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L'abus de pouvoir d'un chef de prison

Continuons notre série "prison" avec cette effarante histoire d’abus de pouvoir dans un établissement pénitentiaire de Krasnodar. Anatoli Ataev, condamné à 5 ans de prison pour entreprise illégale et fraude, a obtenu sa libération anticipée le 5 août dernier par un tribunal du district, après 2 ans et 9 mois de privation de liberté. Avant d’appliquer cette décision à effet immédiat, Vladimir Nikolaev, responsable de la prison, a voulu en vérifier la légalité. Il a même ignoré un courrier du vice-président du tribunal confirmant le lendemain que cette disposition devait être appliquée immédiatement, "en toute diligence". Les avocats d’Ataev ont alors déposé une plainte au service fédéral d’exécution des peines et ont demandé de l’aide au Comité contre la torture (qui fêtait ses 8 ans d’existence le 30 août).

Le 14 août, la situation n’ayant pas évolué, Ataev a entamé une grève de la faim et le Comité a porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Il a reçu hier une copie des réponses faites par la Russie sur l’affaire : celle-ci a reconnu qu’Anatoli Ataev était toujours en détention, malgré la décision de libération conditionnelle, et elle a informé la Cour "que les organismes concernées prenaient toutes les mesures possibles en vue d’éclaircir la situation et restitueraient les droits violés du demandeur en cas de violation réelle."

Aujourd’hui, A. Ataev est enfermé depuis un mois à cause de l’entêtement d’un chef de prison, qui abuse clairement de son autorité, sans que les organes judiciaires n’arrivent à lui faire entendre raison. A se demander si V. Nikolaev a entendu la déclaration de Medvedev le 20 mars, à la réunion solennelle consacrée au 85e anniversaire de la Cour suprême : "L’un des aspects les plus importants des réformes est le fait que la justice russe a cessé d’être exclusivement punitive. Elle se transforme en système de protection des droits de l’homme."

Source photo : Comité contre la torture

Persona non-grata

Par Aurialie le 12.10.2007 à 00h05

Télex : Daniel Cohn-Bendit et une délégation d’eurodéputés, qui devaient se rendre en Russie pour une conférence sur la politique étrangère, le protocole de Kyoto, les relations entre l’Union européenne et la Russie et l’instauration d’une société civile en Russie, se sont vu refuser leur visa d’entrée sur le territoire russe, sans aucune raison. C’est ce qu’a déclaré Oksana Tchelycheva, responsable du Fonds de soutien à la tolérance de Nijni Novgorod. Dommage qu’ils ne soient pas amis avec le liquidateur des idées de mai 68, Sarkozy aurait pu certainement obtenir des visas de son très cher ami Poutine.

Source : Sobkorr.ru

Et voilà d'autres finalistes

Par Aurialie le 05.09.2007 à 23h33

Le service d’enregistrement fédéral a publié aujourd’hui la liste des partis autorisés à participer aux élections législatives du 2 décembre 2007. Les conditions sont assez strictes (le parti doit compter au moins 50.000 membres et la moitié des 86 sujets de la Fédération de Russie doit avoir une antenne régionale avec un minimum de 500 membres), excluant de nombreux partis, issus de l’ensemble du spectre politique : le Parti républicain de Vladimir Ryjkov, Russie libre d’Irina Khakamada, Grande Russie de Dmitri Rogozine, le Front civique unifié de Garry Kasparov, Russie laborieuse de Victor Anpilov, le Parti travailliste communiste russe de Victor Tioulkin, Pour l’honneur et la dignité de Sergueï Glaziev, Russie libérale (dont les leaders Iouchenkov et Golovlev ont été tués) et le Parti national-bolchevique d’Édouard Limonov, qui a la différence des autres est interdit d’activité sur le territoire russe.

La liste des partis autorisés à concourir aux élections législatives sont donc : Russie Unie (bien sûr), le Parti communiste de la Fédération de Russie, l’Union des forces de droite (libéral), le LDPR de Jirinovski (nationalisme), Iabloko (social-libéralisme), les Patriotes de Russie (nationalisme), le Parti écologique/Verts, le Parti agraire, l’Union populaire (nationalisme), Russie Juste (social-démocratie), la Force citoyenne (parti libéral pour la défense des PME), le Parti démocratique (qui est pour une adhésion à l’Union européenne), le Parti de la paix et de l’égalité de Saja Oumalatova (socialisme), le Parti de l’égalité sociale, le Parti pour la renaissance de la Russie (socialisme).

La campagne électorale peut maintenant débuter et les stratégies d’unions et de rapprochements se mettre en place.

Légende image : Résultats des élections législatives du 7 décembre 2003. Source :Wikipédia

Psychiatrie politique

Dernièrement, les journaux français se sont fait écho de l’enfermement en hôpital psychiatrique de la militante, Larissa Arap, membre du mouvement d’opposition Front civique unifié. Pour avoir dénoncé les sévices infligés aux patients d’hôpitaux psychiatriques (électrochocs, viols, privation de nourriture, coups, ...), L. Arap s’est elle-même retrouvée enfermée contre son gré depuis le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens pour renouveler son permis de conduire. Seule bonne nouvelle : une éventuelle sortie est prévue dans deux semaines, selon le médecin principal de l’hôpital psychiatrique.

Autre opposant au régime, autre enfermement :Nikolaï Balouev, membre du Parti national bolchevique, accusé de détention d’arme et de préparation d’attentat, doit rester dans un hôpital psychiatrique spécialisé de Novossibirsk jusqu’à guérison de son état considéré comme "malade", suite à une décision du tribunal local de Novossibirsk. Cependant les conclusions de la première expertise psychiatrique étaient tout autre : les experts de l’hôpital spécialisé №3 de Novossibirsk ont conclu que Balouev était responsable de ses actes au moment de leur accomplissement, mais qu’une maladie mentale sous forme de "psychose réactive" s’était développée pendant sa garde à vue. L’accusation a alors demandé une contre-expertise, qui a été mené par l’Institut de psychiatrique sociale et juridique de Moscou. Les experts ont reconnu Balouev irresponsable, ce qui a permis au Tribunal de Novossibirsk, qui a également déclaré infondées les conclusions de la défense sur une fabrication de toute cette affaire, d’envoyer l’accusé en hôpital psychiatrique.

Pourquoi envoyer un jeune opposant en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison ? Pour les mêmes raisons qu’au temps de l’Union soviétique : isoler les prisonniers politiques du reste de la société, discréditer leur idées, les briser physiquement et mentalement. Et l’Institut de psychiatrique social et juridique de Moscou portant le nom du psychiatre russe Vladimir Serbsky a toujours été un instrument du pouvoir et de répression. Dans les années soviétiques, on compte parmi ses victimes le général Petro Grigorenko, le mathématicien Alexandre Essenin-Volpin, le poète Viktor Nekipelov et l’écrivain géorgien Zviad Gamsakhurdia, tous devenus des dissidents qui ont lutté contre les abus des autorités soviétiques.

La directrice de l’Institut a affirmé que la psychiatrie russe aujourd’hui n’était plus utilisée de façon abusive. Ce que réfute Iouri Savenko, président de l’association psychiatrique indépendante de Russie, en expliquant que de tout temps (soviétique et actuel), des institutions étaient spécialement conçues pour servir les intérêts de l’État. Il cite notamment l’affaire Boudanov, cet officier russe accusé d’avoir étranglé une jeune Tchétchène en mars 2000. L’Institut Serbsky avait déclaré Boudanov dément, donc irresponsable, au moment du meurtre. Des contre-enquêtes avaient été menées, notamment par l’Association, arrivant à des conclusions contraires. L’Institut, au lieu de faire valoir des arguments psychiatriques, avait alors déclaré que les experts de l’association avaient été payés. Le colonel Boudanov, après avoir été jugé irresponsable de son acte une première fois, a finalement été condamné à 10 ans d’emprisonnement en juillet 2003, remettant en cause la pertinence et la véracité des conclusions de l’Institut Serbskiy.

Il y a deux jours un responsable de l’Institut a déclaré dans le Daily Telegraph que le candidat à l’élection présidentielle russe de 2008, Vladimir Boukovski, était "sans aucun doute psychotique". "Après son arrestation, il a écrit des centaines de lettres de plaintes. Tout le monde ne fait pas ça. C’est une autre symptôme de sa condition", a-t-il poursuivi. Après avoir déclaré que Boukovski n’avait pas la nationalité russe, qu’il n’avait pas vécu 10 ans en Russie, que sa double nationalité russo-britannique l’empêchait de se présenter, les adversaires du dissident soviétique évoquent la maladie mentale comme raison à la non validation de sa candidature... Pourquoi le pouvoir russe a-t-il si peur de Vladimir Boukovski et des accusations de quelques éléments de la société civile ?

Photo1 : Instants de Folie de Julian Renard
Photo2 : Institut Serbsky sur Rol.ru
Photo3 : Nature Morte 2 de Antje Poppinga

ONG en danger

Le Mouvement jeunesse de défense des droits de l’Homme vient de subir les foudres de l’État russe, qui exige la cessation de son activité sur le territoire russe par une décision du tribunal de Nijni Novgorod (lieu de son enregistrement) du 9 août 2007. Cette condamnation fait suite à la nouvelle loi sur les ONG, instaurant des conditions d’existence drastiques aux associations, notamment étrangères. Ainsi, depuis octobre 2006, Amnesty International et Human Right Watch a dû cesser son activité.

Cette organisation qui a fêté les 9 ans de sa création le 8 août, lutte pour le respect des droits de l’homme en Russie. Son programme s’articule autour de plusieurs thèmes : le respect des droits de l’homme, les droits de la jeunesse, l’égalité, la solidarité, l’antifascisme et la tolérance. Ses derniers déclarations étaient dirigées contre les gouvernements russe et estonien pour leur demander de cesser les violations du droit de se réunir.

Maintenant, le combat commence pour que le mouvement jeunesse puisse continuer à exister. Les internautes sont notamment invités à envoyer une lettre (un modèle est publié sur leur blog) au Service d’enregistrement fédéral de Nijni Novgorod et de Moscou pour qu’ils reviennent sur leur décision. La société civile fera-t-elle plier les autorités russes ? Le combat semble loin d’être gagné.

Il faut sauver le ë

Par Aurialie le 02.08.2007 à 16h46

Andreï Foursenko, ministre de l’Education russe, s’est attaqué à une importante mission : rendre toute sa place à la lettre ë (io), trop souvent remplacée par la lettre e (ié), en rendant obligatoire son utilisation.

Cette lettre est apparue la 1e fois en 1783, grâce à la directrice de l’académie des sciences de Saint-Pétersbourg, Ekaterina Dachkova, qui souhaitait n’utiliser qu’une lettre (au lieu de deux) pour le son "io" (par exemple, "ëлка" au lieu de "iолка"). Mais c’est surtout Karamzine, à qui on a souvent attribué par erreur la paternité de cette lettre, qui l’a rendu célèbre en 1796 en l’utilisant massivement dans un almanach de poésie Aonidy. Cependant, est-ce une initiative de Karamzine ou de l’imprimeur (la question mérite d’être posée), puisque dans son Histoire de l’Etat russe, écrite entre 1816 et 1829, Karamzine n’emploie pas cette lettre. Ce n’est que le 24 décembre 1942 que l’usage de cette lettre dans les ouvrages scolaires est devenu obligatoire et que le ë a eu sa place officielle dans l’alphabet russe.

S’en suit maintenant une querelle de linguistes (comme chez nous pour la prononciation de août), politiques et designers sur l’obligation d’utiliser cette lettre, principalement visible de nos jours dans les livres pour enfants et les manuels pour les étrangers apprenant la langue russe. Foursenko explique qu’il est pourtant indispensable de se battre pour une prononciation et une orthographe justes, car la langue russe est aujourd’hui déformée à un degré plutôt important. Ainsi, le refus d’employer la lettre ë est une violation de la loi fédérale sur la langue d’Etat de la Fédération de Russie. Et les admirateurs de la lettre ë sont nombreux : des monuments ont été érigés en son honneur, notamment à Oulianovsk et dans la région de Iadrinski à la place de l’ancien village Iolkino.

Source : Newsru.com

Comment ne pas être le 2e Khodorkovski

Par Aurialie le 02.08.2007 à 01h30

Un entrepreneur russe malin est celui qui sait quand il est temps de se retirer d’une affaire qui peut l’amener à la case prison, option "bien éloignée de la capitale". Pour ne pas subir le sort de Mikhail Khodorkovski, enfermé depuis 1376 jours, Mikhail Goutseriev, président de la compagnie pétrolière Roussneft vient d’envoyer une lettre ouverte expliquant sa volonté de quitter son poste de dirigeant et de vendre ses actions, suite aux diverses pressions des organes juridiques de l’État russe et des services fiscaux, dirigées directement contre lui. Il a notamment déclaré : "Je ne sais pas quelle est ma faute, ni où j’ai fait des erreurs." Mais il sait par contre que quand l’État veut quelque chose, rien ne l’arrête, surtout pas un homme d’affaires qui commence à développer des ambitions politiques. Et bien maintenant, M. Goutseriev a décidé de s’adonner à une activité beaucoup moins dangereuse : les sciences !

Son remplaçant, Oleg Deripaska, oligarque fidèle au président Poutine (il s’est déclaré prêt à céder son empire à l’État si on le lui demandait), va donc reprendre les rennes de la société, pendant que l’État va poursuivre sa main-mise sur l’ensemble des actifs énergétiques privés du pays.

Source : Grani.ru

Retour aux anciennes méthodes

L’opposante russe Larissa Arap, internée contre son gré depuis presque un mois, a confirmé que sa privation de liberté était liée à ses déclarations en juin dernier sur des actes de violence infligés à des malades mentaux dans une clinique du pays.

Un journaliste de Reuters a pu joindre par téléphone Larissa Arap, internée de force depuis le 5 juillet dernier dans un hôpital psychiatrique de la ville de Mourmansk, près du cercle polaire.

Les contours de cette affaire demeurent toujours flous mais déjà de nombreuses voix se sont élevées en Russie pour dénoncer un retour aux pratiques soviétiques d’enfermement des dissidents datant l’époque de la Guerre Froide.

Visiblement fatiguée mais gardant un discours cohérent, Arap a confié que ses problèmes avaient commencé lorsqu’elle était venu récupérer chez son médecin des documents attestant de sa bonne santé morale, ceci pour le renouvellement de son permis de conduire.

Le médecin lui aurait alors demandé si elle était à l’origine d’un article de presse publié en juin où étaient dénoncés des viols et des mauvais traitements infligés à des malades mentaux dans un hôpital psychiatrique de la région. Arap aurait alors acquiescé, avant d’être prise au piège.

"Elle (le médecin) a appelé la police. Ils m’ont emmenée de force, puis m’ont jetée dans une ambulance. Ils m’ont conduite ici où j’ai été battue", a pu confier Arap après avoir emprunté le téléphone mobile d’un autre patient de l’établissement.

"Je ne me sens pas bien mais j’essaie de tenir le coup", a-t-elle ajouté.

Une proche de l’opposante, Elena Vassilieva, qui a pu rendre visite à Arap a déclaré que des médecins lui avaient injecté de force des médicaments. Le responsable de la clinique a refusé de répondre à toute question concernant cette affaire.

"Tout cela, c’est à cause de l’article publié dans le journal", a estimé l’opposante, décrite comme terriblement affaiblie par un photographe de Reuters qui a pu se rendre sur place.

Le Front civique unifié, dont Arap fait partie, a annoncé mardi que le médiateur des droits de l’homme russe allait ouvrir une enquête sur les circonstances de cet internement.

Source : Reuters via Yahoo news
Photo : Kasparov.ru

Problème de justice

Deux affaires liées à des violations des droits de l’homme viennent une fois encore jeter l’opprobre sur la Russie et leur relation à la justice. La Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg a conclu à l’unanimité à la violation de l’article 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme dans l’affaire Trépachkine, avocat qui avait mis en cause les services de sécurité russes dans l’explosion d’immeubles dans la banlieue de Moscou ayant causé la mort d’environ 300 personnes. Au moment de son incarcération, il était atteint d’une forme sérieuse d’asthme. Or, il était enfermé avec d’autres prisonniers dans une cellule où il n’avait pas plus d’un mètre et demi par personne et où tout le monde mangeait, fumait, utilisaient les toilettes, dormait, faisait la lessive... En mars 2007, une pétition était lancée pour demander son hospitalisation et la révision de son procès. Pour cette condamnation, la Russie va devoir verser 3.000€ à Trépachkine.

Autre histoire d’avocat, concernant cette fois Boris Kouznetsov qui a représenté de nombreuses personnes contre l’Etat russe : la famille de la journaliste Anna Politkovskaïa, la directrice de l’ONG Internews, Manana Aslamazian, les familles de marins décédés dans l’accident du sous-marin nucléaire Koursk. Il a décidé de quitter le Russie suite à l’émission d’un mandat d’arrêt à son encontre pour divulgation de secrets d’Etat. Il estime être la dernière victime d’une campagne de répression contre les avocats lancée sous la présidence Poutine. Plusieurs avocats de premier rang se sont plaints de faire l’objet de pressions quand ils défendaient des clients face à l’Etat et aux services de sécurité. Mais Kouznetsov juge simpliste d’accuser le Kremlin. Selon lui, il s’agit plutôt d’un climat mis en place par d’anciens membres des services secrets qui pensent pouvoir agir en toute impunité sous Poutine. Genri Reznik, président du barreau russe, pense que les accusations visant Kouznetsov ne tiennent pas la route. "C’est soit de la vengeance soit de la stupidité. C’est absurde au plan légal", a déclaré Reznik à Reuters.

Source : Newsru.com, le Monde et Nezavissimaïa gazeta

La corruption, le plus infaillible symptôme de la liberté constitutionnelle (E. Gibbon)

Par Aurialie le 25.05.2007 à 21h52

Deux cent dix millions de dollars : c’est le volume annuel des pots-de-vin acquittés dans les tribunaux russes par la population. C’est ce que dévoile le rapport annuel de Transparency International sur la corruption mondiale.

Sept mille cinq cent personnes provenant de 40 régions de Russie ont été interrogées par les experts de l’organisation : 63% estiment que les tribunaux russes sont corrompus. On retrouve la même proportion dans la population de la Pologne, du Vénézuéla, du Chili, du Congo, de Taiwan, du Maroc, du Sénégal et de la Turquie. La forte influence des organes politiques, des fonctionnaires et des hommes d’affaires est également soulignée. Leur niveau d’influence serait comparable à celui connu par l’Argentine.

Les dessous-de-table sont habituellement versés pour remporter une décision en appel, pour accélérer ou ralentir le cours d’un procès, pour faire pression sur d’autres juges. Le rapport souligne également la passivité du pouvoir dans la lutte contre la corruption et le peu d’efficacité des structures anti-corruption créées ces dernières années.

Pour rappel, le site Vziatkam.net (non aux pots-de-vin) est toujours actif. A la question, "vous est-il arriver de donner des dessous-de-table ?", plus de 79% ont répondu oui (29738 personnes sur 37476), preuve que la lutte contre la corruption a besoin de structures très efficaces.

Source : Lenta.ru

Luttes de pouvoir au sommet

Par Aurialie le 28.04.2007 à 01h07

La succession de Poutine se prépare, ses plus fidèles lieutenants n’hésitent pas à utiliser les uns contre les autres les moyens les plus mesquins (dénonciations et procédures criminelles) pour discréditer l‘autre. Qui va remporter la bataille du Kremlin, Novaïa Gazeta fait le point.

Pendant ses huit années au pouvoir, Poutine a réussi à placer une grande partie de ses amis dans les structures de force (Ministère des affaires intérieures, Service fédéral de sécurité, dit FSB, Parquet général, administration présidentielle, service des douanes, armée) et les grandes sociétés russes. Sa succession se jouera normalement entre Dmitri Medvedev, actuellement premier vice-Premier ministre affecté à la mise en œuvre des projets nationaux et prioritaires et ancien chef de l’administration du Kremlin, et Sergueï Ivanov, premier vice-Premier ministre en charge de l’industrie de défense et de la diversification de l’économie civile et ancien ministre de la défense. Si Ivanov ne semble pas comploter contre Medvedev, Igor Setchine, adjoint du chef de l’administration présidentielle et patron de la compagnie pétrolière Rosneft, fait partie du jeu en mettant des bâtons dans les roues de Medvedev.

L’article est plutôt long et les exemples de coups bas ne manquent pas, c’est pourquoi, illustrons ces luttes de pouvoir en prenant un exemple dans les instances du ministère des affaires intérieures, où les nombreux licenciements et nominations ont favorisé le camp de Dmitri Medvedev, selon les experts.

Tout commence en mai 2005, lorsque la 56e division du Département de la sécurité économique (DEB) dévoilait une affaire de contrebande de marchandises chinoises dans les entrepôts du FSB. Cette histoire qui serait arrivée aux oreilles de Poutine, grâce à son ami Victor Tcherkessov, chef du service de contrôle d’État des drogues, a éclaboussé des "proches" de Dmitri Medvedev travaillant à la Loubianka. Toutefois, la réponse a été proportionnelle à l’attaque et durant le printemps 2006 la 56e division a été littéralement nettoyée (cinq personnes haut placées ont été renvoyées), puis en novembre c’est Mechtcheriakov, le chef du DEB, relation directe d’Igor Setchine, qui est transféré au Département de la lutte contre le crime organisé et le terrorisme (DBOPT). Il est remplacé par Evgueni Chkolov, un "espion" qui travaillait en Allemagne avec Poutine et qui est ensuite devenu l’adjoint de Dmitri Medvedev, quand celui-ci présidait l’administration présidentielle.

En comparant les sphères d’influence de Medvedev et de Setchine, telles qu’elles sont présentées par d’anciens dirigeant des structures étatiques, Novaïa Gazeta remarque que les chefs des structures de force s’associent habituellement à Igor Setchine (notamment le ministre de la Justice Oustinov, le chef du département de lutte contre le crime organisé et le terrorisme, Mechtcheriakov et le directeur du FSB, Patrouchev), mais la plupart de leurs assistants et les chefs des départements se portent vers le camp de Dmitri Medvedev. Il n’est pas exclu que cela soit la conséquence du système de soutien et contre-pouvoir, qui en l’absence de contrôle public et d’opposition politique réelle, permet au président de conserver un équilibre dans son entourage personnel. Mais quel est l’avenir de ce système construit autour d’une seule personne : en 2008 va-t-il se diviser en deux camps opposés et donner naissance à une nouvelle vie politique ou par tradition va-t-elle servir l’héritier désigné du trône ?

Source : Novaïa Gazeta, pour avoir une meilleure vision de l’image, cliquez sur celle-ci ou bien ici.

Situation critique à la Faculté de sociologie de l'Université d'Etat de Moscou

Par Elie le 22.04.2007 à 22h57

Appel urgent : Signez notre appel, s’il vous plaît

Nous sommes un groupe d’étudiants de la Faculté de sociologie de l’Université d’Etat de Moscou, qui ont demandé à l’administration de la faculté d’améliorer la qualité de l’enseignement, d’arrêter sa propagande réactionnaire et ultranationaliste, d’assurer des conditions quotidiennes d’étude vivables. Suite а nos exigences, l’administration a initié une série de répressions : elle a fait arrêter par la police nos amis d’autres universités venus distribuer notre bulletin à la porte de la faculté ; certains étudiants ont été menacés ; le bureau du doyen et le conseil d’étudiants officieux ont rédigé une lettre au recteur (= chancelier de l’Université) demandant de couper court à toutes actions, manifestations ou réunions non autorisées sur le territoire de l’Université. Il s’agit d’une tentative de nous faire taire et d’entourer d’un mur de silence la situation dramatique qui règne à notre faculté.

Nous assistons à une dégradation croissante des conditions scolaires : depuis plusieurs années, les cours а la faculté deviennent de plus en plus anodins et formels ; l’administration réduit progressivement les heures des séminaires et des travaux pratiques ; il y a de moins en moins de cours dans les disciplines annexes ; les conférenciers externes sont invités de plus en plus rarement ; les questions d’examens se réduisent au contenu d’un manuel rédigé par le doyen. Le bureau du doyen distribue aux étudiants, à titre obligatoire, une brochure qui cite les « Protocoles des Sages de Sion » comme une source fiable et accuse les franc-maçons et les « sionistes » de contrôler la politique américaine et britannique ainsi que le système financier mondial.

Les conditions quotidiennes d’étude à la faculté sont insoutenables. Nous ne disposons pas de bibliothèque. Nous manquons de salles de cours. Il n’y a pas de ventilation. Le bâtiment regorge de caméras de télésurveillance dont l’administration se sert pour suivre les étudiants « suspects ». Les entrées sont munies de tourniquets, comme dans une usine. Les gardes de sécurité se permettent un comportement grossier et brutal envers les étudiants.

Nous exigeons une révision de la structure des cours, l’invitation des professeurs compétents et des chercheurs reconnus en tant qu’enseignants, la mise а disposition d’informations sur les programmes d’échanges avec les universités étrangères, le renvoi des gardes de sécurité grossiers, l’abolition du système humiliant de contrôle à l’entrée, des conditions vivables.

Nous insistons sur une rencontre publique avec le doyen, en présence du recteur de l’Université. Notre objectif principal est d’améliorer la qualité de l’enseignement à la faculté et changer la situation générale pour nous, étudiants, mais aussi pour les enseignants dont certains nous ont déjà témoigné leur solidarité.

Nous vous demandons de diffuser cet appel ainsi que la lettre d’information ci-jointe (en anglais) parmi vos collègues et d’autres personnes susceptibles de se solidariser avec nous. Soutenez-nous en écrivant au décanat et au rectorat de l’Université, dans n’importe quelle langue (copie à notre adresse SVP : info@od-group.org).

Secrétariat de presse de l’Université d’Etat de Moscou : tél. +7-495-939-36-67 ; fax : +7-495-939-22-64 ; courriel : press[at]rector.msu.ru ;

Recteur de l’Université d’Etat de Moscou, Viktor Antonovitch Sadovnitchi : tél. +7-495-939-10-00 ; fax : +7-495-939-01-26 ; courriel : info[at]rector.msu.ru ;

Doyen de la Faculté de sociologie, Vladimir Ivanovitch Dobrenkov : tél./fax : +7-495-939-46-98 ; courriel : vid[at]socio.msu.ru ou theory[at]socio.msu.ru ;

Administration de la Faculté de sociologie : fax : +7-495-939-46-98 ; courriel : soc[at]socio.msu.ru.

Signez pour soutenir nos revendications : www.od-group.org/subscribe Pour de plus amples informations en russe, voir http://www.od-group.org/

Non à la corruption !

Par Aurialie le 21.01.2007 à 03h16

La corruption est un problème en Russie, même le président Poutine le reconnaît (et l’explique par la baisse des valeurs morales de l’époque soviétique avec le passage à l’économie du marché). La Russie occupe d’ailleurs la 126e place (sur 163) du classement Transparency International, ONG internationale consacrée exclusivement à la lutte contre la corruption, et la 120e place (sur 161) du classement pour les libertés économiques, élaboré par les spécialistes de l’Heritage Foundation.

Depuis le 2 novembre 2006, le site vzjatkam.net (non aux pots-de-vin, avec un jeu de mot sur "net"/"niet", non en russe) met en lumière les personnes, organisations et entreprises qui ont tendance à demander des pots-de-vin. Dans une interview donnée anonymement à Regnum, les créateurs expliquent que le site a subi dès le 13 novembre un nombreux incroyable d’attaques les obligeant à en stopper l’exploitation pendant quelques jours. Beaucoup voient dans leur projet une volonté de faire de la délation uniquement dans le but de nuire. Mais toutes les requêtes, avant d’être publiées, sont vérifiées.

Leur souhait est de lutter contre la corruption en rendant l’information sur les soudoyeurs plus disponible. Si les médias en faisaient autant, ils pourraient être accusés de diffamation et tomber sous le coup de l’article 129 du code criminel. De plus, en laissant vos coordonnées, votre requête pourra être transmise directement au Procureur général de la Fédération de Russie, qui pourra alors ouvrir un enquête.

(Source : info trouvée sur le blog En Russie)

Les nazillons ont-ils quelque chose d'inquiétant ? (et bonne fête de Hannouka)

Par Mathilde le 18.12.2006 à 16h02

J’ai pris l’habitude depuis maintenant trois ans d’aller passer les derniers jours de l’année et les plus ou moins premiers de celle à venir en Moscovie, dûment munie d’un très joli (je dirais même de plus en plus joli) visa que je vais chercher là où on ça se trouve.

J’ai donc persisté ce matin et me suis pointée au consulat ; au passage, personne n’aura été insensible à la nette amélioration de l’accueil dans ce lieu douillet, avec notamment et évidemment, mention spéciale pour le jeune homme du fond. Bref, je me pointe donc, pour une fois pas une heure avant l’ouverture, et grand bien m’en a pris, puisque non seulement il fait froid, mais surtout, et c’est le point que je voulais soulever, ne nous impatientons pas, parce qu’il n’y avait quasimment personne.

Quelle surprise, donc, que les Français et nos amis les résidents ne fassent plus cette queue le long de la grille du consulat, où les sentiments les plus élémentaires de bienveillance avaient la vie dure (oh ! faut pas doubler !, et gniark gniark gniark, je suis à la 32e position et la blonde décolorée à la 43e, bien fait pour son coiffeur).

Et comme je n’en reviens pas de ma surprise, je cherche des explications. Est-ce que tout le monde passe par des agences ? (explication moyen exaltante, encore que.) Est-ce que les élections (françaises) se profilent et que, réaction économique paraît-il, les gens freinent les dépenses ? Ou est-ce que les, me semble-t-il, nombreuses infos sur le racisme primaire qui sévit sec en Popovie, sur les mesures anti-étrangers en tout genre, auraient raison des motivations de certaines et certains (si l’on suppose un micmac confusionnel tourisme/nationalisme, où de toutes les façons la Russie donnerait l’image d’un pays inhospitalier) ? Je n’ai personnellement pas vu le fameux reportage sur les skins de Saint Petersbourg (Envoyé spécial d’il y a deux semaines, je crois) qui a plus qu’ému beaucoup de gens, si j’en juge par les échos.

Bref, qu’en pensez-vous ? Après/avec mafia-vodka, la Russie est-elle associée dans l’imaginaire collectif à un grand Etat haineux ? Si oui, lui tourner le dos n’est certainement pas une bonne solution, mais en même temps, nul n’est tenu à des vacances engagées.

Pourquoi les autorités françaises disent rarement "Bienvenue" à des Ukrainiens

Par Aurialie le 01.12.2006 à 20h23

Vous voulez aider un ami ukrainien (ingénieur de profession) à faire venir sa femme et sa fille en France pour 3 mois afin que la petite famille soit réunie ? Rien de plus difficile, puisque vous devez fournir les documents suivants, rien que de votre côté, la liste étant trois fois plus grande pour votre ami ukrainien (voir doc. ci-joint) :
- аttestation d’accueil (à retirer auprès de la mairie et qui coûte 15€/personne) + photocopie,
- lettre d’invitation avec attestation sur l’honneur du retour en Ukraine et la précision du lien de parenté,
- 3 derniers bulletins de salaire et fiches d’imposition (informations hautement intrusives)
- copie de la carte de résident pour les étrangers vivant en France et copie certifiée conforme de la carte d’identité nationale.

Quand vous apprenez que l’ambassade de France a refusé de délivrer le visa car les autorités françaises craignent que madame et mademoiselle ne rentrent pas en Ukraine à l’expiration de son visa, le désespoir commence à poindre. Vous pensez alors écrire une lettre à la Commission de recours des visas, envoyée en recommandé pour accélérer la procédure, jurant sur l’honneur qu’elles rentreront chez elles le moment venu, puisque dans six mois une procédure de regroupement familial va être engagée. La petite famille ukrainienne n’a donc aucun intérêt à mettre en péril, par une action insensée, l’instruction de leur prochain dossier. Au bout d’une semaine d’attente, même si vous savez que ça ne fait pas longtemps, vous décidez d’appeler le Ministère des Affaires Etrangères. Et là, médusé, vous apprenez que la commission met 10 mois à prendre sa décision. Sachant que la procédure de regroupement familial demande du temps, notre famille ukrainienne va être séparée pendant encore des mois.

Conclusion : les autorités françaises manquent de cœur, mais ça on l’avait déjà remarqué.

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