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Pas de carte de presse pour Ramzan Kadyrov

Par Aurialie le 09.03.2008 à 23h23

Via Courrier International

C’est "une lourde perte pour le journalisme tchétchène", ironise Kommersant en titre. Le quotidien moscovite commente le refus de l’Union des journalistes de Russie d’accepter en son sein le président tchétchène Ramzan Kadyrov, car cela est contraire à ses statuts. Cette décision rendue le 6 février désavoue celle de la branche tchétchène de l’organisation.

La veille, Kadyrov s’était vu officiellement attribuer par des journalistes tchétchènes et leur ministre de tutelle, Chamsail Saraliev, le titre de journaliste "pour les immenses services en faveur de la profession en Tchétchénie, de la presse libre et de la création de conditions idéales pour le travail des médias locaux", rapporte la Nezavissimaïa Gazeta. Mais en réalité, rappelle le quotidien libéral russe, la Tchétchénie de Kadyrov ne fait pas de cadeaux à la presse locale indépendante, à l’instar des journaux Tchetchenskoe Obchtchestvo et Golos Tchetchenskoï Respoubliki, tous deux expulsés de leurs locaux situés dans la Maison de la presse de Grozny.

Kommersant fait état de la réaction hostile et catégorique de journalistes russes à l’idée que Ramzan Kadyrov devienne un confrère. Pour le secrétaire général de l’Union des journalistes de Russie, Igor Iakovenko, "accepter un président d’une république où il n’y a pas de liberté de la presse, c’est cracher à la figure de ceux qui travaillent dans les médias".

Interview d'Elena Bonner

Le 15 février, Elena Bonner, la veuve du dissident Andreï Sakharov, célébrait ses 85 ans. A cette occasion, Radio Svoboda lui a demandé de parler du rôle des défenseurs des droits de l’homme, des dissidents, des opposants dans la Russie contemporaine. Extraits.

Les défenseurs des droits de l’homme dans la Russie d’aujourd’hui sont-ils des dissidents ?
Le terme de "défenseur des droits de l’homme" est utilisé dans le monde entier, mais le mot "dissident" j’arrêterai de l’utiliser. Leurs missions sont totalement différentes. Je ne suis pas du tout d’accord avec mes collègues qui disent que les défenseurs de droits de l’homme ne doivent pas s’occuper des problèmes politiques. Dans une société démocratique normale, où il y a un mélange des élites politiques, c’est une profession comme une autre, faite justement pour répondre aux problèmes politiques.

D’après vous qu’est-ce qui est le plus important pour un mouvement démocratique en Russie ? Quand il n’y a pas de liberté dans les médias, que le parti au pouvoir domine totalement la vie politique, que les hommes politiques de l’opposition démocratique ne s’entendent pas, que peut-on faire ?
- Il ne peut pas y avoir d’accord, parce que chaque homme politique de l’opposition démocratique, ou parti politique, a son programme, ses propres solutions. Mais ce qui n’a pas été fait (et qui me semble être une grave erreur), c’est l’union sur un seul motif clair : la tenue d’élection honnête. Et donc je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent : "ah jamais je ne serais avec Limonov", "ah, je ne peux pas discuter avec Ziouganov". J’estime que la population en dehors de toute sympathie politique, les membres de parti et autres, doivent résoudre ensemble le problème de transparence des élections et ne pas valider de loi qui annule de fait les élections. Mais pour cela, il faut que tous s’unissent.

D’ailleurs, je vais vous dire comment je considère Limonov. Quand il a fondé son parti, Limonov l’a appelé "national-bolchevique". Mais tout cela c’était de l’esbroufe infantile. C’est un homme capable et adulte et il est le temps pour lui d’arrêter cette esbroufe et de donner un nom normal à son parti. Les jeunes de son parti sont très bien.

Comment jugez-vous l’activité de Garry Kasparov ?
Je viens juste de soutenir sa nomination pour l’obtention d’un prestigieux prix américain. J’aime beaucoup Kasparov. Il aurait davantage besoin du soutien de ce qu’on appelle notre intelligentsia.

Où se trouve notre "intelligentsia" ? Pourquoi la Russie est-elle tellement apathique ? Pourquoi les personnes qui ont conscience de la nécessité de défendre les droits de l’homme représentent jusqu’à présent une si petite majorité ?
Nous étendons tout phénomène dans le temps. Le mot "intelligentsia", comme vous le savez, est apparu au milieu du XIXe siècle, les idéaux de l’intelligentsia se sont épanouis parfaitement au XXe siècle, mais en parler maintenant à notre époque n’est plus d’actualités. Il y a longtemps qu’il n’y a plus d’intelligentsia, à la place, il y a une couche de la population éduquée, professionnelle, compétente. Il y a simplement des gens riches. Il y a des voleurs, il y a beaucoup de voleurs. Ceux que nous nommons aujourd’hui les intellectuels, sont dans toutes ces couches. Chez les voleurs, il y en a aussi beaucoup.

Pourquoi la société russe actuelle n’a-t-elle pas un haut niveau de défense citoyenne, pour au moins freiner ce pouvoir non démocratique ?
Je ne sais pas. Cela m’étonne. L’Ukraine résiste, la Géorgie résiste, seule la Russie ne la fait pas… Je ne sais pas pourquoi. (…)

Attaque sanglante de Kasparov contre Sarkozy

La démocratie irait-elle mal en France ? C’est en tout ce que semble penser Garry Kasparov, ancien joueur d’échecs, aujourd’hui opposant politique à Poutine, dans un article publié sur son site, et ce, depuis que Nicolas Sarkozy a été élu président.

Du président français, il retient :

  • Sa promesse de changement dans la façon de faire de la politique, qui s’avère en réalité assez proche de celle de Chirac, mâtinée de Berlusconi, faisant passer les raisons commerciales devant les principes moraux.
  • Ses félicitations à Poutine, président dont la grande popularité ne permettrait pas de remettre en cause la légalité des élections.
  • Sa crédulité devant des résultats électoraux annonçant dans certaines circonscriptions 99% de voix pour le parti Russie Unie avec près de 100% de votants.
  • Sa non-reconnaissance de la brutalité du régime de Poutine (meurtre de Litvinenko, Politkovskaïa, d’anonymes comme Iouri Tchervotchkine)
  • La mise en avant de sa vie privée pour éviter de justifier l’injustifiable.

Kasparov a donc maintenant peur que Poutine suscite, non pas l’admiration ou la peur, mais l’envie chez Sarkozy. L’envie de contrôler les médias, d’opprimer l’opposition, d’utiliser les ressources énergétiques pour mener la politique qu’il souhaite.

Et en effet, les démocrates ont raison d’être inquiets, car les cas de censure dans les médias français sont de plus en plus nombreux (mise en examen du journaliste Guillaume Dasquié pour "compromission du secret de la défense", licenciement du directeur de Paris Match Alain Genestar, coupable d’avoir publié en couverture une photo de l’épouse du président de l’UMP, tentative de perquisitions dans les locaux de l’agence Capa pour obtenir toutes les sources d‘un reportage sur l‘Arche de Zoé, non publication d’un article sur l’abstention de Cécilia Sarkozy au 2e tour de l’élection présidentielle, censure d’un article compromettant sur la police française dans Matin plus), ajoutés à une main mise presque totale des patrons français, amis de Sarkozy, sur les médias.

Concernant l’oppression de l’opposition, un fait divers (deux étudiants ont été placés en garde à vue, avec interdiction de retourner à l’université, pour outrages envers des professeurs pendant les manifestations contre les lois Pécresse) pourrait n’être que le début d’une longue série.

Kasparov finit très justement son article par la phrase suivante : "si c’est ainsi, les démocrates français ont probablement plus de raisons d’être inquiets, que les démocrates russes".

Top 7 des cadeaux de Noël

Par Aurialie le 25.12.2007 à 23h52

N°1 - La Révolution russe, 1891-1924 : la tragédie d’un peuple d’Orlando Figes, pour la qualité de la recherche ; un ouvrage de référence sur cette période de l’histoire.

N°2 - Un siècle d’images soviétiques, archives de l’agence Itar-Tass de Peter et Sam Radetsky, pour le nombre impressionnant de clichés, retraçant plus d’un siècle d’histoire.

N° 3 - Pathologies de Zakhar Prilepine, pour une plongée sans détour dans l’enfer de la guerre de Tchétchénie.

N°4 - Le fantôme de Staline de Vladimir Fédorovski, pour les anecdotes inédites de ce journaliste, auteur et diplomate russe, sur l’histoire soviétique, Staline et ses compagnons d’armes.

N°5 - La vie est une partie d’échecs de Garry Kasparov, pour connaître la philosophie du plus grand joueur d’échecs russe.

N°6 - Lénine Dada de Dominique Noguez, pour l’originalité de la thèse avancée, qui est, par ailleurs, très bien documentée, avec des dizaines de citations.

N°7 - Questions internationales n°27, dossier Russie, de la Documentation française, pour la précision des informations sur la politique, la société, l’économie, … russes.

Top 7 des opposants politiques à Poutine

N°1 - l’ancien dissident soviétique, Vladimir Boukovski, pour son retour fracassant en Russie et sa volonté inébranlable de se présenter à l’élection présidentielle.

N° 2 - le leader des jeunes Iabloko, Ilia Iachine, pour son combat permanent contre Poutine et, notamment, son site protivputina.ru.

N° 3 - le leader de l’Autre Russie, Garry Kasparov, pour s’être battu sans relâche jusqu‘au élections législatives, mais n’avoir pu tenir tête jusqu’au bout à Poutine (il n’a pas même pas essayé de déposer sa candidature pour l’élection présidentielle).

N° 4 - le leader du Parti national-bolchevique, Edouard Limonov, pour ne pas garder sa langue dans sa poche malgré l’interdiction de son parti.

N°5 - le coordinateur du mouvement jeunesse Oborona, Oleg Kozlovski, pour son engagement politique, qui lui a valu d’être embarqué de force pour faire son service militaire, alors qu’il n’a pas fini ses études.

N°6 - une des organisatrices des marches du désaccord, membre du Front civique unifié, Marina Litvinovitch, pour son activisme pour les droits de l’homme et son action auprès de Garry Kasparov.

N°7 - l’ancien député indépendant (du parti républicain), Vladimir Ryjkov, à qui Poutine n’a laissé aucune chance de défendre sa place lors des législatives de décembre.

Image : Marina Litvinovitch, source Svobodanews.ru

Un point sur l'élection présidentiel

Deux semaines après le raz-de-marée électoral de Russie Unie aux élections législatives et quelques jours après l’annonce de la candidature de Medvedev au poste de président en remplacement de Poutine, l’opposition tente de se faire une place dans la prochaine course électorale présidentielle. Mais les places sont très difficiles à obtenir et de nombreux candidats ont décidé de jeter l’éponge.

Il y a quatre jours, Garry Kasparov a renoncé à déposer sa candidature, son parti n’ayant même pas eu la possibilité de louer une salle pour entériner sa candidature. Vladimir Boukovski a connu exactement le même problème : trois jours avant son congrès d’investiture (qui se tient cet après-midi au musée Sakharov), l’administration de la salle dans laquelle il devait se tenir, a finalement refusé sa tenue, sur ordre du FSB. Mais même s’il est investi président par ses partisans, sa candidature sera encore semée d’embûches, la Commission centrale électorale soulignant qu’il n’a pas vécu 10 ans sur le territoire russe et qu’il a la double nationalité (accusations déjà évoquées ici). Le leader du parti Iabloko, Grigori Iablinski, qui a également renoncé à se présenter, soutient d’ailleurs sa candidature. Autre candidat malheureux à l’investiture : le leader du Parti Républicain,Vladimir Ryjkov.

Qui restent-ils pour faire face à Medvedev : le candidat communiste Guennadi Ziouganov, le parti du Parti démocratique, Andreï Bogdanov (dont j’entends parler pour la première fois), le leader de l’Union populaire démocratique, proche de la coalition l’Autre Russie, Mikhaïl Kassianov, le leader du Parti libéral-démocrate Vladimir Jirinovski, un des leaders de l’Union des forces de droite, Boris Nemtsov. Tous ont été investis par leur parti ou vont l’être prochainement (date limite de pré-candidature à la Commission centrale électorale : 23 décembre), mais leurs candidatures n’ont pas encore été acceptées par la Commission. La date limite pour déposer les documents nécessaires à l’élection, dont deux millions de signatures en leur faveur, est fixée au 16 janvier 2008. Dix jours après au maximum, la Commission donnera le nom de tous les candidats qualifiés pour la course finale.

Marchons... vers la case prison

La marche du désaccord a bien eu lieu aujourd’hui à Moscou et les autorités avaient prévu d’importants moyens pour contenir les 2000 à 3000 manifestants. Quelques uns ont été arrêtés, dont les leaders de l’Autre Russie, Garry Kasparov (photos), condamné à 5 jours de prison pour manifestation non autorisée et refus d’obéir aux ordres de la police, et Edouard Limonov, Lev Ponomarev (défenseurs des droits de l’homme) et Maria Gaïdar (rapidement libérée).

Les membres de l’Autre Russie soulignent un succès de cette journée de protestation : le comité central électoral a accepté de prendre la résolution de la coalition d’opposition, apportée par sa porte-parole Marina Litvinovitch, demandant la tenue d’élections libres et honnêtes. Rendez-vous dans quelques heures à Saint Pétersbourg !

MAJ (20h12) : Reportage et photos de la journée sur Kasparov.ru

Source photos : AP et Reuters via Yahoo News

Garry est à Paris

Par Aurialie le 21.11.2007 à 01h16

Garry Kasparov est intervenu hier dans l’émission de Michel Denisot Le Grand Journal, pour présenter son nouvel ouvrage : La vie est une partie d’échecs. Celui-ci démontre comment utiliser son expérience pour savoir ce qui est bien, ce qui est mal, prendre des décisions, … dans la vie quotidienne. Comme aux échecs, il faut bien analyser les causes des succès et des défaites pour mieux avancer, prévoir les prochains coups.

Concernant son activité politique, il a déclaré ne pas se faire d’illusions sur sa participation à l’élection présidentielle. Il veut être au côté des militants anonymes, partager leurs combat et convictions pour montrer la nature du régime politique actuel, se faire le porte-parole des répressions qu’ils subissent. Et la tenue d’élections démocratiques serait déjà une victoire pour lui.

Enfin, il a reproché aux représentants des pays du G7 d’avoir été des partenaires de Poutine, ce qui implique de partager des valeurs communes et de lui avoir laissé carte blanche pour diriger le pays comme bon lui semblait, un peu comme un Loukachenko ou un Mugabe.

Ennemis de Poutine, ennemis de la Russie

Par Aurialie le 17.11.2007 à 23h05

Pavel Daniline, rédacteur en chef du portail Kreml.org, Natalia Krychtal et Dmitri Poliakov ont désigné dans un récent livre Les ennemis de Poutine. Pour mériter ce titre et celui d’ennemi de la Russie en prime, les auteurs ont mis en avant la dangerosité supposée des personnes, leur haine du Président, les risques qu’ils ont fait ou font encourir au peuple russe. En ces temps de période électoral, celui-ci ne doit pas oublier les mauvaises actions qu’ils ont perpétrées.

Ces ennemis sont au nombre de sept comme les péchés capitaux . Ainsi, Garry Kasparov personnifierait l’orgueil, Boris Berezovski la colère et Edouard Limonov l’envie. L’oligarche Vladimir Goussinski, l’ex-patron de Ioukos Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-conseiller économique de Poutine Andreï Illarionov et l’ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov doivent donc maintenant se partager la luxure, la gourmandise, l’avarice et la paresse.

Source : Courrier International

Marches, encore et toujours

Les prochaines Marches du désaccord auront lieu samedi 9 juin à Saint-Pétersbourg (grande salle de spectacles Oktiabrskiy) à 17h et le lundi 11 juin à Moscou (place Pouchkine) à 16h. Les participants sont déjà prêts et le font savoir en le marquant noir sur blanc sur un papier, comme certains Américains l’avaient fait en 2004 au moment de la ré-élection du président des Etats-Unis, George Bush, en écrivant sur une feuille "Sorry everybody".

La marche pétersbourgeoise n’est pas autorisée par l’administration de la ville, sauf si les manifestants montrent leur désaccord sur les trottoirs seulement, en n’empêchant pas le trafic automobile et en ne piétinant pas les espaces verts. C’est pourquoi si vous êtes arrêté, voilà les derniers conseils :
- appelez la hotline au 974-36-55 ou pour de simples renseignements le 8-925-500-28-37
- vous avez le droit de demander au policier un document attestant sa fonction, son nom et ses instructions, ainsi que le motif de l’arrestation.
- lors d’une interpellation administrative, un procès-verbal est rédigé ; demandez à ce que l’on vous explique vos droits et devoirs. Si vous êtes d’accord avec le procès-verbal, vous pouvez le signer (art. 27.4 du code des violations administratives -CVA- de la Fédération de Russie). Si vous n’êtes pas d’accord - NE SIGNEZ rien, ou écrivez "je ne suis pas d’accord avec le procès-verbal" et indiquez les violations, commises par les agents du ministère de l’Intérieur lors de votre interpellation. Et seulement après, signez-le.
- Le délai d’ une interpellation administrative est de 3 heures maximum. Pour les affaires entraînant une arrestation (par exemple l’art. 20.1 du CVA - petit hooliganisme), vous pouvez être retenu jusqu’à 48 heures.
- En cas de violations administratives, un procès-verbal est également dressé. Un exemplaire doit vous être remis, même si vous refusez de reconnaître ce qui est mentionné dessus. Vous êtes en droit de voir les pièces de l’affaire, de donner des explications, d’exiger de lire les déclarations des témoins, de demander l’aide d’un défenseur (par forcément un avocat) et de déposer un recours (art. 25.1)
- Et bien sûr, après l’arrestation, avisez-en dans les plus brefs délais vos parents et un défenseur.

La marche de Saint-Pétersbourg n’a pas encore eu lieu, mais les arrestations si... pour distribution de tracts… Mais que fait le plus grand démocrate du monde ?

Propagande télévisuelle

Par Aurialie le 23.05.2007 à 00h45

Que ce soit pour un reportage ou pour une bande-annonce de film, détourner des images pour leur faire dire ce que l’on souhaite n’est pas difficile (surtout si ces images s’adressent à des personnes qui ont l’habitude de la propagande d’État).

La chaîne de télévision NTV, rachetée en 2001 par le groupe Gazprom et dirigée par des proches de Poutine, diffusait le 17 mai un reportage de 15 minutes sur les marches du désaccord organisées dans plusieurs villes de Russie, intitulé "Qui commande le chaos". Les images montées par le journaliste n’ont qu’un objectif : montrer les méthodes utilisées par l’Autre Russie pour renverser le régime. Ainsi, dans ce reportage, on apprend :
- comment les personnes âgées sont utilisées dans les manifestations pour aller provoquer les forces spéciales de sécurité (OMON), mais aussi se protéger des attaques de ces derniers ;
- comment augmenter le nombre de manifestants en les payant 300 roubles ;
- comment provoquer des bagarres en faisant notamment croire, grâce à du ketchup, que l’on a été blessé par un OMON ;
- que le seul but des médias étrangers est de montrer les méthodes répressives du pouvoir russe à l’égard de l’opposition et de calomnier les forces du ministère de l’Intérieur notamment en faisant des photos montages, tel ce signe SS sur le casque d’un policier ;
- que les participants des marche n’ont qu’un but : protester, être contre, quelque soit le sujet (par exemple, contre la construction de nouveaux logements). Et même si les autorités locales acceptaient la tenue d’une marche, au dernier moment les manifestants changeraient l’itinéraire de la marche, juste par esprit de contradiction et pour montrer l’absence de liberté d’expression en Russie.
- etc.

Et tout cela est accompagné de témoignages de politologues, intellectuels et même d’un ancien membre du Parti national-bolchevique qui n’est pas contre manifester pour des idéaux, encore faut-il le faire honnêtement…

Toutefois, comme le soulève un téléspectateur attentif dans un long article décortiquant les propos et images de ce reportage, dès les premières secondes, le journaliste se trompe dans la date de la marche qui s’est déroulée à Saint-Pétersbourg, preuve de son très grand professionnalisme.

PS : A lire ou à écouter : une émission de la radio Écho de Moscou sur le thème "Les marches du désaccord : démocratie ou extrémisme ?" dans laquelle l’un des intervenants du reportage, Sergueï Markov, a accepté de discuter avec Garry Kasparov.

Un week-end de manifs en photos

Les manifestations n’ont pas manqué ce week-end aux quatre coins de la Russie. La plus grosse action, menée par Iabloko et l’Union des forces de droites (SPS), a réuni 800 personnes à Moscou contre la censure et la main-mise de l’État sur les médias.

A Samara, alors que Vladimir Poutine recevait Angela Merkel et les représentants des pays de l’Union européenne, entre 200 et 500 membres de l’Autre Russie ont demandé des élections libres et honnêtes. Cette manifestation est considérée par leurs opposants comme un échec, mais il y a quelques explications à cette faible participation : des agents du ministère de l’Intérieur ont tout fait pour empêcher deux figures emblématiques de la coalition, Kasparov et Limonov, de se rendre à Samara et les autorités de la ville ont déconseillé aux habitants de se rendre à cette manifestation à cause de la présence d’"extrémistes" et d’éventuelles bagarres.

A Tcheliabinsk 200 opposants au régime ont fait face (sans heurts) à une centaine de jeunes pro-kremlin, membres de la "Société des sportifs glamour", souhaitant par cette démarche et leurs slogans ("non à l’été, oui à la neige !") tourner en ridicule les actions de ceux-qui-ne-sont-pas-d’accord.

Enfin, des dizaines de militants séropositifs, venus des républiques caucasiennes du Daguestan, de Kabardino-Balkarie, de Tchétchénie, se sont rassemblés à Rostov en mémoire des victimes du sida et pour faire part de leurs problèmes quotidiens. La discrimination est très importante à leur encontre et l’accès aux médicaments antirétroviraux est difficile. 696 bougies ont été allumées à la mémoire des 696 morts du sida dans la région de Rostov. Selon les derniers chiffres officiels, 402.000 Russes seraient séropositifs, les experts russes estiment qu’ils seraient en réalité près de 1,3 million.

Sources photos : lenta.ru, ru_politics, snowow, 24heures.ch

Allez directement à la case prison

Quatre députés - Mikhaïl Emelianov et Nikolaï Kovalev de Russie Unie, Igor Levedev du LDPR et Nikolaï Bezvorodov des Patriotes de Russie et la Volonté du Peuple – ont déposé un projet de loi pour durcir les peines de prison des personnes accusées d’extrémisme politique. Ainsi, une personne coupable d’avoir créé une organisation extrémiste encourra une peine de prison allant de six à huit ans. Pour avoir fait partie d’une telle organisation (par exemple, un membre du Parti national-bolchevique) – 4 ans. Pour la préparation et la participation d’actions massives promouvant la haine idéologique, politique, raciste, nationaliste ou religieuse - 12 ans (5 à 8 ans pour les mineurs).

Cette loi, approuvée par 345 députés (40 ont voté contre), est une réponse à l’organisation dans les grandes villes de Russie des Marches du désaccord, auquel participe notamment Édouard Limonov, leader du Parti national-bolchevique, interdit d’activité sur le territoire. Le député Emelianov a notamment déclaré : "nous sentons tous la menace de l’exemple ukrainien. Il est de nouveau devenu à la mode que n’importe quel mécontentement s’exprime dans des formes extrêmes. Si une manifestation se passait calmement et que personne ne se battait, ne cassait des vitrines et ne brûlait de voitures, alors elle ne serait pas réussie. La loi ne concerne par les Marches des mécontents tant que ces derniers ne provoquent pas de désordre. Mais les marches ne sont que des opérettes pour les observateurs étrangers."

La prochaine marche aura lieu samedi à Samara à l’occasion du sommet Russie/UE. Ces derniers jours, de nombreuses personnes ont été arrêtées : l’adjoint du responsable du bureau Human Rights Watch à Moscou, Alexandre Petrov, le leader de l’Avant-garde de la jeunesse Rouge, Sergueï Oudaltsov et l’assistant de Garry Kasparov, Denis Bilounov.

Source : Gazeta.ru, image otages du monde.com

Deux poids, deux mesures

Les leaders des différents mouvements de la coalition l’Autre Russie, à savoir Aleksandr Aouzan (président de l’Institut du projet national Accord civil), Garry Kasparov (leader du Front civique unifié), Georgui Satarov (président du fonds INDEM), Lioudmila Alekseeva (présidente du groupe Helsinki de Moscou), Mikhaïl Deliaguine (responsable scientifique de l’Institut des problèmes de la globalisation), Sergueï Gouliaev (député de l’Assemblée législative de Saint-Pétersbourg), Sergueï Oudaltsov (leader de l’Avant-garde de la jeunesse rouge) et Édouard Limonov (leader du Parti national-bolchevique), ont rédigé aujourd’hui une déclaration commune sur le déplacement des dépouilles militaires en Estonie et dans la banlieue moscovite.

Cette déclaration relève le cynisme du pouvoir russe qui menace l’Estonie de rompre tout contact diplomatique et organise des manifestations autour de son ambassade à Moscou car ce pays balte a déplacé la statue du soldat libérateur, alors que dans le même temps, il envoie des agents du Ministère de l’Intérieur réprimer une manifestation pour la défense d’un mémorial en l’honneur d’aviateurs, héros de guerre, qui va être lui aussi déplacé dans le but de construire un centre commercial ou des bureaux dans la banlieue de Moscou. Le gouvernement appelle également la population à boycotter les produits d’alimentation estoniens, tandis que les hommes d’affaires proches du Kremlin continuent à gagner des milliards de dollars grâce au transit de matières premières passant par l’Estonie. N’est-ce pas cela qu’on appelle deux poids, deux mesures ? Ou faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ?

Source image : Kasparov.ru

Interview de Garry Kasparov

Par Aurialie le 24.04.2007 à 17h18

Garry Kasparov a donné récemment une interview au journal allemand Standard dans laquelle il fait le point sur son action. En voici les grands moments :

- La démocratie pour [les élites russes] n’est qu’un moyen d’induire le peuple en erreur.
- Le pouvoir réagit avec nervosité envers le peuple car il est incapable de discuter avec lui.
- Aujourd’hui, n’importe quelle critique de Poutine est considérée comme de l’extrémisme, c’est pourquoi on m’a convoqué au FSB.
- Dans nos conditions, quelques milliers de personnes [qui manifestent], c’est déjà une brèche dans la conscience, d’autant plus que les gens risquent beaucoup.
- Plus forte sera la répression, plus forte sera la contestation.
- Environ 85% de la population ne "participent" à la répartition des bénéfices tirées du pétrole. Jusqu’à présent le pouvoir a tiré à son avantage les prix importants du pétrole. Maintenant les problèmes commencent : les infrastructures tombent en ruines, de grands besoins en investissement se font sentir.
- En l’absence de concurrence politique et dans les conditions d’un contrôle policier, je ne croirais aucun sondage [85% des gens se disent satisfaits de Poutine.]
- Berlusconi et Schröder sont des personnes qui détruisent l’idée de démocratie dans la tête des Russes.
- Tout ce que nous voulons, ce que Poutine arrête d’aider à discréditer la démocratie.
- Aujourd’hui, un gouvernement démocratique ne peut être que le fruit d’une coalition. Notre but commun [de l’Autre Russie] est le rétablissement d’élections libres. La seconde étape est de limiter le pouvoir présidentiel et de les transférer au parlement et aux régions.
- A l’automne, la Russie s’enfoncera dans une grave crise politique et la scission dans le Kremlin deviendra évidente.

Concernant Boris Eltsine, il a déclaré que c’était une personne remplie de contradictions : "d’un côté, les élections libres, de l’autre la désignation du successeur et la bénédiction pour [la prise] des fameuses ressources administratives. D’un côté, la célèbre phrase "prenez autant de souveraineté que vous pouvez en avaler", de l’autre côté, la guerre de Tchétchénie, dénuée de sens et sanglante. D’un côté, "la guerre contre les privilèges", de l’autre côté, un capitalisme oligarchique et la scission du pays entre pauvres et riches". Mais le trait principal d’Eltsine est selon lui "le refus des persécutions et encore plus de la destruction des opposants politiques victorieux."

Mais la plus grosse erreur d’Eltsine n’était-elle pas Vladimir Poutine, comme le titre Inopressa ?

Source image : Wikipedia

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