Tous les articles sur le mot clé : France

Attention aux charmes qui cachent des atrocités

Dans le cadre de l’année officielle France-Russie 2010, Amnesty international France mène une campagne d’informations et d’actions pour sensibiliser le public sur les droits de l’homme en Russie, thème peu abordé dans les différentes manifestations organisées. La vidéo est plutôt bien faite, elle est accompagnée d’une pétition à l’attention de Dmitri Medvedev.

Mais Amnesty s’occupe également du cas de la France en publiant un communiqué invitant "les autorités françaises à faire preuve de sang-froid" : (...) "Qu’il s’agisse de l’évacuation des campements illicites des Roms et des gens du voyage, de l’extension des peines planchers, des peines incompressibles, de la déchéance de la nationalité française, de la responsabilité des parents lorsque des mineurs commettent des infractions ou de la décision d’« engager une guerre contre les trafiquants et les délinquants », AIF s’inquiète des graves conséquences que des décisions et des mesures présentes ou futures pourraient avoir sur les droits humains. (...)" Amnesty doit être sur tous les fronts.

PS : Ceci est officiellement le 1.000e article de Spoutnitsi, yeah !

Russie en résistances

Par Aurialie le 23.04.2010 à 00h14

Dans le cadre du Printemps de Paris, festival des cultures d’Europe de l’Est et d’Asie centrale et du Off de l’année croisée France-Russie, et en partenariat avec Amnesty International, l’Assemblée Européenne des citoyens (AEC), Avocats sans frontières, le Comité Tchétchénie, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), le Festival de Cinéma de Douarnenez, la Fondation Sakharov, Marcho Doryila, Mémorial, Novaïa Gazeta et Reporters sans frontières (RSF), la Maison d’Europe et d’Orient consacre un week-end à la société civile et aux minorités culturelles.

Exposition (Russie : Victimes du devoir), débat ("La Russie en mouvement(s)", "Minorités culturelles de Russie : politiques d’État, défis à venir"), concerts (Bielka, Russian Landscape) projections, lecture ... sont prévus pendant 3 jours, du 23 au 25 avril. Le programme est consultable en ligne ici.

Du bonheur

Par Aurialie le 26.02.2010 à 23h53

Le moral des français a beaucoup chuté en février, le médiateur de la République a déclaré cette semaine que les Français étaient "fatigués psychiquement", les médailles aux Jeux Olympiques ne sont pas aussi nombreuses qu’on le voudrait, ... alors je ne sais pas si les Russes sont plus heureux, mais cette photo avec le mot "bonheur" écrit un gros met un peu de baume au cœur, non ?

Source : Photo de Denis Grigorev via le LiveJournal de Marat Guelman

Voilà où sont nos déchets nucléaires

Par Aurialie le 13.10.2009 à 23h16

Depuis les années 80, la France envoie ses déchets nucléaires en Russie, et notamment à Tomsk 7 (ou Seversk), pour entreposage et recyclage. Sur cette carte, selon le reportage diffusé ce soir sur Arte, "Déchets, le cauchemar du nucléaire", on voit un centre d’entreposage de nos déchets. Toutefois, pour EDF (propriétaire des déchets), ce ne sont pas des déchets nucléaires, mais des matières nucléaires (principalement de l’uranium déjà utilisé dans leurs centrales nucléaires) qui pourront être réutilisées ultérieurement, notamment dans des réacteurs de 4e génération, en fonctionnement en 2040-2050.


Le reportage diffusé ce soir et le débat qui se déroule actuellement sur Arte, sont assez instructifs sur les questions soulevées par le traitement de ces déchets nucléaires, stockés à ciel ouvert ou enfuis 6 pieds sous terre (en France, notamment). De biens beaux cadeaux laissés aux générations futurs...

Auto-promo "nouveautés"

Par Aurialie le 21.03.2009 à 01h04

Deux petites nouveautés sont apparues sur la colonne de droite de ce blog (après la section "les derniers commentaires"), deux "projets" montés en parallèle de Spoutnitsi :

  • un fil twitter intitulé "spoutnistoria", pensé comme le canal historique de spoutnitsi, relatant la révolution russe de 1917 au jour le jour, comme si vous y étiez
  • un fil tumblr "C’est ça la France", dont le but est de montrer la situation des droits de l’homme, les trafics d’influence, la corruption, la justice à deux vitesses, la policiarisation d’un pays où les libertés semblent de plus en plus restreintes : la France.

Voilà aussi pourquoi je ne trouve pas de temps de lire...

Les anarchistes russes, inquiets de la situation en France

L’autoritarisme grandissant du régime français, ses similitudes de plus en plus flagrantes avec le régime russe ont déjà été évoqué ici, ou encore ici. Les récentes mises en examen de journalistes français et l’arrestation musclée, sans preuve réelle, d’opposants accusés de destruction en réunion et association de malfaiteurs, le tout "en relation avec une entreprise terroriste" sont les deux manifestations les plus visibles du durcissement de notre société. La volonté de ficher le plus grand nombre, de condamner pénalement à de la prison des enfants délinquants de 12 ans, de modifier le statut de l’AFP pour en faire une agence gouvernementale, la condamnation des Enfants de Don Quichotte et de Droit au logement pour l’installation de tentes à Paris, ... sont également les signes d’une intensification sécuritaire.

Avec raison, les anarchistes russes s’inquiètent de la répression contre les activistes des mouvements civils du monde entier critiquant les actions du pouvoir, et d’une législation antiterroriste qui permet d’enfermer n’importe qui ayant des opinions antigouvernementales tranchées ou des ouvrages anarchistes. Jeudi dernier, des militants russes ont donc manifesté devant l’ambassade de France à Moscou pour demander la libération des présumés saboteurs des lignes SNCF. Ils sont arrivés vers 14h avec une représentation en carton d’un train, où il était marqué, en français et en russe, "les anarcho-autonomes reviennent", dénonçant ainsi l’absurdité des accusations prononcées à l’encontre des personnes arrêtées brutalement le 11 novembre.

Les anarchistes russes avaient déjà manifesté les 9 et 11 juin en solidarité avec trois jeunes français, arrêtés début janvier dans le cadre de la loi antiterroriste, alors qu’ils allaient à une manifestation contre le centre de rétention de Vincennes et contre l’expulsion de sans-papiers. Si maintenant des Russes manifestent contre les manquements aux libertés en France, c’est que la situation est grave, non ?

Image : ikd.ru

La jeunesse s'active toujours et encore

Aujourd’hui, c’est la journée internationales des étudiants, célébrée la première fois en 1946 en mémoire des répressions des manifestations étudiantes contre l’occupation allemande à Prague en 1939 (9 morts, 1200 étudiants envoyés en camp). Cette journée n’est pas vraiment commémorée en Russie, qui ont déjà une fête des étudiants, le 12 janvier, à la Sainte Tatiana.

Cependant, cette journée résonne avec deux autres évènements en Russie. Tout d’abord, des étudiants russe (tendance gauche) ont créé hier l’Union des étudiants dans le but de lutter pour un système d’enseignement, qui "forgera, au sens propre, l’élite intellectuelle de la nation". Les membres de cet Union déclarent dans leur manifeste vouloir le retour de l’étudiant au sens dostoïevskien : "un esprit éveillé personnifiant la droiture de l’âme, l’indépendance de jugement et le dévouement aux intérêts de l’ordre public". Plus concrètement, ils exigeront une augmentation des bourses, l’augmentation du nombre des postes budgétaires (1), l’amélioration des conditions de vie dans les logements universitaires, l’augmentation du budget d’État en faveur de l’éducation. Comme le montre une infographie de Ria novosti, les bourses des étudiants sont en effet très faibles (entre 400 et 1000 roubles) et ne permettent donc pas de faire des folies (13 repas ou 8 repas et un coupon mensuel de transport en commun ou 3-4 manuels ou 55 pirojki ou un clavier et une souris et ce pour la bourse la plus élevée).

Autre époque, autres jeunes, même combat contre le fascisme (l’intolérance, le racisme), ce sont les Antifas (pour antifascistes). Ils se sont réunis le 13 novembre en mémoire de l’un des leurs, Timour Katcharava, assassiné par un skinhead en 2005. Cette année encore, des commémorations ont eu lieu dans plusieurs villes russes (Saint Pétersbourg, Voronej, Nijni Novgorod), mais aussi à Minsk. A partir du 23 novembre, des soirées de soutien seront également organisées en France par le SRA (Solidarité, Résistance, Antifa – collectif de solidarité antifasciste) dans le cadre d’une tournée d’une semaine : projection sur les antifas russes, débats avec des militants russes et concerts.

Les dates des soirées sont les suivantes : 23/11 à Paris, 24/11 à Angers, 25/11 à Bordeaux, 26/11 à Limoges, 27/11à Saint-Étienne, 28/11 à Dijon et le 29/11 à Strasbourg.

Source photo : Lenta.ru

(1) Dans les établissements d’Etat la structure d’offre d’éducation est définie par la structure des places budgétaires, des départements organisationnels (facultés, chaires) et des postes d’enseignants, information tirée d’un rapport d’étudiante Éducation en Russie.

Oleg Kulik n'a pas les faveurs de la douane française

Par Aurialie le 25.10.2008 à 18h37

Ria Novosti relaie une histoire qu’il est difficile de croire. Le lendemain de l’ouverture de la FIAC, plus de trente œuvres d’Oleg Kulik, ont été saisies par la police française à cause de leur caractère violent et pornographique. Parmi les travaux incriminés, il y a des photos et vidéos des performances de l’artiste pendant les années 90, notamment Mad dog, déjà évoqué ici.

Elena Selina, propriétaire de la Galerie XL qui expose les œuvres d’Oleg Kulik, et son mari ont passé cinq heures en garde à vue. Selon E. Selina, les problèmes sont apparus à la douane française, qui aurait déposé des réclamations sur le contenu des travaux. Y a-t-il d’autres raisons à cette censure artistique ? Pour le moment on ne le sait pas, mais on peut se demander, comme le fait la galériste, ce qu’il va être possible de faire, dans une société où l’on nous interdit de fumer, de caricaturer des religions, ect.

Photo : Ria Novosti

Pendant ce temps en France...

Par Aurialie le 17.10.2008 à 23h07

Ce soir, petite nouvelle franco-française : le blog français Vive le Goulag propose depuis 2007 de décerner le Prix Félix Dzerjinski, célèbre fondateur de la police politique soviétique (la Tchéka), "à tous les particuliers ou associations qui auront fait la preuve de leur attachement aux valeurs de la délation et de la traque du déviant maichant tairroriste."

Voilà l’annonce du grand vainqueur : "C’est avec émotion que le politburo attribue aujourd’hui le grand prix Félix à l’ensemble des partis politiques ayant été au pouvoir depuis 1995 pour leur exceptionnel travail sur le fichier STIC. En effet celui-ci rassemble maintenant 23 millions de gentilles petites fiches de nos concitoyens (sur 65 millions, soit plus d’une sur trois) écrasant sans pitié le précédent record établi par la Stasi est-allemande avec ses 4 millions de fiches pour 16 millions de personnes."

Félix de Fer doit être ravi de ce choix, le STIC avait d’ailleurs déjà été récompensé par le Prix Orwell au Big Brothers award de 2000 !

Quand parler est nocif pour la liberté

Nouvel épisode dans l’affaire Khodorkovski : l’ancien patron de Ioukos s’est vu infligé 12 jours de cellule disciplinaire pour la publication dans le magazine Esquire de sa correspondance avec l’écrivain Boris Akounine.

Or le règlement intérieur de la prison interdit aux prisonniers de recevoir du courrier en dehors de la procédure. Cependant la violation de cette interdiction n’est confirmée par aucunes preuves, puisque Mikhaïl Khodorkovski n’a écrit aucunes lettres " illégales" et n’en a reçu aucunes, ont déclaré ses avocats. Ils s’appuient sur le fait qu’un prisonnier a droit sans restriction de communiquer avec ses défenseurs, qui peuvent lire tout document et prendre des notes sur ce qu’ils pensent utile à sa défense.

Trois membres du comité de soutien de Khodorkovski ont entamé une grève de la faim hier pour protester contre cette mise au cachot. Celle-ci devrait durer au moins jusqu’au 15 octobre, date de l’audience examinant le pourvoi en cassation des avocats de Khodorkovski sur sa demande de libération conditionnelle.

Il y a d’autres pays où accorder une interview peut avoir de graves conséquences sur la liberté de l’interviewé. En France, Jean-Marc Rouillan, qui a purgé la part incompressible de sa condamnation à la réclusion à perpétuité, est retourné en prison après répondu aux questions de l’Express sur ses possibles regrets sur ses actions passées en tant que membre d’Action directe.

Source photo : hro1.org

Libé ne commémore pas la mémoire des morts d'Ossétie

Par Aurialie le 17.09.2008 à 22h46

Selon la tradition chrétienne, 40 jours après la mort de quelqu’un, son âme s’envole et quitte définitivement les siens, la famille et les amis commémorent alors sa mémoire pour qu’il repose en paix. Et dans la guerre osséto-georgo-russe, ce 40e jour était hier, le mardi 16 septembre.

A cette occasion, des commémorations avaient lieu dans toutes les ambassades russes à l’étranger. En France, l’ambassade de la Fédération de Russie avait rédigé un message de condoléances aux parents des morts d’Ossétie du Sud. Le texte, contenant notamment la phrase "En l’hommage des victimes de la tragédie en Ossétie du Sud - Ossètes, Russes, Géorgiens. Nous partageons le deuil des familles", avec une photo de Tskhinvali, devait être publié dans le journal Libération. Si un accord avait été conclu lundi (aux dires de l’ambassadeur), mardi aucune annonce n’était publiée, refusée par le Conseil de rédaction du journal. N’est-ce pas cela la censure ?

Source : Lenta.ru

Le chiffre du jour : 15 millions

Par Aurialie le 03.09.2008 à 23h17

Au cours des 16 dernières années, près de 15 millions de personnes ont été reconnues coupables d’une infraction pénale en Russie (environ un million par an), ce qui représente un dixième de la population russe et un quart de la population mascule adulte. Et parmi ces 15 millions, un tiers a été condamné à de la prison ferme.

Ces chiffres sont avancés par Vladimir Radchenko, ancien juge à la Cour suprême et actuel chef de l’Institut de législation et droit comparé du gouvernement russe. Pour comparaison, entre 1987 et 1991, "seulement" un demi-million de Soviétiques étaient condamnés chaque année.

Paradoxalement, cette augmentation du nombre de condamnations ne réduit pas la criminalité dans la société, mais au contraire conduit à sa criminalisation : de plus en plus de Russes passent par la case prison, avec tous les risques de mauvaises relations que cela peut engendrer, avant de réintégrer la société, sans aucune réinsertion. Radchenko remarque également que l’augmentation du nombre de condamnations a dépassé l’augmentation de la criminalité, ce qui montre la nature répressive du droit pénal en Russie et la nécessité d’une reforme du code pénal.

Derniers chiffres à titre comparatif : il y a actuellement 2,245 millions de prisonniers aux États-Unis (soit 0,75% de sa population totale - le taux le plus élevé d’emprisonnement au monde), 895.000 en Russie (soit 0,63% de sa population totale et 2e taux d’emprisonnement le plus élevé), et 63.000 en France (soit 0,09% de la population française, un des taux les plus faibles, pas très éloigné des pays nordiques).

La saison sera biélorussienne

Par Aurialie le 09.11.2007 à 23h10

Mercredi à la Maison d’Europe et d’Orient a été inauguré le centre culturel libre de Biélorussie, premier événement d’Une saison biélorussienne. Cette manifestation est organisée du 7 au 26 novembre en partenariat avec l’Ambassade de France en Biélorussie, Belprojet, la Fondation Européenne de la Culture, Perspectives Biélorussiennes et Office for a Democratic Belarus. Et elle promet d’être riche : expositions de photographies, projection de films, débat, rencontre, lecture sont prévus pendant ces 20 jours.

A noter notamment, lundi 12 novembre à 19h, le débat sur la société civile et les droits de l’Homme en Biélorussie, animée par Perspectives Biélorussiennes, avec la participation de membres d’Amnesty International, de la Fédération internationale des droits de l’Homme, de Reporters sans frontières et du groupe d’amitiés franco-biélorussiens de l’Assemblée nationale. Ainsi que la soirée cinéma du 19 novembre à partir de 17h.

Source : photo d’Artour Klinau, peintre, architecte et fondateur-rédacteur en chef de la revue pARTisan

Exposition censurée ?

Par Aurialie le 08.10.2007 à 23h49

Le 21 octobre 2007, l’exposition Sots Art – l’Art politique en Russie depuis 1972, présentée à la galerie Tretiakov en mars, ouvre ses portes à la Maison rouge. Cependant, le ministre de la Culture russe, Aleksandr Sokolov, pour qui le sots art est "une honte pour la Russie", refuse que certaines œuvres soient envoyées en France. Il a même déclaré qu’il avait fait tout son possible pour que cette exposition d’une galerie publique n’arrivât chez nous (si ça avait été une exposition d’une galerie privée, ça aurait été différent).

La principale œuvre incriminée est l’Ère de la miséricorde de Mizine et Chabourov représentant deux policiers s’embrassant (œuvre ci-contre). Le sots art, acronyme de l’expression russe социалистический арт, art socialiste, est apparu en URSS en 1972 en réaction au réalisme socialiste, style artistique soviétique dominant. Inventé par analogie avec le mot "pop art" par le duo Komar et Melamid, le sots art ne dénonce pas l’abondance des objets de consommation (comme Warhol), mais l’omniprésence de l’idéologie communiste et de la propagande de l’État soviétique. Les artistes ridiculisent les valeurs et les croyances imposées par le pouvoir politique, économique et spirituel. Cependant, le sots art ne parodie pas les personnes ou les actes des chefs soviétiques, mais leur interprétation par le réalisme socialiste et la propagande.

Ce n’est cependant pas cet aspect du sots art que le ministre de la Culture souhaite dissimuler aux amateurs d’art français, mais le côté érotique et coquin. Pas de libertinage dans l’idéologie socialiste soviétique !

Source : Newsru.com, Musuem.ru et Lenta.ru

Rodtchenko, la révolution dans l'oeil

Par Aurialie le 22.06.2007 à 21h19

Le photographe Alexandre Rodtchenko (1891-1956), figure de l’avant-garde soviétique, pensait que l’Art peut changer la vie. Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris consacre une exposition à un artiste qui a révolutionné le regard, avant d’être étouffé par le système stalinien.

Quelque 300 oeuvres dont 270 photographies tirages d’époque, quelques objets et des peintures, souvent issus des archives familiales, sont exposés dans Rodtchenko photographe, la Révolution dans l’oeil (20 juin-16 septembre). L’exposition, déjà montrée cet hiver à Moscou, est la première consacrée depuis 1977 en France au "plus grand photographe russe", dit à l’AFP la commissaire Olga Sviblova, directrice de la Maison de la Photographie de Moscou.

C’est un photographe "qui a révolutionné le regard", renchérit Emmanuelle de l’Ecotais, co-commissaire de l’exposition chargée de la photographie au musée. "Son idée était de renverser la composition, privilégier les raccourcis, les diagonales et les prises en plongée ou en contre-plongée", dit-elle.

Rodtchenko, né à Saint-Pétersbourg avant d’étudier les Beaux-Arts à Kazan, a d’abord été peintre. Il rejoint l’artiste Vladimir Tatline et le constructivisme russe qu’il va appliquer en photographie, "après avoir très vite conclu que la peinture est morte", explique Mme de l’Ecotais.

Il travaille avec le poète Maïakovski dont il réalise de nombreux portraits, exécute des photomontages. Un séjour à Paris de trois mois - le seul qu’il fera de toute sa vie à l’étranger - lui fait notamment découvrir Man Ray et le conforte dans son "idée que son chemin est le bon", dit Mme Sviblova.

Ses oeuvres en noir et blanc, très épurées, renversent les perspectives. Un ouvrier sur son échelle, dans Sortie de Secours, n’est plus que le centre de gravité d’un jeu de diagonales, tout comme le visage d’un pionnier, pris en contre-plongée, jouant de la trompette.

Rodtchenko, même s’il n’a jamais été membre du parti communiste, croit en la révolution. Il "pense que l’art peut changer la vie, mais pas de manière métaphorique", dit Mme Sviblova. Pour cela il réalise des décors de théâtre, des illustrations de livres, des dessins de textiles.

Mais en 1933, le réalisme-socialiste devient doctrine d’Etat pour tout artiste. Rodtchenko réagit à sa façon. Il "fait du flou", honni par le pouvoir, dans ses prises de vue du Bolchoï, photographie des ouvriers qui ne sourient plus. Rodtchenko n’est jamais allé en camp mais, exclu de l’Union des Artistes, n’obtient plus de commandes. Malade les dernières années de sa vie, il meurt en 1956.

Source : AFP via France 24, photos Wikipedia

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