Tous les articles sur le mot clé : droits de l’homme

S. Bakhmina veut accoucher en paix

Par Aurialie le 05.11.2008 à 23h39

Quelques jours avant son accouchement, Svetlana Bakhmina, l’ancienne juriste de Ioukos condamnée à 6,5 années d’emprisonnement pour détournement de fonds et fraude fiscale, demande à être placée à l’écart du tumulte, lié à sa situation. Voilà plusieurs semaines que défenseurs de droits de l’Homme, journalistes, hommes politiques, artistes, ... se mobilisent pour obtenir sa grâce auprès du président Medvedev. A ce jour plus de 80.000 personnes ont signé la pétition de demande de grâce.

Le chef de la direction du service fédéral d’exécution des peines de Mordovie, Victor Malkov, a fait part aujourd’hui de cette déclaration de Svetlana Bakhmina : "Ayant pris connaissance des nombreux débats dans les médias, je vous demande d’informer toutes les personnes concernées que, compte tenu de mon état de santé actuel, je ne souhaite rencontrer personne, excepté les médecins traitants et ma famille. Pour des raisons évidentes, le plus important pour moi en cette période est de me reposer. (...) Les conditions de ma détention et mon état de santé sont satisfaisants. On m’assure les soins nécessaires."

Etre ancienne juriste de Ioukos, icône des défenseurs de droits de l’homme et prisonnière depuis 4 ans est en effet une situation peu appropriée pour une femme enceinte.

Source : Grani.ru

Les sourds-muets aussi en voulaient à Staline

Les affaires absurdes ne manquaient pas dans les années 30 en URSS, mais celle du complot terroriste fasciste des sourds-muets est totalement insensée. En 1937 à Saint-Pétersbourg, un sourd-muet, accusé de participer à un meeting antisoviétique, est arrêté et fusillé. S’en suivent alors des arrestations de masse, notamment parmi les personnes malentendantes. Cinquante cinq personnes sourdes-muettes ont été arrêtées : le 24 décembre 1937, 25 hommes et 10 femmes ont été fusillés, les 20 autres ont été condamnés à 10 d’enfermement.

En leur mémoire, un monument a été inauguré aujourd’hui au cimetière commémoratif de Levachovo de Saint-Pétersbourg, où l’on trouve déjà le Moloch du totalitarisme, le monument en l’honneur des Ukrainiens, victimes de répressions politiques, le monument aux Allemands de Russie, la pierre du souvenir, ... Levachovo est l’un des nombreux lieux où ont été découverts, depuis 1989, des fosses communes dans lesquelles les victimes de la phase de terreur stalinienne des années 37-38 furent jetées en masse.

Image : NTV

Le chiffre du jour : 4,3 millions

C’est le montant cumulé en euros des amendes que la Russie a dû payer à ses citoyens suite à des condamnations pour violation de leurs droits à la Cour européenne des droits de l’Homme.

Voilà là 10 ans que la Russie participe à la convention des droits de l’homme de la Cour européenne et pendant cette période 46.000 plaintes de citoyens russes ont été déposées, ce qui représente 20% de l’ensemble des plaintes.

Rien qu’en 2007, la Russie a perdu 140 affaires sur 192, dont 175 concernaient des violations de la Convention européenne des droits de l’Homme. Elle occupe alors la 4e place des amendes réglées en 2007, après la Turquie, la Grèce et la Roumanie. Entre janvier et avril 2008, il y a eu déjà 65 arrêts. La Russie est donc bien partie pour battre son record !

Source : Droits de l’Homme en Russie

Prison secrète pour torture discrète ?

Par Aurialie le 29.09.2008 à 22h34

Dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, les services secrets de certains pays n’hésitent pas à employer les pires méthodes pour obtenir des informations. L’affaire des avions américains servant de lieux de torture en est un bon exemple. Un article de Novaya Gazeta révèle qu’en Russie les agents des services secrets enlèvent des jeunes hommes entre 23 et 35 ans, souvent originaires d’Ingouchie, et les torturent à l’abri des regards indiscrets, dans une datcha de la banlieue de Moscou. Un homme, Magomed Khamkhoev est ressorti de cet enfer et a ainsi pu témoigner. Une vingtaine de personnes ont manifesté aujourd’hui contre ces "escadrons de la mort", agissant en dehors des lois en tout impunité.

Source image : Novaya Gazeta

Le Loukachenko nouveau est arrivé (CI)

Via Courrier International

A l’approche des législatives du 28 septembre, le régime de Minsk s’est adjoint les services d’un conseiller en image, le Britannique Timothy Bell. Malgré des signes d’ouverture, l’opposition n’est pas dupe.

Lors de sa première rencontre, en août dernier, avec lord Timothy Bell, c’est le président Loukachenko qui a dominé. Assis au bout d’une table au palais présidentiel de Minsk, il expliquait ses opinions en hochant la tête, les yeux sur ses notes. Quelques fragments ont filtré dans la presse. “La Biélo­­russie est un Etat dont le peuple a, par le passé, beaucoup apporté à l’Europe“, expliquait Loukachenko. Lord Bell n’avait devant lui qu’une feuille à en-tête de Bell Pottinger Communications et un crayon portant le logo de son entreprise de relations publiques. Le gourou des médias, anobli par Margaret Thatcher pour l’avoir transformée de “ménagère en politicienne de fort calibre” (c’est lui qui le dit), écoutait calmement le dictateur. “Je suis venu ici à sa demande. Il voulait savoir comment améliorer son image”, a laconiquement déclaré Bell après la rencontre. En fait, il y travaillait depuis le mois d’avril et avait établi un plan détaillé pour y parvenir.

“Je savais qu’il serait libéré. Après tout, il a été arrêté illégalement”, dit Igor Rymkevitch, l’avocat de l’opposant Alexandre Kozouline, maintenant que son client a retrouvé la liberté [le 16 août]. Il y a encore quelques semaines, ce n’était pas si évident. Kozouline, candidat à l’élection présidentielle de 2006, avait été emprisonné pour “hooliganisme” et condamné à cinq ans et demi de camp de travail. “Il est épuisé, on l’a traité avec brutalité”, témoigne son avocat. Au grand étonnement de la communauté internationale, deux autres opposants, Andreï Kim et Sergueï Parsioukevitch, ont également été relâchés. “Un geste à l’intention de l’Occident”, explique Agata Wierzbowska-Miazga, du Centre d’études orientales de Varsovie. “Loukachenko en a toujours fait quand il y avait des problèmes entre Minsk et Moscou. Mais ce qui est surprenant, c’est que, aujourd’hui, il n’y a aucun problème entre Minsk et Moscou. Le flirt de Loukachenko avec l’Occident relève plutôt d’une nouvelle stratégie.”

La réaction de l’Occident est enthousiaste. La France, qui préside l’Union européenne, a suggéré de lever les sanctions imposées à une quarantaine de membres du régime après le référendum de 2004 [qui a accordé à Loukachenko la possibilité de gouverner à vie] si Loukachenko organise des élections libres et s’il garantit la liberté des médias. Des conditions “difficiles” à remplir, mais jusque-là l’UE en a posé bien d’autres. “Depuis que Bell conseille Loukachenko, le monde nous perçoit différemment”, affirme le metteur en scène Nikolaï Khalezine, fondateur et directeur du Théâtre libre de Minsk. Ce qui ne l’enchante pas particulièrement. “Nous revenons d’une tournée en Grande-Bretagne. Là-bas, tout le monde est déjà persuadé que la dictature en Biélorussie vit ses derniers jours. Or ce n’est pas vrai.” Nikolaï Khalezine a d’ailleurs adressé une lettre ouverte à lord Bell. “Nous comprenons que vous faites ça pour l’argent, lui écrit-il. Vous n’êtes pas un enfant et vous savez que dans le budget de l’Etat il n’y a pas de fonds secret à huit chiffres pour rémunérer vos activités. Ce sont les contribuables qui vont régler la note.” “Nous souhaitons qu’il se sente responsable de ce qui se passe dans le pays”, explique Khalezine. “Si le monde arrête de nous considérer comme une dictature, on assistera à un retour des assassinats politiques”, poursuit-il. Lord Bell ne lui a pas répondu.

Mikhaïl Pachkevitch a 22 ans et, officiellement, il n’est pas un prisonnier politique. Il a juste été condamné à une assignation à résidence pour avoir manifesté avec une dizaine de personnes pour “défendre les droits des petits entrepreneurs” en janvier dernier. Ils ont tous été condamnés à la même peine et, depuis, ne peuvent quitter Minsk. Entre 19 heures et 6 heures, ils doivent rester chez eux ; tout changement d’employeur ou d’adresse doit être immédiatement signalé aux autorités. Une fois par semaine, ils doivent pointer au commissariat. “Si je suis en retard d’une demi-heure, c’est une violation du règlement. Trois violations, je vais en prison. Les interdictions sont si nombreuses que la police peut toujours trouver quelque chose”, témoigne Mikhaïl.

C’est pour cela que les opposants biélorusses contestent l’idée que, “en Biélorussie, il n’y a plus de prisonniers politiques”, désormais soutenue par le régime après les libérations de Kozouline, de Kim et de Parsioukevitch. Au sein de l’opposition, personne ne s’attend à de vrais changements. “C’est une manœuvre typique du régime. Personne ne pense que la répression va cesser”, dit Katia Tkatchenko, du Parti civique uni. “On libère des prisonniers pour les enfermer aussitôt”, ajoute l’avocat de Kozouline.

A quoi joue Loukachenko ? La réponse est banale : il cherche tout d’abord à diversifier les investissements étrangers. “Jusqu’à présent, le régime ne pouvait compter que sur la Russie, l’Inde, la Chine ou l’Iran, des pays qui ne lient pas les contacts commerciaux au respect des droits de l’homme, explique Mme Wierzbowska-Miazga. Ensuite, Loukachenko veut montrer au Kremlin qu’il y a une alternative à l’alliance avec la Russie. Il s’agit ainsi d’avoir une meilleure position pour les négociations sur le prix du gaz.” Le dernier acte de ce spectacle va se jouer le 28 septembre, le jour des législatives. L’opposition redoute qu’entre-temps lord Bell ne règle ses comptes avec elle.

Source images : lukashenko2008.ru

Le facteur n'est pas passé...

Par Aurialie le 25.09.2008 à 23h12

Des savants, inquiets du sort de leurs collègues enfermés pour des motifs politiques, ont envoyé il y a trois mois une lettre ouverte au président pour demander de trouver des solutions à cette situation. Les jours sont passés et la lettre s’est perdue en chemin. C’est ce que vient d’apprendre Ernst Tcherni, secrétaire responsable de Comité civique de défense des savants, après un mois et demi de recherches. La lettre a bien été transmise à l’administration présidentielle le 24 juin 2008, mais elle a atterri sur le bureau de l’adjoint du procureur général, Sabir Kekhlerov. Ensuite, plus de trace du courrier. Ernst Tcherni va s’adresser à Vladimir Loukine, représentant de droits de l’homme auprès du Président, pour le retrouver.

On ne sait pas pour le moment si la lettre ouverte envoyée il y a quatre mois par des défenseurs des droits de l’homme russes demandant la libération de 14 prisonniers politiques russes est arrivée. La prochaine fois, ils devraient de corrompre l’assistant(e) de Medvedev, selon l’indice de perception de la corruption de Transparancy Internartional la Russie occupe la 147e place sur 180.

Une pensée pour les oppressés turkmènes

Il y a deux ans, la correspondante de Radio Free Europe/Radio Liberty au Turkménistan, Ogoulsapar Mouradova, mourrait, torturée en prison. Elle purgeait alors une peine de six ans d’emprisonnement, du fait de son engagement quotidien pour la liberté et le respect des droits de l’Homme. A la même époque, le journaliste Annakourban Amanklytchev et le militant des droits de l’Homme Sapardourdy Khadjiev, étaient condamnés pour la même raison à 6 et 7 ans de prison.

Ces trois activistes avaient pour autre point commun d’avoir été interviewés par une journaliste française pour un reportage diffusé dans l’émission Envoyé Spécial. Certains pensent d’ailleurs que c’est à cause de cela qu’ils ont été emprisonnés. Or le tournage s’était déroulé en mars, les arrestations en juin (officiellement pour trafic d’armes et de drogue), les condamnations en août, la mort d’Ogoulsapar en septembre, et ce quelques jours avant la diffusion du reportage en France.

A l’occasion du sommet Union européenne/Asie Centrale le 18 septembre, des militants de Reporters sans frontières ont occupé pacifiquement l’ambassade du Turkménistan à Paris, pendant deux heures, pour exiger la libération d’Annakourban Amanklytchev et de Sapardourdy Khadjiev et réclamer des explications sur les conditions de la mort d’Ogoulsapar Mouradova. "Les autorités turkmènes doivent cesser leur acharnement contre les journalistes et tous ceux qui critiquent la politique ultra-autoritaire du gouvernement", a déclaré Reporters sans frontières. L’élection de Gourbangouly Berdymoukhammedov, après la mort du dictateur Niazov, n’a pas apporté la libéralisation tant attendue dans ce pays.

Photo : Reporters sans frontières

L'abus de pouvoir d'un chef de prison

Continuons notre série "prison" avec cette effarante histoire d’abus de pouvoir dans un établissement pénitentiaire de Krasnodar. Anatoli Ataev, condamné à 5 ans de prison pour entreprise illégale et fraude, a obtenu sa libération anticipée le 5 août dernier par un tribunal du district, après 2 ans et 9 mois de privation de liberté. Avant d’appliquer cette décision à effet immédiat, Vladimir Nikolaev, responsable de la prison, a voulu en vérifier la légalité. Il a même ignoré un courrier du vice-président du tribunal confirmant le lendemain que cette disposition devait être appliquée immédiatement, "en toute diligence". Les avocats d’Ataev ont alors déposé une plainte au service fédéral d’exécution des peines et ont demandé de l’aide au Comité contre la torture (qui fêtait ses 8 ans d’existence le 30 août).

Le 14 août, la situation n’ayant pas évolué, Ataev a entamé une grève de la faim et le Comité a porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Il a reçu hier une copie des réponses faites par la Russie sur l’affaire : celle-ci a reconnu qu’Anatoli Ataev était toujours en détention, malgré la décision de libération conditionnelle, et elle a informé la Cour "que les organismes concernées prenaient toutes les mesures possibles en vue d’éclaircir la situation et restitueraient les droits violés du demandeur en cas de violation réelle."

Aujourd’hui, A. Ataev est enfermé depuis un mois à cause de l’entêtement d’un chef de prison, qui abuse clairement de son autorité, sans que les organes judiciaires n’arrivent à lui faire entendre raison. A se demander si V. Nikolaev a entendu la déclaration de Medvedev le 20 mars, à la réunion solennelle consacrée au 85e anniversaire de la Cour suprême : "L’un des aspects les plus importants des réformes est le fait que la justice russe a cessé d’être exclusivement punitive. Elle se transforme en système de protection des droits de l’homme."

Source photo : Comité contre la torture

Et de trois !

Que se passe-t-il dans la tête du président biélorusse, Alexandre Loukachenko ? Par un décret présidentiel, il a gracié aujourd’hui deux opposants, considérés comme des prisonniers politiques, quatre jours après la libération d’Alexandre Kozouline. Sergueï Parsioukevitch s’est vu attribué une peine de deux ans d’enfermement pour violence physique contre des forces de l’ordre en janvier 2008. Pour le même motif, le jeune activiste, Andreï Kim, enfermé depuis 7 mois, a été condamné à 1,5 année d’emprisonnement. Sur ses conditions d’emprisonnement et de libération, il a déclaré à sa sortie de prison : "On m’a mis aujourd’hui devant le fait accompli ’Tu es libre’. On m’a réveillé ce matin, on m’a donné 7 minutes pour rassembler mes affaires et on m’a libéré. On m’a dit que j’avais été gracié par un décret de Loukachenko. On m’a arrêté sans aucune forme et on m’a libéré de la même façon."

Mais point de bonté d’âme, Loukachenko n’a plus supporté la pression exercée par l’Union européenne et les Etats-Unis pour obtenir la libération des prisonniers politiques. A terme, des sanctions économiques étaient même été envisagées en cas de refus du pouvoir biélorusse. Pour la Commissaire chargée des relations extérieures Benita Ferrero-Waldner, ces libérations est un "pas positif, que l’Union européenne attendait depuis longtemps" : "J’espère que la libération de Kozouline donnera une impulsion positive dans le développement des relations entre la Biélorussie et l’UE."

Cependant, avant les libérations d’aujourd’hui, Lluís Maria de Puig, président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), avait déclaré : "La démocratie et les droits de l’homme ne souffrent aucune concession. L’APCE tiendra évidemment compte des efforts significatifs et durables des autorités, mais ne fermera pas pour autant les yeux sur les violations des libertés et des droits universels. En particulier, une observation attentive de l’actuelle période préélectorale [des élections législatives sont prévus le 28 septembre 2008] permettra de déterminer si les autorités sont disposées à créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections libres et équitables, qui sont l’élément de base de toute démocratie." Les élections parlementaires seront donc un test important pour Loukachenko.

Photos : Sergueï Parsioukevitch et Andreï Kim, source - Charter97.org

Portrait d'un humaniste : A. Pristavkine

La mort d’Alexandre Soljenitsyne a remis à la une du site du Monde un artcicle sur la mort de l’écrivain Anatoli Pristavkine, ancien président de la commission des grâces présidentielles de Russie, décédé le 11 juillet dernier, à Moscou, à l’âge de 76 ans. Ecrivain et humaniste, il mérite d’être connu, donc voilà son portrait par Daniel Vernet.

Anatoli Pristavkine a connu la gloire littéraire tardivement quand son roman Un nuage d’or sur le Caucase a été enfin autorisé en URSS, du temps de Mikhaïl Gorbatchev. Ce fut un immense succès. Le livre, qui traite de la déportation du peuple tchétchène sous Staline, a été traduit en une trentaine de langues et vendu à plusieurs millions d’exemplaires.

Il était né le 17 octobre 1931. Orphelin - ses parents sont morts pendant la seconde guerre mondiale -, il s’est enfui à 14 ans de l’institution dans laquelle il avait été placé et a erré dans le pays avec les bandes d’enfants des rues pourchassées par la police. Il en a tiré Les Petits Coucous, un roman paru en France en 1991. Dans les années 1960, il a participé à la construction de la centrale hydroélectrique de Bratsk, en Sibérie, qui a été aussi la matière à un roman.

Mais c’est surtout dans les années 1990 qu’Anatoli Pristavkine s’est fait connaître. Sur la recommandation du défenseur des droits de l’homme Sergueï Kovalev, il a été nommé en 1992 par Boris Eltsine président de la commission des grâces présidentielles.

Cette commission, composée d’intellectuels, devait examiner les dossiers des détenus, notamment des condamnés à mort. Dans un pays où l’abolition de la peine de mort ne rencontre le soutien ni de la population ni de la grande majorité des hommes politiques, elle avait pour raison d’être d’essayer d’humaniser un peu un système carcéral où règne l’arbitraire. Par rapport au nombre d’habitants, la population carcérale de Russie est une des plus élevées au monde. Chaque année, 10 000 prisonniers meurent de malnutrition, d’étouffement à cause de l’entassement dans les cellules, de maladie, notamment de la tuberculose.

Pendant ses dix ans d’existence, la commission présidée par Prostavkine a examiné plus de 50 000 dossiers et gracié plus de 12 000 condamnés à mort. Elle était une épine dans la chair du FSB (ex-KGB), la police politique qui contrôle aussi la justice. Vladimir Poutine, alors président de la Russie, l’a supprimée en 2001.

Source photo : Lenta.ru

Un (petit) soutien pour le musée Sakharov

Par Aurialie le 22.07.2008 à 00h21

En décembre 2007, je relayais la demande de soutien financier du directeur du musée Sakharov, Youri Samodourov, pour continuer à faire fonctionner l’établissement portant la mémoire des persécutions staliniennes. Celui-ci a trouvé un donateur en la personne de Platon Lebedev, ancien patron de Menatep, banque liée au groupe Ioukos.

Lebedev a obtenu le 2 juin un jugement en sa faveur à la Cour européenne des droits de l’homme, obligeant la Russie à lui payer la somme de 10.000€ en compensation des différentes violations constatées lors de sa détention. La moitié de somme sera donnée au lycée de Koralovo, l’autre au musée Sakharov. Cinq mille euros, c’est un bon début, mais bien loin des 230.000€ nécessaires annuellement.

Source : Lenta.ru

Des signatures pour la paix

Alors que des côtés russes et géorgiens, l’armée se prépare à une éventuelle guerre, les défenseurs russes des droits de l’homme lancent un nouvel appel urgent à la paix et tentent de récolter les signatures des pacifistes, hostiles à toute activité militaire à la frontière russo-géorgienne. Un premier appel avait été lancé le 3 octobre 2006.

Pour certains, l’activité de ces derniers jours résonne comme un funeste rappel de juillet et août 1914 : provocations, explosions, transferts de troupes, déclarations guerrières, … Une réaction en chaîne qui pourrait avoir des conséquences politiques malheureuses : exclusion du Conseil de l’Europe, rupture avec l’Europe et le reste de l’Occident, montée du patriotisme et chauvinisme, annulation des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi, … Et cela dans le but d’asseoir sa domination sur une république indépendante.

Pour apporter votre soutien au groupe Helsinski de Moscou et au mouvement "Pour les droits de l’homme", envoyez un mail avec vos coordonnées à zpch[at]zaprava.ru ou zpch[at]mail.ru.

Des condamnations et un limogeage

La représentante russe auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme, Veronika Milintchouk, a été limogée aujourd’hui par le président Dmitri Medvedev. Les nouvelles condamnations de la Russie à Strasbourg et donc, l’incapacité de Mme Milintchouk à protéger les intérêts de la Russie à la Cour, ne sont certainement pas étrangères à cette décision. 70.000€ à Mme Akhiyadova, 35.000€ à Mme Moussaïeva et 40.000€ à M. Oumarov, trois familles tchétchènes dont les fils avaient disparu en 2000 après avoir été retenus illégalement par des militaires russes et 10.000€ pour Evgueni Tchember, soldat ayant subi des traitements inhumains (lésion à la colonne vertébrale suite à une punition, invalidité permanente sans dédommagement)... la note est plutôt salée. D’autant plus que la Russie avait déjà était condamnée dans plusieurs affaires il y a trois semaines et que des plaintes sont déposées régulièrement. Le nouveau représentant, qui n’a pas encore été désigné, arrivera-t-il à faire cesser les condamnations ? Personnellement, j’en doute…

Pas de progrès dans l'armée russe

Par Aurialie le 02.07.2008 à 23h23

Alexandre Kanchine, président de la commission de la chambre publique des vétérans, des militaires et des membres de leurs familles, a présenté un bilan très négatif de la situation dans l’armée de la Fédération de Russie. Il y prospère le désordre et la corruption, les hauts gradés y ont un pouvoir incontrôlé, peu a peu mettent en location bâtiment, champs et terrains de ministère de l’Armée.

Dans un rapport sur "la corruption dans les structures de force comme menace de la sécurité nationale", il y est dit que l’année passée, la responsabilité pénale de 224 officiers principaux, 180 colonels et 16 généraux a été engagée pour crimes divers. La corruption même y est très présente : pour obtenir une mutation, le règlement d’une prestation en espèces, résoudre des problèmes quotidiens, … le paiement d’une redevance aux supérieurs est monnaie courante.

Enfin, Kanchine a annoncé qu’au premier trimestre, 200 militaires sont morts hors des périodes de combat. A la fin de l’année, ces pertes pourraient correspondre à deux bataillons militaires.

Source : Droits de l’homme en Russie

L'opposition continue sa lutte

Par Aurialie le 29.06.2008 à 23h42

Garry Kasparov n’est pas encore en vacances et n’a surtout pas baissé les bras après l’élection présidentielle du 8 mars dernier. Un mois avant celle-ci, le Congrès social panrusse (VGK) entrait dans une nouvelle phase en annonçant sa volonté d’unir toutes les organisations de défense des droits de l’homme et les partis de l’opposition.

Aujourd’hui, au cours du Ve congrès du VGK, s’est déroulée l’élection anticipée des coprésidents. Anticipée, car en début d’année deux coprésidents, Lioudmla Alekseeva (représentante du groupe moscovite Helsinki) et Gueorgui Satarov (président du fond Indem) avaient décidé de quitter la présidence du VGK pour différence de points de vue avec Garry Kasparov.

Ils estimaient que la confiance mutuelle qui régnait dans le Congrès panrusse civile avait été détruite par tout ce que la pratique de la politique moderne apporte de négatif. Et de citer nommément Garry Kasparov.

Cela n’a pas empêché ce dernier d’être largement élu à la coprésidence en obtenant 137 voix sur 155. Il sera accompagné dans sa tâche par Ella Kesaeva (coprésidente de l’organisation La voix de Beslan), élue avec 128, Natalia Evdokimova (secrétaire responsable du Conseil de défense des droits de l’homme de Saint Pétersbourg) – 93 voix et Iouri Samodourov (directeur du Musée Sakharov) – 77 voix.

Durant ce Ve congrès, a également été décidé de mettre en place des groupes de travail, devant apporter une analyse de la situation concrète (sur des sujets précis), fournir des propositions à l’État et à la société et résoudre les problèmes les plus graves, l’un des principaux étant la libération des prisonniers politiques. Selon le VGK, "l’existence dans un pays de prisonniers politiques est le signe caractéristique d’absence de démocratie." Les auteurs de cette demande estiment que les répressions politiques ont atteint un tel niveau, qu’on peut parler d’un rapprochement de l’époque totalitaire.

Quant aux deux "dissidents", ils ont décidé de former une nouvelle organisation, non politique, de défense des droits et libertés du citoyen, dont le nom est pour le moment Coalition sociale de défense de la Constitution.

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