
Aujourd’hui, de nombreux sites russes ont été dans l’incapacité de fonctionner suite à des attaques DDoS (déni de service distribué qui est un type d’attaque très évolué visant à faire planter ou à rendre muette une machine en la submergeant de trafic inutile) : Echo Moskvy, Kommersant.ru (la version anglaise fonctionnait), Argumenty y fakty, le site du centre de défense des droits de l’homme de Tallin et même les sites du président et du gouvernement estoniens. La raison des attaques des sites estoniens n’est pas à chercher bien loin : le déplacement de la statue du soldat libérateur à Tallin. Le plus étonnant dans cette histoire est que l’analyse des adresses IP a indiqué que les attaques venaient directement de l’administration du Kremlin et d’organisations gouvernementales (d‘après l’ambassadrice d’Estonie). Ce qui ne serait pas une première : en 2003, le site indépendantiste tchétchène www.kavkazcenter.com, hébergé en Lituanie, a été attaqué par un pirate informatique, qui selon l’éditeur du site serait le fait du FSB russe (ancien KGB). Des techniciens du site Kavkazcenter auraient en effet réussi à repérer que le pirate menait ses attaques à partir du siège du FSB à Moscou.
Les sites d’informations quant à eux subiraient des attaques à cause de leur contenu ou de leur activité : Kommersant devait publier aujourd’hui le sténogramme de l’interrogatoire de Boris Bérézovski (ancien propriétaire de ce journal), que le Parquet russe lui a fait passer à Londres le mois dernier. Argumenty y fakty a organisé aujourd’hui une conférence de presse avec l’ambassadrice d’Estonie en Russie, Marina Kaljurand. Des incidents ont eu lieu pendant cette conférence : des Nachis (membres d’organisation jeunesse pro-kremlin) ont envahi les locaux en criant des slogans hostiles à l’Estonie et mis à sac les locaux du journal. Echo Moskvy, enfin, est l’un des médias encore indépendant en Russie.

Les attaques DDoS de sites politiques se sont également multipliées ces derniers temps en Russie. Parmi les victimes des hackers, on compte les sites du Parti national-bolchevique, des organisateurs des marches du désaccord, du Front civique unifié et de l’Autre Russie, quelques jours avant l’organisation de marches à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Le site du Mouvement contre l’immigration inégale a subi une attaque quatre heures avant le lancement d’une campagne d’informations sur l’organisation d’un événement à Stavropol. Même les organes du pouvoir de l’État russe ont enregistré 2 millions d’ attaques entre 2005-2006, 300.000 rien que pour le site de la présidence.
Un article d’Itogui explique que pour arriver à faire planter un site, il faut disposer de moyens importants. On peut les obtenir en utilisant des milliers de machines zombies, c’est-à-dire des ordinateurs infestés par un ver ou un cheval de Troie et contrôlés à l’insu de leurs utilisateurs par des pirates informatiques, ou bien en payant une importante somme à un cracker. Le journal Cnews a estimé qu’une attaque telle que celle subie par le Parti national-bolchevique nécessitait un réseau de 120.000 machines et aurait coûter entre 72 et 432.000 dollars (entre 50 et 300$ la minute).

Qui sont ces pirates informatiques et quelles sont leurs motivations ? Le blog cyberpolice apporte une réponse partielle en donnant la parole à des informaticiens de Saint-Pétersbourg. "« Des étudiants des écoles techniques pratiquent le cambriolage des logiciels pour être in. Pour des gens sérieux, c’est une bonne source de revenus », raconte Denis Khartchenko, actuellement employé d’une société informatique de Saint-Pétersbourg. Il y a des pirates informatiques qui travaillent sur commande de sociétés en volant pour elles des logiciels spécialisés, selon Viatcheslav, un autre informaticien de Saint-Pétersbourg."
Alors, les crackers, qui piratent des sites politiques ou de sites d’informations, le font-ils pour de l’argent ou bien avec de réelles raisons politiques ? Monter un réseau d’une centaine ou d’un millier d’activistes politiques ne doit pas être tellement difficile dans un pays où les universités produisent environ 60.000 diplômés en informatique et mathématiques chaque année. Et ce doit être encore plus facile de les réunir pour un peu d’argent. Dans Itogui, un étudiant russe donne ses tarifs : 30$ pour qu’un petit serveur ne marche pas pendant une journée, 45$ pour un serveur moyen et 65$ pour les plus gros. Il précise tout de même que ses tarifs sont deux fois moins chers que ceux de ses concurrents. Chercherait-il de nouveaux clients parmi les journalistes d’Itogui ?
Source images : futura-sciences, rotary.belux.org et old.russ.ru