev a bien souligné qu’un tel scandale comme celui d’avril (celui du mariage de Poutine) ne se répèterait pas. Autre anecdote "presse" : le journal de propagande Edinaïa Rossia du parti du même nom (le parti de Vladimir Poutine), tiré à 417.000 exemplaires depuis 2003, va cesser de paraître du fait de son manque d’efficacité et de son côté non moderne.

Libé ne commémore pas la mémoire des morts d'Ossétie

Par Aurialie le 17.09.2008 à 22h46

Selon la tradition chrétienne, 40 jours après la mort de quelqu’un, son âme s’envole et quitte définitivement les siens, la famille et les amis commémorent alors sa mémoire pour qu’il repose en paix. Et dans la guerre osséto-georgo-russe, ce 40e jour était hier, le mardi 16 septembre.

A cette occasion, des commémorations avaient lieu dans toutes les ambassades russes à l’étranger. En France, l’ambassade de la Fédération de Russie avait rédigé un message de condoléances aux parents des morts d’Ossétie du Sud. Le texte, contenant notamment la phrase "En l’hommage des victimes de la tragédie en Ossétie du Sud - Ossètes, Russes, Géorgiens. Nous partageons le deuil des familles", avec une photo de Tskhinvali, devait être publié dans le journal Libération. Si un accord avait été conclu lundi (aux dires de l’ambassadeur), mardi aucune annonce n’était publiée, refusée par le Conseil de rédaction du journal. N’est-ce pas cela la censure ?

Source : Lenta.ru

Fin mortelle pour un site d'opposition ?

Par Aurialie le 31.08.2008 à 18h55

Les ennuis avaient commencé fin mai pour le site internet Ingushetya.ru, menacé de fermeture pour incitation à la haine et à l’hostilité entre les peuples. Le propriétaire du site, Magomed Evloev, se battait depuis pour obtenir l’annulation de la décision du tribunal de Moscou, tout en poursuivant l’activité d’Ingushetya.ru, enregistré aux États-Unis. Mais ce matin, une rencontre fortuite lui a été fatale : alors qu’il rentrait en avion en Ingouchie, il s’est trouvé dans le même appareil que celui du président ingouche, Mourat Ziazikov. Il a alors été entouré des agents de la protection du ministère des affaires intérieures et à son arrivée, emmené de force dans une voiture. C’est là qu’une balle aurait été tirée, le touchant mortellement à la tête. Il est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital.

Le site internet Kavkaz Times affirmait hier que le parlement non reconnu du peuple d’Ingouchie (opposition au président Ziazikov) avait pris la décision de sortir la république ingouche de la Fédération de Russie et souhaitait récolter des signatures pour entériner cette décision. L’annonce de cette sortie pourrait être un motif de la détention d’Evloev. Une centaine de personnes se sont réunies à Nazran, près de ses bureaux, en sa mémoire.

Source photo : Lenta.ru

Les 50 ans d'A. Politkovskaïa

Aujourd’hui, entre 150 et 300 personnes se sont rassemblées place Triumfalnaïa à Moscou en mémoire d’Anna Politkovskaïa, qui aurait eu 50 ans aujourd’hui.

Assassinée le 7 octobre 2006, la journaliste de Novaïa Gazeta avait dénoncé sans relâche les atteintes aux droits de l’Homme en Russie, notamment en Tchétchénie. Le procès de son assassinat doit s’ouvrir début septembre, mais seuls les hommes de main sont dans le box des accusés (des hommes de 2e-3e rang pour Sergueï Sokolov, vice rédacteur en chef de NG), les commanditaires n’ont pas encore été retrouvés (volontairement ?). S. Sokolov rajoute dans son interview à Svobodanews que le déroulement du procès en huis-clos serait un premier signe de l’abandon progressif de l’enquête, mais que celle-ci serait poursuivie de leur côté pour trouver toutes les personnes liées à l’assassinat.

Photo : Novaya Gazeta

Opposante, donc malade ?

Le 31 juillet 2008, Nadira Isaeva, rédactrice en chef du journal d’opposition daguestanais Tchernovik, apprenait qu’elle était poursuivie pour incitation à l’action extrémiste par utilisation des médias (art. 280 du code pénal) et incitation à la haine ou à l’hostilité et dégradation de la dignité humaine (art. 282).

Elle estime que ces poursuites judiciaires n’ont aucun fondement, car aucune référence, ni citation n’ont été apportées par le ministère public pour les étayer. Toutefois, ce dernier met en cause l’article "Terroristes n°1", sorti début juillet et traitant d’une opération spéciale sur Akouchinsky. Les auteurs de l’article mettaient en doute l’opération spéciale, organisée par des agents du ministère de l’intérieur, en affirmant qu’il y a eu de nombreuses victimes innocentes, que la police ne savait pas qui elle bloquait, qui elle tuait, du fait d’informations contradictoires sur les forces en présence.

Aujourd’hui, on apprend que Nadira Isaeva a reçu il y a quelques jours un avis d’expertise psychologique judiciaire. Les autorités judiciaires auraient-elles un doute sur sa lucidité ?

Source : Lenta.ru et Svoboda news

Trois minutes dans la guerre georgo-osseto-russe

Par Aurialie le 12.08.2008 à 14h05

Comme pour les différentes compétitions des Jeux Olympiques de Pékin, nous pouvons suivre l’évolution de la guerre georgo-osseto-russe, presque minute par minute, notamment sur Libération.fr. Et parmi les petites phrases ou actions relevées, j’en soulignerais deux :

10H25 - La Russie ne cherche pas à faire tomber le président géorgien Mikheïl Saakachvili, mais considère que « ce serait mieux » s’il quittait le pouvoir, déclare le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

12h42 - Le président français Nicolas Sarkozy juge « normal » que la Russie veuille « défendre les intérêts des russophones » hors de ses frontières, tout en réitérant la nécessité de respecter « l’intégrité » territoriale de la Géorgie.

Et voilà la réponse d’un internaute commentateur Alan à 13h50 - Comme déjà dit, Sarko se trompe. Le terme "russophone" désigne des citoyens de langue russe (et d’origine russe) d’autres états que la Russie (pays baltes, Kazakhstan etc...). Les Ossètes (du sud), même s’ils parlent le russe pour la plupart ne sont pas "russophones" - ils ont leur langue propre -. Ils sont "citoyens" russes parce que la Russie leur a distribué des passeports "russes", leur "État" n’étant pas reconnu...C’est à ce titre que la Russie est intervenue, uniquement pour les défendre des méchants géorgiens. Maintenant, avec ce que vient de dire Sarko, tout devient possible dans l’optique d’un rétablissement de l’Empire...

Quelque chose à rajouter ?

Ossétie du sud : deux journalistes tués, deux autres blessés

Par Aurialie le 10.08.2008 à 20h07

Dépêche AFP — Deux journalistes ont été tués et deux autres blessés dans la république séparatiste géorgienne d’Ossétie du Sud où un conflit armé oppose Russes et Géorgiens, a annoncé dimanche la radio Echo de Moscou.

Les deux hommes, Grigol Tchikhladze et Alexandre Klimtchouk, sont entrés dans la zone du conflit avec l’armée géorgienne et ont été tués par des volontaires ossètes, a affirmé à la radio un correspondant de l’édition russe de l’hebdomadaire Newsweek, Orkhan Djemal, sans autre précision.

M. Tchikhladze couvrait le conflit pour l’hebdomadaire Russian Newsweek et M. Klimtchouk, âgé de 27 ans, travaillait comme photographe pour l’agence de presse russe Itar-Tass, a indiqué l’agence de presse News Georgia, selon laquelle les deux victimes sont de nationalité géorgienne.

"Soit ils sont restés derrière les militaires géorgiens, soit ils se sont perdus et sont tombés sur un poste ossète. Ils ont tenté de fuir les volontaires, mais ces derniers ont tiré sur leur voiture", a raconté M. Djemal.

Deux autres journalistes, dont un Américain, qui se trouvaient dans le même véhicule ont été blessés et hospitalisés à l’hôpital de Tskhinvali, selon la même source, ce qui porte à sept le nombre total des journalistes blessés depuis le début du conflit dans la nuit de jeudi à vendredi.

La Russie, le pays où tout est possible ?

Par Aurialie le 27.06.2008 à 23h50

La Russie est un pays propice à nourrir l’imagination des auteurs, journalistes, bloggeurs, … On n’avait voulu nous faire croire à la mort d’un espion russe sur la tombe de Karl Marx à Londres en mars dernier ; on n’y avait pas cru.

La lecture de l’article principal du magazine de Chronic’art de ce mois-ci, intitulé Mort pour la partie, a de quoi laisser le lecteur perplexe. Son sujet : dans des salles clandestines, bourrées de PC ultramodernes et d’équipement de stimulation sensorielle, de jeunes hackers russes jouent leur vie sur un jeu vidéo ultra-violent qui influe réellement sur la santé physique et mentale des participants. Autour rôdent drogues (amphétamines, coke), tops models en manque de sensations, mafieux contrôlant l’argent des paris, …

Dix minutes de recherches permettent de se rendre compte que tout cela est faux, comme l’ensemble des articles du magazine. Cyril de Graeve, patron de Chronic’art, a expliqué la raison de ce simulacre dans une interview au Post : ’’Le but n’est surtout pas de piéger les lecteurs, mais ce numéro est avant tout une expérimentation littéraire, et une réflexion sur Internet notamment. (…) Mettre en lumière le fait que l’on ne parvient plus à distinguer le faux du vrai, compte tenu de toutes ces vidéos et informations ’’fake’’ qui pullulent sur la toile et brouillent tout le monde."

En soi, le concept n’est pas gênant, car en effet de nombreuses informations non vérifiées circulent sur Internet. Mon interrogation est plutôt la suivante : pourquoi la Russie engendre-t-elle tant de fantasmes ? Une telle histoire n’aurait-elle pas été aussi crédible dans un autre pays ? La Russie est-elle le pays où tout est possible ?

Où va la presse russe ?

Par Aurialie le 24.06.2008 à 23h22

Via Courrier International

Le lectorat et le tirage de la presse écrite russe se réduit. D’après les statistiques officielles de l’Agence fédérale de la presse et des moyens de communication, le tirage total des journaux en Russie s’est réduit en 2007, passant de 8,05 milliards à 7,8 milliards d’exemplaires l’année précédente.

Si le constat de réduction du lectorat et du tirage de la presse russe n’est remis en cause par personne, l’interprétation de ces chiffres fait débat. Pour le directeur de l’Association mondiale de la presse (WAN), Timohty Bolding, présent au 4e forum professionnel annuel des éditeurs russes, cette baisse d’intérêt s’explique par "l’absence de liberté réelle de la presse". Selon Bolding, "les journaux et autres médias en Russie ne remplissent ni leur rôle de défense des intérêts du peuple et du lecteur, ni leur mission de liberté, d’indépendance et d’objectivité dans leurs relations avec les forces de l’ordre et de sécurité", rapporte Gazeta.ru.

Un exposé qui n’a pas pour autant convaincu les responsables officiels russes présents qui, pour leur part, ont mis en cause la forte concurrence des chaînes télé gratuites (au nombre de 10 à 15) ainsi que la faible qualité de la presse écrite. Mais "on ne pourra parler sérieusement de lutte pour la qualité et du rôle des médias dans la société russe que si l’Etat réduit la pression", objecte le quotidien en ligne moscovite Gazeta.ru. Le journal plaide dans son éditorial pour que ne soit pas amendée la loi sur les médias, "l’une des lois les plus libérales et efficaces en vigueur en Russie". Un projet de révision de la loi sur les médias préparé par des députés du parti au pouvoir Russie unie avait commencé à être examiné début juin, mais fut finalement abandonné.

L'enquête sur le meurtre d'A. Politkovskaïa est close

Par Aurialie le 18.06.2008 à 22h28

Via Courrier international

Le comité d’enquête du parquet de la Fédération de Russie annonce que l’enquête préliminaire sur l’assassinat de la journaliste d’investigation russe Anna Politkovskaïa, en octobre 2006, à Moscou, est close, rapporte Moskovski Komsomolets. A partir du 19 juin, les proches de la victime et la défense pourront prendre connaissance du dossier. Trois personnes sont accusées du meurtre : un ancien policier, Sergueï Khadjikourbanov, et deux Tchétchènes, les frères Djabrail et Ibrahim Makhmoudov. Un ancien officier des services secrets russes, Pavel Riagouzov, est également impliqué dans l’affaire.

L’enquête sur le meurtre de la célèbre journaliste du bihebdomadaire Novaïa Gazeta a été marquée par des déclarations retentissantes des autorités. Moskovski Komsomolets rappelle que "le parquet général avait déjà annoncé l’élucidation du crime en août 2007, mais, depuis, le nombre des accusés n’a cessé de changer. Au cours de l’enquête, neuf personnes avaient été mises en accusation, mais ensuite plusieurs ont été libérées sans poursuites."

Une décision qui réjouit l'Union des journalistes de Russie

Par Aurialie le 03.06.2008 à 00h22

Le nouveau président russe, Dmitri Medvedev, a proposé de retirer de la consultation à la Douma d’État les corrections de la loi sur les médias (évoquée ici).

"Dmitri Medvedev ne pouvait qu’apporter une telle réponse, il est juriste de profession", a commenté Mikhaïl Fedotov, vice-président de l’Union des journalistes de Russie (UJR). D’après lui, "pour une personne, qui s’occupe du droit civil, l’absurdité, le caractère réactionnaire et le dommage, que pourrait apporter ces corrections, sont tout à fait évidents."

Medvedev s’est même dit prêt à travailler avec le représentant de l’UJR, Vsevolod Bogdanov, sur un programme de développement de la législation dans le domaine des médias. Voilà une bonne nouvelle !

Revue de presse du 27 mai

Par Aurialie le 27.05.2008 à 23h17

Quelques nouvelles en vrac dans le pays de Pouvedev et Medvedine :

- L’enquête sur la mort de Iouri Tchervotchkine s’arrête, la police n’ayant pu "établir le cercle de personnes, passibles de poursuites à titre d’accusé". Ainsi, un jeune homme est mort pour ses idées, sans qu’aucune personne n’en porte la responsabilité.
- Un tribunal moscovite a demandé la fermeture du site Internet http://ingushetiya.ru pour publication de contenus incitant à la haine nationale et à l’hostilité. Une première dans l’histoire de l’Internet russe.
- Mikhaïl Borzykine, le leader du groupe Televizor, fête ses 46 ans.
- Le citoyen russe moyen et son manque d’engagement politique sont le sujet du 4e article d’Annie Daubenton sur son blog Alternatives internationales.
- Un membre de la communauté Live Journal Namarsh.ru a indiqué dans un post tous les adresses LJ des députés de l’Assemblée nationale alternative. Cette liste a été mise à jour au fur et à mesure des commentaires des internautes.
- Manana Aslamazian n’a pas l’intention de revenir en Russie, malgré la décision de la Cour Constitutionnelle, qui a déclaré que la clause du Code Pénal empêchant le transfert de plus de 10.000$ était illégal, ne répondait pas aux exigences de la constitution de la Fédération de Russie et violait les principes d’égalité et de justice. Pour rappel, Manana Aslamazian, directrice du bureau moscovite de l’ONG américaine pour la défense des médias et la formation des journalistes, avait été poursuivie pour ne pas avoir déclaré 9.500€ à l’aéroport de Moscou (la limite étant de 10.000$).

Encore des restrictions pour la presse

Par Aurialie le 29.04.2008 à 00h15

Télex : Conséquence du faux scoop sur le remariage de Vladimir Poutine, une loi qui autoriserait le gouvernement à suspendre et fermer des organes de presse pour diffamation et calomnie vient de passer avec succès la 1e étape de son adoption par le Parlement (339 voix contre une à la Douma).

En vertu de ce projet de loi, la diffamation est définie comme "dissémination délibérée de fausses informations portant atteinte à l’honneur individuel et à la dignité".

Les esprits médisants diraient que cette histoire de remariage ressemble à un coup monté, dont le sacrifice d’un journal populaire est bien léger par rapport aux gains que cette loi peut rapporter.

Déchéance ou boom culturel ?

Le centre Levada a organisé un sondage en avril pour savoir quels étaient les auteurs et réalisateurs les plus talentueux pour les Russes. Les réponses sont les suivantes :
- auteurs contemporains : Akounine et Dontsova (4%), Coelho (3%), Soljenitsyne (2%), Oustinova, King, Marinina, Pelevine et d’autres (1%)
- auteurs classiques : Pouchkine (4%), Tolstoï (3%), Dostoevski (2%), Cholokhov, Boulgakov, Lermontov, Tchekhov (1%), Shakespeare, Hugo, Dumas, London (- de 1%)
- réalisateurs : Mikhaïlkov (21%), Riazanov (8%), Spielberg (6%), Bondartchouk senior (5%), Kontchalovski (4%), Tarantino (3%), Besson (2%)

Une semaine plus tard, sans que cela n’est aucun rapport à priori, Newsweek publiait un article sur l’état de la culture en Russie. Alors que la culture underground prospère (pièce satirique des frères Presniakov, performance, vernissage dans des galeries multimédia, pièce de Victor Pelevine sur Lénine), la culture de masse en fait autant (programme télé mélangeant filles en bikini et char de l’armée, très fort succès du jeu "Qui veut gagner des millions ?", spectacles des vieux chanteurs de l’ère soviétique, reportages sans fin sur les journées de Medvedev et Poutine). La question est donc : déchéance ou boom culturel ?

Bien sûr, cette question peut être posée dans tous les pays : la "haute" culture ne concerne qu’une minorité, la majorité regarde la télévision. Mais en Russie, il y a une rupture stupéfiante entre une culture arty minoritaire et une culture d’État conformiste. De plus, la culture du spectacle (sitcom, romans policiers, astrologie, télévision) marginalise la voix des l’intelligentsia, autrefois respectée et influente, notamment au moment de la Glasnost.

L’article cite le cas, déjà mentionné ici, de deux chanteurs, contestataires et underground à l’époque soviétique, symbole de notre contemporaine, car ils ont pris deux chemins différents : Andreï Makarevitch chante au concert célébrant la victoire de Medvedev tandis que Iouri Chevtchouk déclare que "la stabilité de Poutine est la tombe de la créativité" suite à cette même victoire. Chevtchouk se voit maintenant interdit d’antenne, car producteur ou présentateur ne veulent prendre le risque de voir leur nom inscrit sur la blacklist du Kremlin. Il s’est donc mis en place un système insidieux qui récompense la conformité. Le présentateur Sergueï Dorenko, mis au placard après avoir apporté son soutien à un candidat anti-Kremlin aux élections ukrainiennes de 2004, a déclaré : "l’horizon de notre nation s’est resserré, l’esprit russe s’est fermé. Les intellectuels se sentent perdus." D’autant plus que des lois veulent encore limiter les espaces de parole libre.

Un expert du développement des adolescents estime que l’intention du gouvernement est de transformer les jeunes Russes en zombie afin qu’ils n’aient aucune pensée politique indépendante. Les quelques programmes culturels diffusés à la télévision ou à la radio sont tolérés par le gouvernement du fait de leur faible audience. La question est donc maintenant de savoir si la nouvelle génération d’auteurs comme Zakhar Prilepine va déterminer le futur intellectuel de la Russie ou bien si celui-ci va continuer de suivre un conformisme de masse.

L’art libre est une question très actuelle, un live journal intitulé ru_art_free (avec le slogan "in art we free !") a même ouvert cette semaine.

Image : Maiakovski et Rodtchenko - Lisez le journal La jeune garde via A Soviet poster a day

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