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Quelques nouvelles de Biélorussie

Alors qu’Alexandre Loukachenko estime qu’il n’y a pas de crise en Biélorussie et que le gouvernement n’aidera donc pas les entreprises locales, un jeune activiste qui participait à une manifestation pour le petit entrepreneuriat en janvier, a été arrêté cette semaine. Jusqu’à présent Alexandre Borozenko se trouvait en Pologne pour ses études, son retour sur sa terre natale s’est de suite suivi d’une arrestation. Quelques mois plus tôt, 11 autres personnes avaient été condamnées à de la prison, dont 9 avec sursis, mais tous avaient finalement été relâchés le mois dernier, Loukachenko souhaitant améliorer ses relations avec l’Occident. Les opposants au président biélorusse commencent à mener des actions pour demander la libération de ce nouveau prisonnier politique.

Le dernier film documentaire de Vladimir Kolos, Ada Gallery, peut être une illustration des difficultés décriées par Alexandre Borozenko. Narrant l’ouverture et les tracas d’une galerie d’art en Biélorussie, il a reçu jeudi le Prix Europe, prix spécial de l’Europarlement dans la catégorie film documentaire au festival international des programmes télé et radio de Berlin. Ada Gallery sera en compétition au 8e festival international du documentaire de création de la Rochelle, débutant vendredi prochain.

Photo : Charter 97

"Manifest" : Belarus freedom

Par Aurialie le 28.09.2008 à 23h09

Aujourd’hui, en Biélorussie, c’est journée électorale. Les bureaux de vote viennent de fermer, les résultats seront publiés demain matin, tout comme l’avis des observateurs de l’OSCE sur la légalité du scrutin. L’opposition biélorusse ne se fait pas d’illusions et a déjà demandé l’instauration de nouvelles élections parlementaires. Leurs résultats sont attendus par tout le monde, notamment le président biélorusse, qui a misé gros sur ces élections (et qui d’ailleurs les connait certainement déjà, les résultats). En jeu, la levée des sanctions et son admission dans l’arène européenne.

En attendant, écoutons Manifest le nouvel album de Liapis Troubetskoï, dont le très original clip Kapital avait été salué par les professionnels du secteur et les internautes.

Le Loukachenko nouveau est arrivé (CI)

Via Courrier International

A l’approche des législatives du 28 septembre, le régime de Minsk s’est adjoint les services d’un conseiller en image, le Britannique Timothy Bell. Malgré des signes d’ouverture, l’opposition n’est pas dupe.

Lors de sa première rencontre, en août dernier, avec lord Timothy Bell, c’est le président Loukachenko qui a dominé. Assis au bout d’une table au palais présidentiel de Minsk, il expliquait ses opinions en hochant la tête, les yeux sur ses notes. Quelques fragments ont filtré dans la presse. “La Biélo­­russie est un Etat dont le peuple a, par le passé, beaucoup apporté à l’Europe“, expliquait Loukachenko. Lord Bell n’avait devant lui qu’une feuille à en-tête de Bell Pottinger Communications et un crayon portant le logo de son entreprise de relations publiques. Le gourou des médias, anobli par Margaret Thatcher pour l’avoir transformée de “ménagère en politicienne de fort calibre” (c’est lui qui le dit), écoutait calmement le dictateur. “Je suis venu ici à sa demande. Il voulait savoir comment améliorer son image”, a laconiquement déclaré Bell après la rencontre. En fait, il y travaillait depuis le mois d’avril et avait établi un plan détaillé pour y parvenir.

“Je savais qu’il serait libéré. Après tout, il a été arrêté illégalement”, dit Igor Rymkevitch, l’avocat de l’opposant Alexandre Kozouline, maintenant que son client a retrouvé la liberté [le 16 août]. Il y a encore quelques semaines, ce n’était pas si évident. Kozouline, candidat à l’élection présidentielle de 2006, avait été emprisonné pour “hooliganisme” et condamné à cinq ans et demi de camp de travail. “Il est épuisé, on l’a traité avec brutalité”, témoigne son avocat. Au grand étonnement de la communauté internationale, deux autres opposants, Andreï Kim et Sergueï Parsioukevitch, ont également été relâchés. “Un geste à l’intention de l’Occident”, explique Agata Wierzbowska-Miazga, du Centre d’études orientales de Varsovie. “Loukachenko en a toujours fait quand il y avait des problèmes entre Minsk et Moscou. Mais ce qui est surprenant, c’est que, aujourd’hui, il n’y a aucun problème entre Minsk et Moscou. Le flirt de Loukachenko avec l’Occident relève plutôt d’une nouvelle stratégie.”

La réaction de l’Occident est enthousiaste. La France, qui préside l’Union européenne, a suggéré de lever les sanctions imposées à une quarantaine de membres du régime après le référendum de 2004 [qui a accordé à Loukachenko la possibilité de gouverner à vie] si Loukachenko organise des élections libres et s’il garantit la liberté des médias. Des conditions “difficiles” à remplir, mais jusque-là l’UE en a posé bien d’autres. “Depuis que Bell conseille Loukachenko, le monde nous perçoit différemment”, affirme le metteur en scène Nikolaï Khalezine, fondateur et directeur du Théâtre libre de Minsk. Ce qui ne l’enchante pas particulièrement. “Nous revenons d’une tournée en Grande-Bretagne. Là-bas, tout le monde est déjà persuadé que la dictature en Biélorussie vit ses derniers jours. Or ce n’est pas vrai.” Nikolaï Khalezine a d’ailleurs adressé une lettre ouverte à lord Bell. “Nous comprenons que vous faites ça pour l’argent, lui écrit-il. Vous n’êtes pas un enfant et vous savez que dans le budget de l’Etat il n’y a pas de fonds secret à huit chiffres pour rémunérer vos activités. Ce sont les contribuables qui vont régler la note.” “Nous souhaitons qu’il se sente responsable de ce qui se passe dans le pays”, explique Khalezine. “Si le monde arrête de nous considérer comme une dictature, on assistera à un retour des assassinats politiques”, poursuit-il. Lord Bell ne lui a pas répondu.

Mikhaïl Pachkevitch a 22 ans et, officiellement, il n’est pas un prisonnier politique. Il a juste été condamné à une assignation à résidence pour avoir manifesté avec une dizaine de personnes pour “défendre les droits des petits entrepreneurs” en janvier dernier. Ils ont tous été condamnés à la même peine et, depuis, ne peuvent quitter Minsk. Entre 19 heures et 6 heures, ils doivent rester chez eux ; tout changement d’employeur ou d’adresse doit être immédiatement signalé aux autorités. Une fois par semaine, ils doivent pointer au commissariat. “Si je suis en retard d’une demi-heure, c’est une violation du règlement. Trois violations, je vais en prison. Les interdictions sont si nombreuses que la police peut toujours trouver quelque chose”, témoigne Mikhaïl.

C’est pour cela que les opposants biélorusses contestent l’idée que, “en Biélorussie, il n’y a plus de prisonniers politiques”, désormais soutenue par le régime après les libérations de Kozouline, de Kim et de Parsioukevitch. Au sein de l’opposition, personne ne s’attend à de vrais changements. “C’est une manœuvre typique du régime. Personne ne pense que la répression va cesser”, dit Katia Tkatchenko, du Parti civique uni. “On libère des prisonniers pour les enfermer aussitôt”, ajoute l’avocat de Kozouline.

A quoi joue Loukachenko ? La réponse est banale : il cherche tout d’abord à diversifier les investissements étrangers. “Jusqu’à présent, le régime ne pouvait compter que sur la Russie, l’Inde, la Chine ou l’Iran, des pays qui ne lient pas les contacts commerciaux au respect des droits de l’homme, explique Mme Wierzbowska-Miazga. Ensuite, Loukachenko veut montrer au Kremlin qu’il y a une alternative à l’alliance avec la Russie. Il s’agit ainsi d’avoir une meilleure position pour les négociations sur le prix du gaz.” Le dernier acte de ce spectacle va se jouer le 28 septembre, le jour des législatives. L’opposition redoute qu’entre-temps lord Bell ne règle ses comptes avec elle.

Source images : lukashenko2008.ru

Loukachenko 2.0

"Nous devons stopper l’anarchie sur Internet" : l’auteur de cette charmante déclaration est le président biélorusse Loukachenko. C’est pourquoi, il y a un an, à l’occasion de son anniversaire (le 30 août), des activistes biélorusses ont créé une version personnelle d’Internet pour leur Président bien aimé : le Lunet.

Les principaux services web y sont adaptés à la sauce Loukachenko : LuTube (une réponse au méchant Youtube occidental), Tutlu (le portail le plus honnête), Lundex (un moteur de recherche bien plus juste que Yandex) et LuJournal (le Live journal des membres les plus positifs du BRSM, l’Union de la jeunesse républicaine biélorusse). Le ministère de la Vérité devrait apprécier.

Et de trois !

Que se passe-t-il dans la tête du président biélorusse, Alexandre Loukachenko ? Par un décret présidentiel, il a gracié aujourd’hui deux opposants, considérés comme des prisonniers politiques, quatre jours après la libération d’Alexandre Kozouline. Sergueï Parsioukevitch s’est vu attribué une peine de deux ans d’enfermement pour violence physique contre des forces de l’ordre en janvier 2008. Pour le même motif, le jeune activiste, Andreï Kim, enfermé depuis 7 mois, a été condamné à 1,5 année d’emprisonnement. Sur ses conditions d’emprisonnement et de libération, il a déclaré à sa sortie de prison : "On m’a mis aujourd’hui devant le fait accompli ’Tu es libre’. On m’a réveillé ce matin, on m’a donné 7 minutes pour rassembler mes affaires et on m’a libéré. On m’a dit que j’avais été gracié par un décret de Loukachenko. On m’a arrêté sans aucune forme et on m’a libéré de la même façon."

Mais point de bonté d’âme, Loukachenko n’a plus supporté la pression exercée par l’Union européenne et les Etats-Unis pour obtenir la libération des prisonniers politiques. A terme, des sanctions économiques étaient même été envisagées en cas de refus du pouvoir biélorusse. Pour la Commissaire chargée des relations extérieures Benita Ferrero-Waldner, ces libérations est un "pas positif, que l’Union européenne attendait depuis longtemps" : "J’espère que la libération de Kozouline donnera une impulsion positive dans le développement des relations entre la Biélorussie et l’UE."

Cependant, avant les libérations d’aujourd’hui, Lluís Maria de Puig, président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), avait déclaré : "La démocratie et les droits de l’homme ne souffrent aucune concession. L’APCE tiendra évidemment compte des efforts significatifs et durables des autorités, mais ne fermera pas pour autant les yeux sur les violations des libertés et des droits universels. En particulier, une observation attentive de l’actuelle période préélectorale [des élections législatives sont prévus le 28 septembre 2008] permettra de déterminer si les autorités sont disposées à créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections libres et équitables, qui sont l’élément de base de toute démocratie." Les élections parlementaires seront donc un test important pour Loukachenko.

Photos : Sergueï Parsioukevitch et Andreï Kim, source - Charter97.org

Alexandre Kozouline est libre

Par Aurialie le 16.08.2008 à 23h34

Télex : Aujourd’hui, 16 août, jour de la solidarité biélorusse, l’un des prisonniers politiques biélorusses les plus connus, l’opposant Alexandre Kozouline a été libéré, à la surprise générale. Les conditions de sa libération ne sont pas encore connues, mais sa fille a déclaré à l’AFP, qu’il allait rentrer chez lui avec certitude. A. Kozouline pourra ainsi assister, lundi, aux obsèques de son beau-père, le père de sa femme, elle-même décédée en février 2008. Il donnera également une conférence de presse lundi.

La dure vie d'un prisonnier politique

Par Aurialie le 19.07.2008 à 01h51

Quand un leader de l’opposition biélorusse, Anatoli Lebedko, inculpé pour diffamation envers le président Loukachenko, s’approche trop près d’une frontière (lituanienne en l’occurrence), il est forcément arrêté pour violation du régime frontalier (article 23.30 du code administratif biélorusse). Venu à Ochmiani pour rencontrer d’autres candidats de l’opposition aux élections législatives (qui auront lieu le 28 septembre 2008) et organiser des campagnes d’agitation, Lebedko a été obligé de quitter la ville dans les 24h suivant sa libération.

Et dans la série prisonnier politique, celui qui est considéré comme le 1er du Front Civil unifié depuis son arrestation le 26 novembre 2007, Andreï Grekov, aura 37 ans demain. Courrier et colis peuvent être envoyés à l’adresse suivante : 344064, г. Ростов-на-Дону, ул. Тоннельная 4. УЧ-398/2, ПФРСИ. Камера 4 Грекову Андрею Анатольевичу.

Photo : Anatoli Lebedko (Lenta) et Andreï Grekov (Kasparov.ru)

Une nouvelle loi contre les médias en Biélorussie

Quand on contrôle tout et qu’on veut être sûr de ne laisser aucune liberté aux médias, on imagine une nouvelle loi pour restreindre encore plus leurs conditions de travail.

Aujourd’hui, le parlement biélorusse a examiné en première lecture un projet de loi, introduisant des conditions plus sévères pour les médias biélorusses et étrangers : enregistrement impossible d’un support dont le capital étranger excède 30%, diffusion d’une édition étrangère soumise à autorisation spéciale, accréditation d’État pour un journaliste biélorusse souhaitant travailler dans un média étranger.

En outre, les activités des éditions sur Internet seront régies par le gouvernement (en d’autres mots l’Etat va contrôler Internet) ; toute information endommageant les intérêts de l’État engagera la responsabilité des personnes "coupables" ; et l’ensemble des médias biélorusses devront se ré-enregistrer après l’adoption de la loi.

Nezavissimaïa gazeta rappelle qu’en Biélorussie il ne reste qu’un seul quotidien non gouvernemental, et encore publié à l’extérieur du pays, et deux quotidiens politique et sociaux non gouvernementaux. Les médias biélorusses sont littéralement étouffés par l’État et le Kirghizstan fait de même.

Source photo : Lenta.ru (un kiosque à Minsk)

Kozouline veut dire adieu à sa femme

Par Aurialie le 25.02.2008 à 22h52

Alexandre Kozouline, un des leaders de l’opposition biélorusse, dont le cas avait été brièvement raconté ici, se voit refuser par les autorités judiciaires et pénitentiaires de son pays le droit d’assister à l’enterrement de sa femme.

Deux mille personnes se sont réunies aujourd’hui à Minsk, sur la place Oktiabrskaïa, pour célébrer sa mémoire. C’est à cette occasion que sa fille Olga a déclaré que l’enterrement de sa mère n’aurait pas lieu sans la présence de son père. Tous les jours à 18h les Biélorusses sont donc invités à se réunir sur cette même place jusqu’à ce qu’Alexandre Kozouline soit libéré. Ce dernier envisage d’entamer une grève de la faim sèche. A décision inhumaine, solution extrême.

Source : Charter 97

Zmiter Dachkevitch est libre

Par Aurialie le 26.01.2008 à 23h41

La justice biélorusse a fait preuve d’une étonnante bonté cette semaine, en libérant, un mois et demi avant la fin de sa peine, Zmiter Dachkevitchn leader du Jeune front, mouvement d’opposition non autorisée. Cette sortie anticipée est due à une réduction de peine de 6 mois, alors que les gardiens de sa prison lui promettaient une année ou deux d’emprisonnement en plus. Quand on lui a annoncé sa libération, il a donc crû à une blague, une façon de jouer avec ses nerfs.

Le jeune opposant avait été condamné le 1er novembre 2006 à un an et demi de prison pour ses activités politiques. Un comité de défense pour sa libération avait été créé en Biélorussie pour organiser une campagne de solidarité internationale. Amnesty international l’avait même déclaré prisonnier d’opinion.

Cette libération anticipée est d’autant plus étonnante qu’il avait été condamné en novembre 2007 à une amende de 900 dollars pour avoir refusé de faire des déclarations sur un autre activiste du Jeune front, Ivan Chilo.

Il y a quelques jours, grâce aux militants de l’association tchèque le Belarus libre, l’organisation de Dachkevitch a été autorisée à s’enregistrer officiellement en République Tchèque. Elle va donc pouvoir maintenant ouvrir des filiales et agir dans tous les pays européens, y compris en Biélorussie et l’Ukraine.

La première action de Zmiter va être de préciser comment vont être comptabiliser les quatre mois de prison qu’il a fait en trop (sa peine de prison réduite à un an, il aurait du être libre en octobre). Il est certain que sa la libération est devenue possible grâce à la pression exercée sur le régime de Loukachenko, à l’intérieur du pays comme à l’international. "Loukachenko tente de faire des avances à l’Ouest, c’est pourquoi périodiquement il y a des choses étonnantes, mais pour autant on ne peut pas dire qu’en Biélorussie il y a des améliorations démocratiques. Ce qui me fait dire cela : l’affaire de droit commun contre mon compagnon Arthur Finkevitch, les nombreuses amendes et les jours d’emprisonnement des militants."

Source : Belpa.org, photo Svobodanews

La saison sera biélorussienne

Par Aurialie le 09.11.2007 à 23h10

Mercredi à la Maison d’Europe et d’Orient a été inauguré le centre culturel libre de Biélorussie, premier événement d’Une saison biélorussienne. Cette manifestation est organisée du 7 au 26 novembre en partenariat avec l’Ambassade de France en Biélorussie, Belprojet, la Fondation Européenne de la Culture, Perspectives Biélorussiennes et Office for a Democratic Belarus. Et elle promet d’être riche : expositions de photographies, projection de films, débat, rencontre, lecture sont prévus pendant ces 20 jours.

A noter notamment, lundi 12 novembre à 19h, le débat sur la société civile et les droits de l’Homme en Biélorussie, animée par Perspectives Biélorussiennes, avec la participation de membres d’Amnesty International, de la Fédération internationale des droits de l’Homme, de Reporters sans frontières et du groupe d’amitiés franco-biélorussiens de l’Assemblée nationale. Ainsi que la soirée cinéma du 19 novembre à partir de 17h.

Source : photo d’Artour Klinau, peintre, architecte et fondateur-rédacteur en chef de la revue pARTisan

Kapital

Par Aurialie le 27.10.2007 à 17h04

Non, ce n’est pas le nouveau générique de l’émission de Guy Lagache, mais le premier tube du seizième album du groupe biélorusse Liapis Troubetskoï. Ce concentré de pop-art surréaliste, réalisé par Alexey Terekhov, vu par des milliers d’internautes et nominé dans la catégorie "Clip de l’année" au RAMP, présente un regard cynique sur la politique internationale actuelle.

Pour en savoir plus sur ce clip, que je vous conseille de voir en haute définition sur le site du groupe cosmofilm.tv, vous pouvez lire les paroles en russe ici, une traduction en anglais et une longue analyse (en anglais) sur le blog obtusity.

Trois questions à … BelProjet

BelProjet est une association créée depuis un an et demi qui a mis sur pied un projet de coopération culturelle avec la Biélorussie. L’objectif est d’encourager le développement de la culture biélorusse en promouvant le travail d’artistes locaux et en organisant un festival en France tous les deux ans. Delphine Pallier, sa présidente, répond à trois questions sur la situation culturelle en Biélorussie.

- Dans de nombreux sites de voyage, il est écrit que la vie culturelle est très diversifiée (ballets biélorusses, musées, théâtres), l’Etat biélorusse doit financer principalement l’art national traditionnel. Qu’en est-il de l’art contemporain ? Est-il apprécié par Loukachenko ?

Effectivement, l’Etat biélorusse finance principalement l’art national traditionnel. Je ne suis pas particulièrement familière de la situation des artistes contemporains mais je dirais qu’ils sont peu nombreux à bénéficier de soutiens de l’Etat. De façon générale, la plupart des artistes indépendants doivent trouver le moyen de s’auto-produire en cherchant des modes de financement externes. Sans cantonner la vie culturelle au folklore, le pouvoir a travaillé à la construction d’une forme de culture populaire qui se revendique comme "apolitique". Par exemple, certains artistes comme les artistes de variété dans le monde de la musique sont très populaires en Biélorussie et particulièrement présents sur les ondes ou à la télévision. Dans le même temps, des artistes indépendants qui voulaient promouvoir leurs propres créations ont été de plus en plus dépeints comme "politisés". En ramenant l’art à la politique, le jeu a été faussé et la culture ne se pense plus en termes de création artistique. C’est bien dommage. C’est pourquoi notre association promeut la culture biélorusse et ses artistes indépendants. Nous souhaitons leur donner la possibilité de montrer leur travail, en-dehors de toute considération politique ; nous voulons mettre en valeur la richesse artistique de ce pays méconnu.

- Le théâtre libre de Minsk a connu quelques problèmes dernièrement, connaissez-vous d’autres cas de censure artistique en Biélorussie ?

Malheureusement, ce qui arrive au Théâtre Libre de Minsk n’est pas un phénomène isolé.

Des écrivains comme le romancier et historien Vladimir Orlov ou le poète et essayiste Adam Globus n’arrivent pas à être publiés dans leur pays et doivent se tourner vers des maisons d’édition à l’étranger (en Lituanie, en Pologne ou en Russie). Dans le milieu de la presse, il est tout aussi difficile de publier des magazines ou des journaux ; les imprimeries sont nationalisées. L’Etat peut ainsi fixer des tarifs différenciés selon les journaux à travers des "remises" qui sont accordées aux journaux gouvernementaux. Ces remises, qui s’élèvent parfois jusqu’à -95 % du tarif demandé pour les tirages, permettent, de facto d’établir une situation à deux vitesses, les journaux indépendants devant payer le plein tarif, souvent très élevé. Comme le réseau de diffusion (les kiosques à journaux) est aussi nationalisé, certains journaux sont vendus sous le manteau, ce qui diminue leur taux de pénétration.

Dans le milieu du cinéma, certains réalisateurs subissent des pressions ou rencontrent des difficultés à produire ou diffuser leurs films. Les films de Youri Khashchevatski, sans être interdits d’antenne ne sont jamais diffusés à la télévision biélorusse. Les Studios Tania qui produisaient des films documentaires, notamment J’ai été invité au bal d’Irina Pismanaia n’ont pas pu renouveler leur licence et ont dû fermer. Le film de fiction d’Andreï Kudinenko, Mysterium occupation parce qu’il abordait un sujet délicat (la Deuxième Guerre mondiale et la Résistance biélorusse) en essayant de le dépeindre de la manière la plus réaliste possible, en évitant donc une "héroïsation" des résistants, n’a pas obtenu de certificat d’exploitation en salle.

Dans le monde de la musique, des groupes comme N.R.M. se trouvent dans l’impossibilité technique de donner des concerts. Il suffit d’un coup de fil d’une instance officielle pour que le propriétaire du lieu ou l’organisateur annule le concert. La menace d’une inspection de sécurité inopinée est très efficace.

Il est très difficile pour des photographes d’exposer leurs travaux. Les galeries sélectionnent souvent les artistes et une galerie comme la Galerie Nova, fondée par des photographes, est parfois réquisitionnée pour exposer d’autres artistes, plus en phase avec l’air du temps.

Sans parler directement de censure objective, l’Etat s’arrange pour que de facto il soit très difficile pour certains artistes de montrer, diffuser et exposer leur production.

- Avez-vous des difficultés à faire venir des artistes en France ?

Aujourd’hui, il nous est très difficile de faire venir des artistes biélorusses en France malheureusement. Nous sommes une association récente, créée il y a un an et demi et en activité depuis un an (notre premier événement, un festival culturel biélorusse date de novembre 2007) et nous rencontrons de plus en plus de difficultés... Nous sommes une association culturelle mais, en Biélorussie, il semblerait que nous soyons considérés comme une association politique ce qui entraîne des difficultés supplémentaires et rend l’obtention de visas pour les artistes que nous invitons assez difficile. Nous sommes donc en situation assez précaire et le soutien de l’Ambassade de France à Minsk, nous est vital, sans lui, nous ne pourrions pas exercer nos activités...

Légendes des photos trouvées sur le site de BelProjet :
- Palais de la République de Jef Bonifacino
- Photographie d’Alexeï Andreev

Concert : Serebrianaia Svadba

Par Aurialie le 05.10.2007 à 00h35

Soutenue par les associations BelProjet et la Pèch, cette charmante bande d’artistes biélorusses se produira à Paris ce week-end pour deux dates exceptionnelles. Rendez-vous est donc donné aux Dessous de Ginette samedi 6 à 21h (entrée libre et gratuite) et au Café de Paris dimanche 7 à 21h pour entendre du cabaret slave, une musique entraînante théâtro-comique. La chanteuse Benia interprète certaines chansons en français, ses propres textes mais aussi des vers de Jacques Prévert, de Paul Verlaine et même de François Mitterrand, que ce dernier aurait écrit dans son enfance.

Et pour en savoir plus sur le groupe Serebrianaia Svadba (Noces d’argent), voilà une de leurs interviews, accordées à la Gazette musicale.

Le prisonnier personnel de Loukachenko

Par Aurialie le 18.07.2007 à 19h35

Article de Gazeta Wyborcza paru dans le Courrier International du 19 juillet 2007

Alexandre Kazouline croupit en prison depuis mars 2006 pour s’être opposé au régime. Affaibli par une longue grève de la faim, il ne tiendra pas jusqu’à sa libération, s’inquiète sa famille.

Il y a tout juste un an, Alexandre Kazouline a été condamné à cinq ans et demi de travaux forcés. Officiellement pour "hooliganisme" et pour "avoir organisé des actions collectives, ou y avoir participé, troublant l’ordre public", mais en réalité pour avoir osé tenir tête au dictateur. Ce professeur de mathématiques âgé de 53 ans, ex-ministre de l’Education et ancien recteur de l’université d’Etat, devenu leader du parti social-démocrate biélorusse Narodnaïa Gramada et rival d’Alexandre Loukachenko lors de l’élection présidentielle de l’an dernier, a montré que le régime n’allait pas facilement avoir sa peau. Incarcéré depuis fin mars 2006, il a commencé une grève de la faim à l’automne pour protester contre les violations des droits de l’homme en Biélorussie. Il a tenu cinquante-trois jours, a perdu plus de 30 kilos et est tombé gravement malade. Ses codétenus, effrayés par son aspect, l’ont surnommé "bukhenvaldski krepykh" (le costaud de Buchenwald). Pendant ce temps, sa femme sillonne l’Europe en suppliant que l’on vienne au secours de son mari. D’une voix fluette, à peine audible, elle explique qu’il se trouve en danger de mort si on ne le transfère pas dans un hôpital en dehors de la prison. "Faites ce qui est en votre pouvoir pour qu’il soit au moins examiné par les médecins de la Croix-Rouge internationale", a-t-elle demandé à Varsovie, lors d’une séance du Parlement polonais. A ce jour, aucun médecin étranger n’a été autorisé à voir Kazouline. Il a repris une dizaine de kilos depuis décembre. "On lui donne un prétendu supplément de kacha [bouillie] servie par la cuisine de la prison, un demi-litre de lait et un morceau de viande par jour, mais mon père ne peut pas manger de viande", témoigne Olga, la fille de Kazouline.

"Dans le camp où il se trouve, Kazouline a le statut de ‘prisonnier personnel de Loukachenko’", explique Igor Rynkevitch, ancien avocat de la famille. Ancien, car les autorités l’ont rayé du barreau de Minsk pour avoir défendu l’ennemi de Loukachenko. Vitba-3, le centre de détention proche de Vitebsk où est incarcéré Kazouline, est, selon la nomenclature biélorusse, une prison en zone rouge, à savoir un pénitencier dans lequel l’administration a un pouvoir illimité sur les détenus. Ces derniers savent qu’ils seraient sévèrement punis s’ils approchaient le "prisonnier personnel". "Kazouline est enfermé dans une cellule avec une vingtaine d’hommes, mais aucun d’entre eux n’est autorisé à lui parler. En fait, il est seul. Il n’a personne à qui parler. Pour un homme aussi sociable que lui, c’est une calamité", soupire Rynkevitch. Selon lui, l’administration pénitentiaire à Vitba-3 surveille Kazouline en permanence, guettant la moindre infraction au règlement pour le punir. Il a ainsi été sanctionné pour s’être allongé, affaibli par la grève de la faim, alors qu’il était censé travailler. Une autre fois, il a mis des savates à ses pieds enflés, au lieu des bottes réglementaires. Deux punitions suffisent pour qu’il ne puisse pas profiter d’une libération conditionnelle. A la mi-juillet, la famille de Kazouline a été autorisée à lui rendre visite, pour la première fois depuis janvier 2007. " Il est seul, malade et étroitement surveillé. Je ne l’imagine pas pouvoir passer encore quatre ans et demi dans cette prison. Nous continuons à espérer que l’Europe et les Etats-Unis useront de leur influence sur nos autorités pour obtenir sa libération ", supplie Olga Kazoulina.

Waclaw Radziwonowicz

Source photo : kozylin.com

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