Il l’a twitté en anglais (capture d’image ci-dessous), il l’a twitté en russe, il l’a vidéo-bloggué : Medvedev a décidé de suspendre la destruction de la forêt de Khimki (pour la construction d’une autoroute entre Moscou et St Pétersbourg) et de procéder à des nouvelles expertises et discussions, suite aux nombreuses pétitions qu’il a reçues. Un bloggeur pense que c’est sa rencontre avec Bono (le chanteur de U2) et Iouri Chevtchouk (leader du groupe DDT) qui lui a fait changé d’avis. Quoiqu’il en soit, cette décision est semble-t-il sans précédent : un premier succès de la société civile russe face au pouvoir ?

Tous les articles sur le mot clé : Medvedev
Il y a une semaine, j’avais commencé à traduite un article de David J. Kramer (charcheur au German Marshall Fund) paru sur The Moscow Times intitulé Medvedev is no democrat. En voici les premiers paragraphe : "Ceux qui avaient espéré que le président Dmitri Medvedev apporterait à la Russie un avenir plus démocratique, tourné amicalement vers l’Ouest, ont connu des montagnes russes d’émotions ces derniers temps. Ils ont été enthousiasmés par le discours que Medvedev a donné devant les ambassadeurs de Russie il y a [trois] semaines, dans lequel il a parlé de la nécessité d’une "modernisation des alliances" avec les États-Unis et d’autres pays occidentaux. Une fois de plus, Medvedev a exprimé son soutien à l’État de droit, à la démocratie et aux institutions de la société civile : "Il est dans l’intérêt de la démocratie russe que le plus grand nombre de nations possible suive les normes démocratiques dans leur politique intérieure."
Trois jours plus tard, cependant, les commentaires de Medvedev lors d’une conférence conjointe avec la chancelière allemande Angela Merkel ont été carrément déprimants, lorsqu’il a pris sur soi la responsabilité d’une loi qui ferait dangereusement accroître les pouvoirs du Service fédéral de sécurité.
Ce projet de loi a été soumis par le gouvernement à la Douma d’État après les attentats du métro de Moscou en mars. Entre autres choses, il permettra d’élargir les pouvoirs du FSB qui pourra avertir les citoyens que leurs actions pourraient constituer une violation future de la loi. Combien de fonctionnaires de police peuvent deviner ce que Dieu seul sait, mais l’une des craintes, c’est que le projet de loi soit utilisé pour intimider les opposants au gouvernement qui seront amenés à réfléchir deux fois avant de parler ou d’agir. [...]
Les principaux militants des droits humains russes ont averti dans une lettre ouverte récente que cette loi serait le retour dans le pays à la "tyrannie judiciaire, l’intimidation des dissidents et le contrôle par les services de sécurité des activités pacifiques des citoyens." Eux et d’autres opposants au projet de loi avaient espéré que Medvedev opposerait son veto à la législation, mais ses discussions avec Mme Merkel ont tué ces chances. "La loi sur le FSB est un projet de loi interne. Chaque pays a le droit d’améliorer sa législation, notamment celles relatives aux services spéciaux", a déclaré M. Medvedev." […]
La suite de l’article fait ensuite référence à d’autres lois ou projets de loi : l’un interdisant aux personnes déjà condamnées pour des infractions - y compris des infractions au code de la route, tel un excès de vitesse - d’organiser des rassemblements publics et des manifestations ; l’autre donnant aux services de police un plus grand pouvoir pour fermer des sites web et poursuivre les fournisseurs de services Internet ; un 3e accordant plus de pouvoirs aux gouverneurs locaux, notamment celui des renvoyer des maires, ce qui rendrait l’élection directe des maires dénué de sens.
L’auteur souligne ensuite le peu de résultat dans l’enquête sur les meurtres de la militante des droits de l’Homme en Tchétchénie Natalia Estemirova et de l’avocat Sergueï Magnitski ; et termine sur un bilan peu flatteur : "’Plus de moitié de la présidence de Medvedev a passé et la situation politique en Russie reste catastrophique. Le rapport 2009 sur les Droits de l’Homme du Département d’Etat américain donne des informations détaillées sur le nombre élevé d’assassinats parmi les opposants du gouvernement, les journalistes et militants des droits de l’Homme, dont la plupart reste impunie. En outre, la corruption s’aggrave, l’État de droit est pratiquement inexistante, et le Caucase du Nord est un foyer de violations des droits de l’homme et du terrorisme. [...]"
Quelques jours après la parution de cet article, un autre était publié annonçant la démission de la conseillère en Droit de l’Homme du Kremlin, Ella Pamfilova, du fait de l’atmosphère actuelle en Russie. Depuis quelques mois, elle critiquait la politique intérieure de la Russie et notamment l’échec du gouvernement d’engager le dialogue avec la société civile.
Et enfin, ce week-end, le rappeur engagé Noize MC (aka Ivan Alekseev) a été arrêté après un concert à Volgograd et condamné hier à 10 jours d’arrestation administrative pour "hooliganisme", pour avoir offensé verbalement des policiers dans une de ses chansons. Le conflit a commencé quand le batteur du groupe, Pavel Teterin, est descendu dans la foule avec sa casquette pour demander de l’argent à la foule. Ce geste symbolique, traditionnel dans les concerts de Noize Mc, a été pris pour une action réelle de mendicité par les policiers présents.
En réponse, Alekseev a entamé une chanson, qui accuse les officiers de police de violence, corruption et stupidité, devant un cordon de policiers (vidéo). Le refrain est le suivant : "Гражданин, стоп-стоп ; по карманам – хлоп-хлоп, по почкам – стук-стук, и кури бамбук, друг !". (dont la traduction pourrait être : Citoyen, stop-stop ; Montre tes poches – hop-hop ; Et maintenant tes reins – pan-pan ; Va-t-en et fume la moquette !). Le chanteur aurait également comparé les policiers à "des animaux avec des emblèmes rouges sur leurs têtes’. Lors de la comparution immédiate, il a demandé pardon et a mis son comportement sur le stress causé par la naissance de son fils trois jours avant. Une pétition a été mise en ligne pour demander sa libération immédiate.
Source image : The Moscow Times
PS : Malgré mes nombreuses relectures, il peut rester des fautes, et je m’en excuse par avance.
Dmitri Medvedev avait déjà une page sur LiveJournal et un vidéo-blog, depuis sa visite dans la Silicon Valley et plus particulièrement dans les locaux du plus important site de micro-blogging , il a 2 comptes Twitter (un en anglais et un en russe).
Comme souvent, le premier tweet n’est pas très passionnant. Les experts en nouvelles technologies estimaient d’ailleurs que si le président n’apportait pas de contenu vraiment intéressant, le nombre de followers allait diminuer inexorablement. Moins de 24h après l’ouverture officielle, Dmitri Medvedev avait plus de 25.000 followers sur son compte en russe et 19.000 sur son compte en anglais. Aujourd’hui, moins d’un mois après, leur nombre est respectivement de 49.000 et 34.000.
Medvedev ne parle pas que de ses déplacements, rencontres, actions, ... en moins de 140 caractères, il raconte également de petites anecdotes. Par exemple, le 15 juillet, il a écrit : "Angela Markel a déclaré qu’elle aime beaucoup les hamburgers ; même plus que moi et Barack Obama" (Ангела Меркель призналась, что очень любит гамбургеры. Даже больше, чем мы с Бараком Обамой). Le 29 juin, après avoir vu qu’il manquait beaucoup de députés à la Douma, il a twitté : "Les députés doivent aller aux séances du parlement. C’est honteux de voir ces fauteuils vides. Il faut aller travailler." ("Депутаты должны следить за явкой на заседаниях парламента. Просто стыдно смотреть на пустые кресла. На работу надо ходить.").
Ces tweets de politique internationale sont également intéressants : par exemple, le 13 juillet "Enough talk about alternative energy, it’s time for action. We need green electricity tariffs."(Ainsi de discussion sur les énergies alternatives, il est temps d’agir. Nous avons besoin de tarif sur l’électricité verte) ou le 12 juillet "The main thing is that Russia and the US realise that sustained development rather than weapons or spy games underlies national security." (Le principal est que la Russie et les Etats-Unis se rendent compte qu’un développement soutenu, plus que des armes ou des jeux d’espions, est à la base de la sécurité nationale).
Et Medvedev montre même des photos en utilisant Twitpic et semble avoir son propre système de réduction d’url (krln.ru) pour les articles renvoyant sur le site du Président de Russie. Le fait d’avoir une équipe de 8 personnes pour gérer ses 2 comptes doit pas mal l’aider dans sa nouvelle activité de micro-blogging !

Sauf un : la petite bébête verte ressemblant étrangement à Vladimir Poutine sur la tête de Dmitri Medvedev est un "brain slug", personnage mineur de la série Futurama, se greffant sur la tête des êtres humains pour les contrôler.
Ou plutôt deux (commentaires) : je partage un des commentaires sur ce dessin de Sergueï Elkine : "Конечно Медведев не марионетка Путина. Это Путину хочется чтоб тот был его марионеткой" ("Bien sûr Medvedev n’est pas la marionnette de Poutine. C’est Poutine qui voudrait qu’il soit sa marionnette").
En ce jour de 2e tour des élections régionales françaises, j’ai trouvé que cette vidéo était d’actualité : le vote d’un électeur d’Ekaterinbourg lors des régionales du 14 mars 2010. Celui-ci ne vote pas vraiment, mais fait la promotion du site putinavotstavku.ru, demandant la démission de Vladimir Poutine.
Aujourd’hui, 11 jours après sa mise en ligne, la pétition a récolté 15.000 signatures, les premiers signataires étant les opposants habituels de la politique du gouvernement : Elena Bonner, Vladimir Boukovski, Andreï Piontkovski, Vladimir Kara-Mourza, ... La pétition a bien sûr aussi des opposants dans la blogosphère russe, et certaines revendications ont été reprises hier lors des actions de protestation menées dans une cinquantaine de villes russes contre la politique économique de Vladimir Poutine. Des photos des manifestants de Saint Pétersbourg sont visibles ici (sur le site de Sergueï Chernov), celles de Moscou là (sur le site d’Igor Podgomy), mais la participation aurait été plus forte en province (Vladivostok, Irkoutsk, ...). Des actions assez normales en ces temps de crise.
Hier c’était la journée des défenseurs de la patrie, considérée comme la fête de l’armée. Cette magnifique photo de Leïla Tourkina illustre à sa façon une de ces facettes : le sort des vétérans, souvent blessés ou malades, vivant avec le souvenir des batailles remportées, des médailles obtenues.

Ce cliché fait partie du projet Bestof Russia, les meilleures photographies de Russie, créé en 2008 par Vinzavod (que j’avais évoqué l’année dernière). Preuve de la qualité de ce concours, le président en personne a inauguré l’exposition 2009. Toutes les photos gagnantes sont visibles ici.
En réponse à la déclaration du ministre de l’Intérieur, Arcady Edelev, sur le caractère unique du coup de folie du commandant Evsioukov dans un supermarché de Moscou (qui a fait 2 morts et 7 blessés), la rédaction de la revue Esquire a établi un calendrier des exactions de la police en 2009. La liste va du 27 avril (date de l’affaire Evsioukov) au 31 décembre, et presque tous les jours en Russie un policier se retrouve à l’origine d’un acte répréhensible : passage à tabac, meurtre, extorsion de fonds, incendies, vols, ...
Par exemple, sur le mois d’avril 2009, on peut lire :
27 avril : Un policier moscovite a provoqué un bain de sang dans un supermarché.
28 avril : Un policier de Tchéliabinsk est condamné pour avoir donné un coup entre les jambes d’un commandant de la GIBDD (administration centrale de l’inspection d’État de la sécurité routière).
29 avril : Un policier ivre a étranglé un invalide.
30 avril : Des policiers voulaient noyer un homme, "parce qu’il était chauve".
Dans un article, Novyi Region 2 rapporte les commentaires de blogueurs qui pensent que "l’on peut faire un tel calendrier avec tous les professions : professeurs, journalistes, etc. Il y a des gens, il y a des crimes..."
Cependant, les déclarations de Medvedev cette semaine vont bien dans le sens de Esquire. Il a rappelé qu’en 2009, "43.000 crimes contre le service public, les intérêts du service publics et des collectivités locales ont été mis à jour, dont 15.000 liés à la corruption". Il réclame donc des réformes dans la police russe, qui vont se traduire par des réductions drastiques de personnel au ministère de l’Intérieur, un renforcement de la responsabilisation de chacun au sein du ministère, l’obligation pour les policiers de fournir des renseignements sur leur patrimoine et celui de leurs familles. Mais Dmitri Medvedev est également conscient qu’il faut améliorer la sécurité matérielle et sociale des policiers, notamment en augmentant leurs salaires.
Il y a une quinzaine de mois, dans un précédent article, j’avais montré des illustrations du dessinateur Andreï Gordeev, alias Gordeï. L’homme continue à croquer son pays et ses concitoyens en jouant sur les moindres détails. J’admets que je n’ai pas reconnu tous les personnages représentés ci-dessous.
Cinq sont facilement reconnaissables : Vladimir Poutine écrivant sur un panneau "école des élèves-officiers du Kremlin – 1e appel" ; le président russe Dmitri Medvedev, le président biélorusse Alexandre Loukachenko, l’opposante Valeria Novodvorskaïa (seule femme du dessin) et … un ours.
Je pense que l’homme agenouillé devant Loukachenko est Alexeï Koudrine, Vice-Premier ministre et Ministre des Finances, et celui suspendu avec le pot de peinture doit être Iouri Loujkov, maire de Moscou. Au-dessous de lui, le personnage tenant un bout de bois ressemble à un Vladimir Jirinovski légèrement aminci (je ne suis donc pas sûr que ce soit lui). L’homme sur le canon, celui avec le bisou sur la joue et celui avec la balalaïka me disent quelque chose, mais je n’arrive pas à mettre un nom sur leur visage. Quant à l’homme à la cigarette, je ne vois pas du tout qui c’est.
Et vous, vous les reconnaissez ?
Quand une nouvelle année commence, il est d’usage de faire le bilan de l’année écoulée. Pour cela, il n’y a certainement rien de mieux que d’écouter les 2 personnes les plus importantes en Russie : Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine. Mais ce qui est encore mieux, c’est de le voir le faire en chantant et dansant !
Poutine frappant son tambourin sur son popotin, voilà qui n’est pas ordinaire !
En tant que grand leader du monde, Dmitri Medvedev a eu droit à son affiche Greenpeace "I’m sorry", affichée sur les murs de l’aéroport de Copenhague.
Mais contrairement aux autres (B. Obama, N. Sarkozy, A. Merkel, D. Tusk, G. Brown, JL Zapatero, K. Rudd et Lula), il n’a pas eu le droit d’avoir une photographie de l’affiche bien prise, de face. Dommage.
Quelques semaines après son intervention écrite dans Gazeta.ru, Dmitri Medvedev s’est adressé jeudi dernier à la nation dans le cadre du message présidentiel annuel à l’Assemblée fédérale. Création d’une Silicon Valley russe, donner plus de pouvoir aux petits partis, assainir les forces de l’ordre russes, moderniser le pays notamment par le biais de la politique étrangère, création d’une constellation de satellites de télécommunications, … le président russe a rappelé qu’il avait de nombreux projets pour son pays.
Sur le blog russe agitator-mass.livejournal.com, j’ai trouvé ce graphique mettant en relation la durée du discours du président à la nation et le nombre d’applaudissements l’entrecoupant.

Ainsi, en 2000, Vladimir Poutine a été interrompu en moyenne toutes les 26 minutes, en 2001 toutes les 8 minutes, en 2002 toutes les 13 minutes, … et depuis 2005, que ce soit l’ancien ou l’actuel président, le discours à la nation est salué par des applaudissements toutes les minutes et demie en moyenne (la preuve en vidéo accélérée). Et le bloggeur d’en conclure que le processus de zombification de l’auditoire est pratiquement achevé. En 2008, Dmitri Medvedev proposait d’allonger à six ans la durée du mandat présidentiel, accusait les Etats-Unis d’être à l’origine de la crise financière internationale et de la guerre en Géorgie et annonçait le déploiement de missiles à Kaliningrad en réponse au bouclier américain : programme nettement moins constructif. Donc pourquoi ne pas conclure que, pour cette fois, les applaudissements lors du discours de jeudi dernier sont de vrais encouragements à un programme ambitieux.
Désolée de ne pas être très originale mais l’image choisie par Sergueï Elkine pour illustrer un article de The Moscow Times, concernant un sondage sur l’article "Russie, en avant !" de Medvedev, est d’une grande justesse, l’article un peu moins...

Selon The Moscow Times, l’enquête menée par le Centre Levada du 18 au 21 septembre offre un aperçu de la mentalité des entreprises russes et de l’élite politique, suite à la publication de l’article de Dmitri Medvedev "Russie, en avant !", dans lequel il s’en prenait à ceux qui s’opposent à la modernisation du pays, notamment les "groupes influents de fonctionnaires corrompus et les entrepreneurs qui ne font rien". Le journal anglophone estime que le sondage confirme que Medvedev a mis le doigt sur un problème majeur du pays : l’élite du pays est en règle générale satisfaite du statu quo et ne veut rien changer. Il s’avère qu’il y a un écart important entre la façon dont est perçu l’appel de Medvedev à la modernisation par la majorité faite de pauvres et la fine couche de l’élite dirigeante. Moins de la moitié de tous les pauvres pensent que le pays est sur la bonne voie, deux tiers des riches le pensent.
De plus, la couche supérieure des 0,5% des personnes les plus riches du pays sont optimistes quant à l’avenir, avec 80% estimant que "tout va s’arranger" dans un avenir proche. Seulement 22% de la part de population la plus pauvre est de cet avis. Le sondage révéle également une attitude intéressante face à la corruption, considérée comme un fléau par Medvedev. La majorité des pauvres est constituée environ de 90% de la population, et c’est environ le même pourcentage des répondants qui ont déclaré qu’ils étaient "tout à fait fait d’accord" ou "plutôt d’accord" avec les conclusions alarmistes du président, alors que seulement 55% des gens les plus riches partagent l’avis du président, avec 44% disant qu’ils étaient "plutôt pas d’accord" avec lui. The Moscows Times en conclut alors qu’"il est évident que les élites russes sont très satisfaites du système de corruption qui s’est développé dans ce pays".
Le problème avec les sondages est que les résultats d’un échantillon ne sont pas vraiment appliquables à une population entière, alors quand il s’agit de connaître l’avis des "pauvres" et des "riches" d’un pays, la véracité des chiffes doit être encore plus ténue. Quelle est la limite entre "riches" et "pauvres" ? Que pense la classe moyenne ? Bref, de cet article, il restera un très bon dessin.
Hier, comme Marie Jégo, j’ai lu l’article de Mikhaïl Khodorkovski, paru dans Vedomosti, écrit en réponse à l’intervention de Medvedev intitulée "Russie en avant !", publiée il y a 6 semaines dans Gazeta.ru. La correspondante du Monde a bien traduit les critiques adressées à Medvedev, qui sont d’ailleurs assez bien tournées : "Le chef de l’Etat joue son rôle classique de bon policier dans une pièce intitulée La Tandémocratie russe" [mot valise formé de "tandem" -du fait du duo Medvedev/Poutine- et de "démocratie"] ; "La fameuse verticale du pouvoir n’est absolument pas efficace" ; "Un espace aussi grand, compliqué et varié que la Russie ne peut être géré au moyen de mécanismes archaïques qui ne fonctionnent même pas dans les limites du boulevard périphérique de la capitale".
Ce qui est étonnant par contre, c’est qu’elle ne fait pas référence au titre de l’article de Khodorkovski qui est assez évocateur : "Modernisation : Génération M". L’ancien patron de Ioukos, actuellement poursuivi pour fraude fiscale, conseille à Medvedev de créer en Russie une classe sociale de modernisateurs, ce qu’il appelle la "Génération M". Elle devrait compter au moins deux millions de personnes et être composée d’inventeurs, scientifiques, ingénieurs, jeunes spécialistes et intellectuels humanistes, y compris des professeurs et des journalistes.
M. Khodorkovski est sûr que les représentants de la "Génération М" seront particulièrement performants, puisque pour eux la modernisation, à laquelle le président faisait référence dans son article, n’est pas "une campagne fictive venue du haut, mais une question de survie". Mais Khodorkovski souligne que la "Génération М" ne pourra pas être acteur de la modernisation du pays, si elle n’est pas accompagnée de réformes politiques. Il rajoute que "la bureaucratie corrompue" empêche la modernisation" et qu’"il est organiquement nécessaire d’avoir des instituts d’État démocratique qui fonctionnent et une société civile efficace".
L’attaché de presse de Medvedev, Natalia Timakova, a déclaré aux journalistes que Dmitri Medvedev avait pris connaissance des propositions de Khodorkovski, et "qu’elles ont provoqué une large discussion". Alors, est-ce un "véritable défi au président russe Dmitri Medvedev qu’a lancé, de sa cellule, mercredi 21 octobre, l’ex-patron de la société pétrolière Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski", comme l’écrit Marie Jego ou bien seulement l’expression d’un citoyen (pas tout à fait ordinaire), qui a souhaité exposer ses opinions sur les propositions de son président dans la presse ?
Image : Cet article sur Khodorkovski me permet de mettre ce dessin de Eya Ozerova, un des lauréats du concours Dessinons un procès ("Рисуем суд")
Leonid Gozman, représentant du parti Pravoe delo, a écrit une lettre ouverte au président Medvedev pour demander la destitution du maire de Moscou Iouri Loujkov. La lettre a été publiée sur un site netlujkovu.net, voilà la traduction :
"Cher Dmitri Anatolievitch !
Selon la législation en vigueur vous avez droit de démettre de ses fonctions n’importe quel chef de région qui aurait perdu votre confiance. Nous vous appelons à faire valoir ce droit à l’encontre du maire de Moscou de Iouri M. Loujkov.
Iouri M. Loujkov se trouve en poste depuis déjà plus de 18 ans – plus longtemps que Brejnev. Au cours de ses mandats, il y a eu des succès et des échecs. De l’avis de plusieurs, la balance penche évidemment au profit des échecs – les problèmes de Moscou sont connus de tous – ce n’est pas cela qui nous incite à vous demander de destituer le maire de notre capitale.
Iouri Loujkov porte à notre pays un dommage moral immense. Pendant les années de son administration, l’épouse du maire E.N.Batourina, de petit entrepreneur, est devenue la femme la plus riche de Russie, milliardaire en dollars, chef d’un empire économique immense. Iouri Mikhaïlovitch affirme qu’il n’a pas de relation avec les milliards de sa femme, avec ses hôtels particuliers à Londres et dans d’autres villes du monde, avec sa terre et ses usines. Mais une telle affirmation contredit le bon sens. En Russie il n’y a pas une personne, qui n’a pas compris que les milliards de Batourina sont apparus grâce au soutien constant de son mari qui a transformé la ville aux dix millions d’habitants en source d’enrichissement de sa famille.
La corruption, qui met en cause aujourd’hui l’existence même de notre État, s’épanouit notamment dans les conditions du mépris pour les normes élémentaires de la morale, quand le voleur non seulement vole, mais ne cache pas qu’il est un voleur, exhibe sa richesse et brave l’impunité. La complicité silencieuse sur la façon dont la famille du maire de Moscou – une des personnes les plus connues en Russie - a gagné sa vie est un signal aux dizaines de milliers de Loujkov. Ils regardent la capitale et comprennent que tout est permis.
Cher Dmitri Anatolievitch ! Il est très difficile d’attraper un fonctionnaire corrompu. Mais quand il s’agit d’un fonctionnaire corrompu se trouvant à la tête d’une région, vous pouvez assez simplement lui dire que vous n’avez plus confiance. Et si vous déclarez votre méfiance à une personnalité notable et symbolique pour toute la Russie, non seulement la région commencera à changer, mais le pays aussi. Commencez par Moscou !"
Depuis son ouverture, le site a subi plusieurs attaques DOS, il ne fonctionne pas actuellement, il n’est donc pas possible de savoir combien de personnes ont signé cette lettre. Mardi, Gozman déclarait que plus de 100.000 visiteurs l’avaient signé, ce que conteste Sergueï Tsoï, un porte-parole de Loujkov. Il estime que le nombre réel de signataires était de 8.155 lundi, alors que le compteur indiquait 170.000 selon Interfax. La différence de chiffres pourrait également être dû à des attaques. Mercredi,le maire ne souhaitait pas porter plainte si Gozman admettait que les chiffres étaient falsifiés et qu’il s’excusait publiquement, ce qu’il a refusé de faire.
Leonid Gozman n’est pas le seul à dénoncer la corruption de Iouri Loujkov. Boris Nemtsov, l’un des leaders du mouvement Solidarnost, a publié il y a quelques jours un dossier "Loujkov. Bilan", dans lequel il dresse les nombreuses violations du maire. Celui-ci a bien sûr déposé plainte pour diffamation. Les élections de la Douma municipale de Moscou sont prévues le 11 octobre 2009, ce qui explique l’agitation autour du maire.
Source image : aktau-business.com
En marge du sommet du G20, Dmitri Medvedev a rencontré les étudiants de l’Université de Pittsburgh et a répondu à leurs questions. Celles-ci abordaient principalement la politique internationale de la Russie, notamment avec les Etats-Unis. Medvedev a tout d’abord salué la décision courageuse de Barack Obama de renoncer à installer un bouclier antimissile en Europe. "J’ai essayé de me mettre à sa place, et je dois dire que ce serait une décision difficile, c’est compliqué de changer une décision prise par une administration précédente, quand il s’agit de politique étrangère."
Concernant les relations entre la Russie et l’Ukraine, Medvedev a reconnu leur dégradation : "Cette dégradation n’est pas fatale. Et la tâche des dirigeants de nos pays, de l’administration future de l’Ukraine, tout comme de l’administration future de la Russie, est de faire en sorte que ces relations deviennent moins compliquées et qu’elles reposent sur un avantage réciproque, tout en s’inspirant de cette sympathie particulière qui a toujours existé entre nos peuples."
Au sujet de la Géorgie, Medvedev souhaite rétablir de bonnes relations avec ce pays, mais ne compte pas le faire avec Mikhaïl Saakachvili : "Les relations russo-géorgiennes seront bonnes, elles reposeront sur une amitié séculaire, sur une histoire et des traditions communes... Elles redeviendront ce qu’elles ont été jusqu’à tout récemment", mais "je n’aurai pas affaire avec le président Saakachvili qui a commis un crime contre son peuple et contre le peuple d’Ossétie du Sud."
Un étudiant lui a également posé une question sur son avenir et sa participation à l’élection présidentielle de 2012. La réponse de Medvedev a été la suivante : "Si je travaille bien, si j’accomplis mes missions, si le peuple russe me fait confiance, pourquoi pas ? (…) Si cela profite à notre pays, je suis prêt à occuper n’importe quel poste." Et comme Vladimir Poutine ne semble pas exclure de se présenter également en 2012, Oleg Kozyrev, auteur des Roulitiki, a eu l’idée d’une séquence avec un personnage bicéphale – Di et Vo sur un seul corps- où l’on ne sait pas vraiment qui s’exprime.
Enfin un étudiant a demandé à Medvedev ce qui comptait le plus dans la vie. "L’amour - que peut-il y avoir de plus important ? L’amour pour sa famille, pour ceux qui vous entourent, c’est le sens de la vie", a répondu Dmitri Medvedev. Quel romantique ! Opération séduction réussie ?
Source photo : Ria novosti


